Il est de plus en plus fréquent de voir s’opposer d’une manière radicale des opinions tranchées qui excluent toute nuance. Didier Pleux nous propose une posture intermédiaire entre l’autoritarisme et le laisser-faire en éducation.
La rhétorique réactionnaire nous abreuve de ces appels au retour à une autorité qui fleure bon la nostalgie de la toute-puissance arbitraire du paterfamilias et des matrones d’autrefois. S’il faut proscrire cette attitude qui annule et inhibe, est-il possible de faire jouer un autre rôle éducatif à cette autorité ? C’est cette seconde option que Didier Pleux choisit.
Educateur spécialisé durant 10 ans auprès de jeunes délinquants, avant de devenir psychothérapeute, l’auteur adopte une posture nuancée mais claire. Il se moque d’abord de ces menaces de « décivilisation » et de « choc de civilisation » brandies par les chantres du retour à l’autoritarisme passé. Mais il s’inquiète tout autant de la banalisation croissante des incivilités, de l’égocentrisme et des comportements agressifs de tant d’enfants et des adultes qu’ils sont devenus.
Grand pourfendeur des dogmes d’une Dolto dont il rappelle cruellement les sympathies vichystes, il ne lui fait aucun cadeau. Il rappelle les conseils aberrants qu’elle put donner aux parents : « laissons l’enfant aussi libre que possible, sans lui imposer des règles sans intérêt. » Ou encore « c’est du nazisme déguisée que d’obliger des enfants à des règles communes. »
L’éducation rigide et répressive, autoritariste et maltraitante qui dominait alors justifia sans doute cette inversion des valeurs. Il eut été pertinent de ne pas asséner de prétendues vérités absolues et définitives, comme d’affirmer : les parents n’ont que des obligations et les enfants ont tous les droits ! Cette affirmation péremptoire, Dolto l’appliqua volontiers aux autres, mais pas pour ses propres enfants, les gifles de son mari la relayant volontiers pour résoudre les conflits !
Aujourd’hui, cet enfant à qui l’on cède tout deviendra vite un petit tyran. S’il ne vit que pour son plaisir, ignorant qu’autrui existe, les adultes se trouveront vite enchainés à son moindre désir. La question que l’auteur pose est essentielle : comment fait-on pour humaniser le petit d’Homme ? Et de répondre que celui-ci n’est en lui-même ni bon, ni mauvais : c’est un être en devenir.
Il est tout à fait normal qu’il soit animé de pulsions que son immaturité ne permet pas de gérer. Et c’est de la responsabilité des parents, des enseignant, des éducateurs … des adultes de l’aider à les canaliser. Au pulsionnel, il ne faut opposer ni interdit total, ni censure, ni culpabilisation. La règle proposée, en son temps, par Freud est toujours d’actualité : confronter le principe de plaisir qu’il pratique spontanément au principe de réalité qui s’impose à lui.
Ce qui signifie apprendre à l’enfant à modérer ses désirs, à borner ses appétits de toutes sortes, à inhiber ses envies. Non pour renoncer définitivement à les satisfaire, mais pour lui permettre de gérer ses frustrations face aux inévitables insatisfactions qu’il rencontrera. A l’inverse, ce sont les valeurs altruistes universelles que sont le respect, la politesse, l’honnêteté, la responsabilité, la tolérance, la gratitude… qu’il faut cultiver chez lui.
Ce qui implique la conflictualité et la confrontation. Avec des circonstances où il faut sanctionner l’enfant. Non sous le coup des émotions, mais pour mettre en perspectives les conséquences négatives des actes qu’il a posés. L’objectif est bien de lui montrer qu’il vit pas dans un monde où il lui faut tenir compte des autres et renoncer pour cela la toute-puissance de son égocentrisme.
Il ne s’agit pas de choisir entre la sécurité affective OU l’autorité, comme semble le poser certains tenants de l’éducation positive. « L’autorité parentale n’est juste que si elle s’accompagne d’une acceptation et d’un amour inconditionnel de l’enfant. Elle ne doit pas limiter à un dur apprentissage de la réalité. Elle doit aussi favoriser une enfance légère et plaisante » (p. 134). Voilà qui est dit et bien dit !
Didier Pleux conclue par une mise en garde qui justifie pleinement d’être entendue. L’absence de frustration ne pousse-t-elle pas les enfants devenus adolescents et adultes de se sécuriser en optant pour des scénarios autoritaires et/ou des idéologies intégristes leur permettant de vivre le principe de réalité, faute d’avoir été éduqué à le faire ? A méditer !
- L’autorité éducative, en urgence, Didier Pleux, Éd. Odile Jacob, 2024, 171 p.
Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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Photo : L’auteur Didier Pleux sur son compte LinkedIn


