Bonjour et bienvenue à cette revue de presse, où l’actualité sociale nous rappelle, une fois de plus, à quel point le collectif et l’humain sont mis à rude épreuve : entre la grève qui s’éternise au Samu social de Paris et sa banderole accusatrice, la tribune sans concession de Michel Urvoy sur le sacrifice des politiques sociales, ou encore le témoignage édifiant de l’avocate Christelle Mazza sur des fonctionnaires démunis face à leurs missions, on mesure combien nos services publics vacillent sous la pression. Mais cette édition nous réserve aussi une surprise plus réjouissante avec l’enquête sur les jeunes et les drogues, où l’on découvre que la génération montante rompt avec certaines idées reçues. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
« Macron coupable » : une banderole géante affichée sur le toit de l’immeuble du Samu social de Paris après un mois de grève

Cet article de Pierre De Baudouin, publié par France 3 Paris Île-de-France (France Télévisions), nous fait part d’une nouvelle action menée lundi dernier par les grévistes du Samu social de Paris, dans le cadre d’un mouvement de grève qui se poursuit depuis plus d’un mois. Une banderole affichant le message « 350.000 SDF, deux fois plus qu’en 2016 : Macron coupable » a été déployée sur le toit de l’immeuble du siège de ce Groupement d’intérêt public (GIP), situé avenue Courteline, dans le 12e arrondissement de Paris. Ce GIP a pour mission de lutter contre la précarité et de défendre les personnes sans domicile en Île-de-France. L’action, à laquelle une vingtaine de personnes ont participé, a été relayée par des photos publiées sur X. Et, ll faut le dire la photo du PR sur la banderolle n’est vraiment pas à son avantage !
Le journaliste rapporte les propos de Simon Le Cœur, secrétaire général CGT du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris (CASVP). Il y déplore « l’absence totale de réponse de la direction concernant les revendications des grévistes, et de la préfecture pour des solutions d’hébergement dignes et pérennes ». Il précise également que le mouvement, initié par les écoutants du 115, s’étend désormais à d’autres services, notamment celui des médecins. D’autres manifestations et rassemblements ont aussi eu lieu mercredi et jeudi.
Une cagnotte a été mise en œuvre pour soutenir le personnel. Les infos sur le mouvement sont régulièrement publiées par la Commission De Mobilisation Du Travail Social IDF qui a aussi publié les photo de cet article. Une pétition que vous pouvez signer est en ligne. Le mouvement a débuté le 23 juin dernier. Cela fait plus d’un mois qu’il dure. (lire l’article de France 3)
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Sacrifier le social : le choix du pire

En résonance avec l’article précédent, Michel Urvoy journaliste et chroniqueur à Ouest-France dans une tribune au vitriol, dénonce une orientation politique qui, selon lui, sacrifie délibérément les politiques sociales au profit d’une logique comptable. Ce journaliste qui est loin d’être un « gauchiste » souligne que les coupes budgétaires dans les secteurs comme la santé, l’éducation ou les services publics fragilisent les plus vulnérables, tout en alimentant les inégalités. Il rappelle que ces choix, présentés comme une nécessité économique, sont en réalité une régression sociale, où l’humain passe après les chiffres.
Son article interroge la cohérence d’un gouvernement qui, simultanément, vante les mérites d’une « société résiliente » tout en démantelant les filets de sécurité censés protéger les citoyens. Michel Urvoy parle de l’économie sociale et solidaire. Il donne aussi des exemples comme la réduction des budgets alloués aux Ehpad ou aux centres d’hébergement d’urgence, où les conséquences se mesurent déjà en termes de fermetures de lits ou de files d’attente interminables. Pour lui, cette politique n’est pas une fatalité, mais bien un choix idéologique qui privilégie une minorité au détriment de l’intérêt général.
Enfin, l’auteur lance un appel à la résistance, invitant les citoyens et les professionnels du secteur à alerter sur les dangers de cette dérive. Il conclut en soulignant que sacrifier le social, c’est aussi hypothéquer l’avenir, car une société qui laisse ses membres les plus fragiles à l’abandon est une société condamnée à s’affaiblir. (Lire l’article de Ouest-France)
« Les fonctionnaires sont là pour servir le collectif, dans un monde ultra-individualiste, mais n’ont plus les moyens de le faire »

Dans un entretien publié par Basta!, l’avocate Christelle Mazza, spécialiste du droit de la fonction publique et du droit pénal du travail public, dresse le portrait des fonctionnaires qu’elle défend depuis vingt ans. Elle explique recevoir des agents de tous statuts et de tous grades qu’ils soient magistrats, pompiers, enseignants, policiers, soignants, directeurs de services, agents d’entretien…. Ils viennent la voir principalement pour des faits de harcèlement moral.
L’avocate insiste sur la notion de « violence éthique » vécue par les agents publics, qu’elle juge différente d’une simple souffrance personnelle : ces fonctionnaires, profondément attachés à l’intérêt général, se retrouvent dans l’incapacité d’atteindre leurs objectifs faute de moyens suffisants. Elle évoque à ce titre les agents des offices environnementaux comme l’Office français de la biodiversité (OFB) ou l’Office national des forêts (ONF), particulièrement éprouvés selon elle par les incendies qui touchent actuellement les territoires.
Christelle Mazza décrit des agents « écrasés », pris entre l’obligation statutaire de servir et l’impossibilité concrète de le faire, ce qui les conduit selon elle à s’effondrer psychologiquement. Interrogée sur les origines de cette situation, Christelle Mazza retrace un démembrement des services publics qu’elle qualifie de transpartisan, débuté dès la fin des années 1980. Elle cite la flexibilisation de l’emploi public par le recours aux contractuels décidée sous le gouvernement de Lionel Jospin en 2001, puis la révision générale des politiques publiques (RGPP) lancée sous Nicolas Sarkozy à partir de 2007, qu’elle assimile à un vaste plan social. Elle estime qu’Emmanuel Macron a ensuite prolongé et intensifié cette dynamique depuis 2017, en dirigeant l’État selon une logique de marché, illustrée selon elle par le recours coûteux à des cabinets de conseil comme McKinsey, actuellement toujours visé par une enquête judiciaire. (Lire l’article sur Basta!)
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Alcool, tabac, cannabis : les jeunes se sont‑ils vraiment détournés des drogues ?

La question peut paraitre un peu provocatrice mais elle a du sens quand on apprend qu’il existe une décrue générale d’usage des drogues chez les jeunes. Elle tranche avec l’essor des psychostimulants chez les adultes. Ivana Obradovic, directrice adjointe de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) et chercheuse associée au CESDIP, s’appuie dans son article sur les enquêtes épidémiologiques menées depuis 2000 par cet observatoire.
Le constat central est celui d’un contraste croissant entre générations : chez les adolescents, la consommation diminue fortement pour toutes les substances considérées, qu’il s’agisse de l’alcool, du tabac, du cannabis ou d’autres drogues illicites comme la cocaïne, le MDMA / ecstasy ou les champignons hallucinogènes. Chez les adultes en revanche, l’usage du cannabis se stabilise en même temps que ses consommateurs vieillissent, tandis que le recours aux psychostimulants (cocaïne, MDMA/ecstasy, amphétamines) progresse nettement par rapport à il y a dix ans.
Seul le tabagisme recule à tous les âges, ce qui en fait la tendance la plus marquante : en dix ans, la proportion de fumeurs quotidiens a été divisée par dix chez les collégiens, plaçant la France parmi la dizaine de pays européens, principalement nordiques, où le tabagisme quotidien est inférieur à 5 % à 16 ans. Ivana Obradovic explique ce recul par deux décennies de politiques de « dénormalisation », combinant interdictions dans les lieux publics, interdiction de vente aux mineurs, hausses de prix répétées (le prix moyen du paquet de cigarettes est passé de 3,20 euros en 2000 à 13 euros en 2025).
L’auteure détaille ensuite les évolutions concernant l’alcool et les autres drogues chez les jeunes. La part des adolescents n’ayant jamais essayé l’alcool a quadruplé en dix ans, et la proportion de buveurs réguliers a été divisée par deux, passant de 21 % des lycéens en 2011 à moins de 9 % en 2024. Ce recul est toutefois nuancé par la persistance des alcoolisations ponctuelles importantes. En effet, un lycéen sur quatre déclarait en 2024 avoir bu au moins cinq verres en une occasion dans le mois précédent, signe d’un passage d’un mode de consommation dit « méditerranéen » à un mode dit « nordique » ou « binge drinking ».
Concernant le cannabis, la proportion de jeunes en ayant consommé au moins une fois dans le mois a été divisée par quatre entre 2011 et 2024, malgré une accessibilité facilitée par les commandes en ligne et la livraison à domicile. L’usage de MDMA/ecstasy et de cocaïne a également reculé de moitié chez les lycéens sur la même période. Ivana Obradovic souligne bien d’autres éléments que je vous invite à découvrir dans cet article particulièrement détaillé.
On y apprend que cette décrue des drogues chez les jeunes coïncide en outre avec une dégradation de la santé mentale des adolescents. Une dégradation marquée par une hausse du risque de dépression, des pensées suicidaires et des tentatives de suicide déclarées à 17 ans. Chez les adultes enfin, l’essor des psychostimulants se confirme, avec une consommation de cocaïne triplée en une décennie et celle de MDMA/ecstasy multipliée par six entre 2010 et 2023, la consommation de cocaïne culminant autour de la quarantaine.
Ivana Obradovic conclut son propos par un appel à la vigilance des pouvoirs publics face à l’émergence de nouvelles pratiques potentiellement addictives. Elle parle du vapotage de produits contenant de la nicotine ou des cannabinoïdes de synthèse, poussées par des stratégies commerciales de promotion et de marketing. (Lire l’article sur The Conversation)
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser. Michelle assure cette veille sociale indispensable !
Photo en une : Commission De Mobilisation Du Travail Social IDF


