Gestion des crises : l’action sociale en première ligne ? Une journée à Angers pour comprendre et agir

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l’INSET d’Angers vous ouvrira ses portes le 19 novembre prochain le temps d’une journée d’étude qui s’inscrit dans l’actualité :  les travailleurs médico-sociaux sont très souvent au cœur des évènements lorsqu’une crise survient. Cette journée, organisée par le CNFPT, s’intitule « Gestion des crises : l’action sociale en première ligne ? ». Pour répondre à cette question, de multiples acteurs feront part de leur expérience avec en ligne de mire cette question : comment transformer l’action sociale pour qu’elle puisse mieux agir préventivement en temps de crise ?

Une polycrise qui impacte les métiers de l’action sociale

Nous vivons désormais dans ce que les chercheurs nomment une « polycrise ». Nous sommes face à des crises de différents ordres : sanitaire, climatique, sociale, économique et démocratique aussi. Elles s’entremêlent et se renforcent mutuellement et surtout, elles frappent les populations de manière inégale.

Le programme de la journée, que l’on peut consulter en détail sur le site du CNFPT, pose d’emblée ce constat sans fard. Les crises ne se succèdent plus, elles se superposent. Une canicule s’ajoute à une crise du logement, elle-même aggravée par une inflation qui fragilise les budgets des ménages. Face à cette accumulation, les professionnels de l’action sociale se retrouvent en première ligne, non par choix, mais par nécessité.

Cette première ligne, ils la tiennent chaque jour, souvent sans que cela se voit. Comme je l’ai souligné dans un article sur les oubliés de la canicule, les acteurs de l’action sociale de proximité affrontent les urgences humaines sans faillir. C’est un engagement qui s’accompagne comme à l’accoutumée d’un certain manque de reconnaissance. Mais là n’est pas la question essentielle même si elle reste importante.

enquete flash unccasL’Union Nationale des CCAS, dans une enquête flash publiée le 6 juillet dernier  auprès de plus de 600 centres, nous alertait déjà sur un « changement de paradigme fondamental » : la chaleur ne frappe pas également, elle agit comme un amplificateur de précarité, transformant l’espace public en piège pour les plus fragiles. Il en est de même pour toutes les crises actuelles et à venir.

Savoir anticiper et prévenir : un tournant organisationnel

La matinée de cette journée d’étude est consacrée à ce que Jan Verlin, chercheur au Crisis-Lab de Sciences Po et maître de conférences à l’Université Lyon 3, nomme « une approche organisationnelle de la crise appliquée aux métiers du social ». Cette séquence plénière, intitulée « Comment accompagner l’action sociale de la réaction à l’anticipation ? », pose les bases d’une réflexion que l’on peut considérer comme essentielle. Trop longtemps, le travail social a été pensé comme une réponse à l’urgence, une gestion au jour le jour.

Or, les crises actuelles exigent de penser autrement : anticiper, prévenir, construire des réponses durables avant que l’irréparable ne survienne.

Cette évolution passe par un changement de posture managériale. L’après-midi, une session entière est consacrée à « l’enjeu de l’évolution des pratiques managériales ». On y retrouvera les interventions de Michel Pieyre, directeur de la Mission Développement Durable et Prospective au Conseil départemental de l’Hérault, et de Stéphane Corbin, directeur général des Services du Conseil départemental de la Gironde.

Comment développer les capacités collectives des équipes ? Comment les accompagner pour répondre à l’urgence tout en préparant l’avenir ? Ces questions rejoignent les 12 recommandations du Haut Conseil du Travail Social, où il était souligné la nécessité de former les professionnels à la gestion de crise et au management d’équipes à distance. Avec cette nécessité : celle de savoir de déléguer des responsabilités non seulement pour simplifier les circuits, mais aussi permettre à chacun de faire preuve d’initiatives.

Des territoires qui inventent, des professionnels qui résistent

orientation boussoleIl est important de constater la place accordée aux retours d’expérience de terrain. Laurent Cacciatore, directeur du CCAS de Décines-Charpieu, Naïma Affejee, responsable du Service interventions sociales au CCAS de Saint-Pierre de la Réunion, et Juliette Gaillac Janon, chargée de mission Égalité des chances au Conseil départemental des Yvelines, viendront partager leurs pratiques. Cette dimension concrète est salutaire. Elle rappelle que les pratiques de travail social et les priorités à engager se pensent d’abord sur le terrain au contact des réalités vécues.

couv livre stephane rullacJ’ai souvent défendu cette idée dans mes écrits : le travail social est une force de transformation, capable de proposer des alternatives viables et vivables. Dans son manifeste, Stéphane Rullac nous rappelait que nous sommes à un tournant de l’histoire, que nos modèles de développement qu’ils soient économiques ou sociaux sont en quelque sorte à bout de souffle. Les crises s’accumulent, et les réponses ont du mal à émerger. Pourtant, il n’est plus possible d’agir comme avant.

Reconnaissons que sur le terrain, des professionnels inventent et expérimentent des façons d’agir. Ils résistent à leur manière en inventant de nouvelles formes de solidarité. Ils accumulent des connaissances et développent de nouvelles expertises. La journée d’Angers va sans aucun doute donner à voir cette forme de résistance créatrice, cette capacité à faire évoluer les pratiques malgré les contraintes.

Coopérer pour tenir le cap

La table ronde de l’après-midi verra la participation d’Hélène-Sophie Mesnage, déléguée générale adjointe de l’Union Nationale des CCAS (UNCCAS). Elle réunira également Mélanie Carrère, philosophe praticienne, Damian Moore, directeur général adjoint Solidarités au Conseil départemental du Lot, et Inès Suner, de l’European Social Network.

Le thème en est explicite : « Comment développer une coopération efficiente entre acteurs et permettre aux services sociaux de contribuer pleinement à la gestion des crises ? ». Ce sujet de la coopération est central. Aucune crise ne se gère seul bien au contraire. Les travailleurs sociaux le savent : ils travaillent déjà en réseau, avec les services de santé, les autorités, mais surtout avec les associations et les habitants eux-mêmes qui doivent aussi être entendus car ils proposent souvent des solutions pertinentes.

Pourtant, cette coopération reste trop généralement freinée par des logiques de silo. Cette verticalité qui fait que chacun attend les consignes « d’en haut » n’est pas efficace en temps de crise. Les compétences sont généralement éclatées sans liens les unes aux autres. Les financements sont, eux aussi, cloisonnés.

La journée d’Angers propose d’en discuter frontalement. Il s’agira de définir les conditions nécessaires permettant d’intégrer pleinement les services sociaux dans la gestion des crises. C’est un enjeu démocratique autant que professionnel. Car derrière la question technique de la coordination se pose celle de la reconnaissance : reconnaître que le lien social et l’attention aux plus fragiles, va au même titre que la gestion des secours ou des urgences.

Pourquoi cette journée compte

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Groupe d’entraide (Depositphotos)

Participer à cette journée, c’est faire le choix de ne pas regarder ailleurs. C’est reconnaître que les travailleurs sociaux ( assistants sociaux, éducateurs spécialisés, conseillers en insertion, animateurs etc.) sont des acteurs indispensables de notre sécurité et bien être collectifs. Comme je l’ai écrit dans mon article sur le lien social, ces professionnels sont en première ligne pour repérer les situations de fragilité. Ils accompagnent les personnes vulnérables et recréent des passerelles entre les personnes et la société. Ils connaissent généralement bien leur territoire notamment celles et ceux qui travaillent dans les CCAS ou les MDS (maisons des solidarités). Ils et elles sont une force sur laquelle la population peut compter.

Mais pour cela, il faut pouvoir leur laisser prendre des initiatives. La confiance ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, dans la reconnaissance de leurs capacités d’agir. Le poids de la gestion administrative et des procédures pèse lourdement sur leur activité. En temps de crise, il faut pouvoir regarder cela. Cette journée d’étude, en réunissant chercheurs, praticiens et décideurs, ouvre un espace pour penser ces tensions et esquisser des solutions.

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Auditorium de l’INSET à Angers où aura lieu cette journée

Rendez-vous le 19 novembre 2026 à l’INSET d’Angers, rue du Nid de Pie. Inscriptions en ligne avec le code EVI05 001 sur le site du CNFPT. Seule la restauration est prise en charge ; les frais de déplacement et d’hébergement restent à la charge des participants qui peuvent être remboursés par leurs employeurs.

Source :
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ecom CNFPTNote : je co-anime au CNFPT son e-communauté inclusion sociale avec Miljana Dejanovic. C’est un espace d’échange que vous pouvez rejoindre en vous inscrivant avec un simple mail. Communauté garantie sans pub, ni tracking.

 


Crédit photo en une : Protection Civile © Garnier C.

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