Livre ouvert : « Qu’est-ce que l’emprise ? »

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On retrouve ses victimes dans les couples, dans la relation parents/enfants, au travail, sur les plateaux de cinéma et même à l’université. Quelle est cette relation d’emprise qui soumet les uns à tyrannie des autres, au point de réussir difficilement à s’en démettre ? C’est ce que l’auteure, elle-même psychothérapeute, nous décrit dans le détail.

Anne-Clotilde Ziegler commence par resituer le triangle de la prédation. Il y a, d’abord, ce prédateur lancé dans une quête sans fin, afin de se remplir de l’autre, comme pour combler sans jamais y parvenir son vide intérieur. Il prend son contrôle en lui imposant un rapport de pouvoir, de manipulation et de domination.

Il y a ensuite sa proie qui s’est laissé enchaîner dans des mécanismes de dépendance. Elle se retrouve littéralement expropriée d’elle-même. En état de sidération, sa pensée et ses émotions plongent dans la plus extrême des confusions. Elle en vient à naturaliser les épreuves qu’elle subit, fascinée et soumise.

Mais, le troisième acteur, c’est bien l’entourage proche et le corps social qui se taisent et détournent le regard. En s’enfermant dans un déni collectif, ils deviennent de faits complices plus ou moins tacites. Pire, ils reprochent à la victime d’être la principale responsable de ce qui lui arrive. Ils l’accusent de s’être laissé prendre au piège par naïveté, bêtise, voire masochisme et surtout de ne pas réussir à s’en échapper.

L’auteur identifie les trois phases de l’emprise. La première étape est celle de la séduction. Le prédateur se montre chaleureux, charmeur, charismatique, ne lésinant pas sur l’amour et la gentillesse, les compliments et l’écoute qu’il dispense largement. Cette reconnaissance valorisante s’articule avec l’attention et la disponibilité qu’il accorde à sa proie.

Puis, vient le « ferrage ». Le prédateur alimente une confusion cognitive et émotionnelle, en soufflant le chaud et le froid, en alternant promesse et chantage, tendresse et humiliation, bons moments et dévalorisations. Il isole sa proie de son entourage familial et amical. Il met en place un contrôle financier, émotionnel, communicationnel.

Ça y est, le piège s’est refermé. Vient alors la destruction. Elle passe par la déshumanisation, la culpabilisation et la négation du désir de l’autre. Le prédateur nie la possibilité pour sa proie de pouvoir exister en dehors de lui. Il banalise les disputes et lui en fait porter la responsabilité. Il l’instrumentalise, la harcèle et exige de maîtriser la façon dont sa victime s’habille, qui elle voit, ce qu’elle fait.

Les signes distinctifs du prédateur sont multiples. Il recherche rapidement une relation d’intimité qui se transforme très vite en domination. Il se montre méfiant, maniant le soupçon, multipliant les interrogatoires, exigeant des comptes. Son égoïsme n’a d’égal que sa conviction en sa propre grande valeur. Il est fasciné par la violence et ressent beaucoup de jouissance à faire souffrir sa proie, se montrant cruel et sans empathie ni pitié à son égard.

Les signes d’emprise chez la victime sont tout aussi identifiables. Anxiété, hyper-vigilance, agitation, confusion, amnésie, épuisement, soumission, peur de gêner, honte, incapacité à dire non, estime de soi endommagée, stress et symptômes dépressifs s’accumulent et s’entrechoquent. La sidération se combine avec la paralysie psychique et physique, la dissociation avec la déconnection des émotions.

L’auteure ne s’en tient pas à ce terrible tableau. Elle l’affirme : il est possible de s’en sortir. Mais, pour y parvenir la victime doit dépasser toute une série de peurs. Celles de provoquer la colère du prédateur, sa violence, ses menaces de suicide ; celles d’être confrontée à des difficultés financières insurmontables, si elle le quitte ; celle d’être séparée de ses enfants. Mais aussi, le sentiment d’amour possiblement toujours présent et l’espoir de retrouver la personne qu’il était au début de la relation.

D’autant qu’il le promet, il va changer. Rien ne sert d’argumenter, de se justifier, de chercher à être compris. Le prédateur sera toujours plus fort pour démontrer à sa victime qu’elle ne peut exister en dehors de lui et qu’elle a plus à perdre en le quittant qu’en restant. Parvenir à rompre est pourtant la première étape à passer.

Mais, même après la rupture sortir de l’emprise n’est ni rapide, ni simple, ni facile. Il ne suffit pas de se séparer de son prédateur. Il faut ensuite entamer ce long réapprentissage seul à même de retrouver sa pensée, de se réapproprier son histoire, de recueillir ses émotions, de restaurer le rapport à soi et de recouvrer le goût de soi. C’est là tout le travail qu’accomplit Anne-Clotilde Ziegler en tant que thérapeute.

Ecoutez Anne Clotilde Ziégler interviewée sur Beur.FM (vidéo)

 


 

Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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Photo : Anne Clotilde Ziégler sur le site de lisez.com

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