Revue de presse | Secret pro : à l’ombre de l’émotion / Fakes news sur la pilule / RSA : un effet global nul pour l’emploi

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Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Au programme aujourd’hui, un beau mélange de sujets qui touchent à notre société dans ce qu’elle a de plus concret et de plus humain. On commence fort avec une question épineuse : faut-il rendre le signalement obligatoire pour les médecins face aux violences sur mineurs ? La réponse n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire, et vous allez voir pourquoi. Nous nous intéresserons ensuite à un phénomène qui prend de l’ampleur chez les jeunes femmes : la méfiance croissante envers la pilule contraceptive, alimentée par les réseaux sociaux. Puis cap sur l’économie sociale avec le bilan surprenant ( mais pas tant que ça ) de la réforme du RSA, qui soulève des questions de fond sur nos politiques de l’emploi. Et parce que l’été s’annonce toujours aussi chaud, il est aussi d’injustice thermique dans le logement, un enjeu de santé publique et de justice sociale qui mérite qu’on s’y arrête. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !

 


Secret professionnel et signalement : à l’ombre de l’émotion, les erreurs de raisonnement se multiplient

secret pro 1Cet article, signé par Laurent Puech, Christophe Daadouch, Véronique Logeais et Antoine Guillet publié sur le site Secretpro.fr, part du drame de la jeune Lyhanna, violée et tuée par un pédocriminel déjà connu de la justice. Il interroge la proposition de rendre le signalement obligatoire pour les médecins face aux violences sur mineurs. Les auteurs distinguent d’emblée le temps médiatique, dominé par l’émotion et les solutions dites « de bon sens », du temps professionnel, qui exige analyse et recul. Ils remettent en question la formule intuitive « signalement = protection », en montrant qu’un signalement peut être protecteur, mais aussi parfois sans effet, ou même exposer l’enfant à des dangers plus grands encore. Déclencher un signalement, rappellent-ils, c’est « déclencher une suite d’événements que le signalant ne maîtrisera pas », y compris une intrusion institutionnelle lourde dans la vie familiale, voire un placement pouvant être vécu comme maltraitant pour l’enfant lui-même.

Rendre le signalement obligatoire poserait plusieurs problèmes concrets. D’abord, il effacerait la diversité des situations : l’enfant de trois ans présentant des lésions génitales dans une famille isolée et la jeune fille de 17 ans, capable d’agir, qui refuse la judiciarisation après des attouchements anciens, n’appellent pas la même réponse. Ensuite, l’obligation produirait mécaniquement des « faux positifs », saturant des dispositifs d’évaluation déjà engorgés, au risque de noyer les cas les plus graves. Elle exposerait aussi les professionnels à des poursuites pénales en cascade, car ceux qui sauraient qu’un collègue n’a pas signalé seraient à leur tour mis en cause. Enfin, si les familles savent que toute confidence entraîne automatiquement un signalement, certaines cesseront simplement de consulter : « si parler du danger ouvre sur des risques plus coûteux que le silence, alors se confier devient le problème ».

« À vouloir tout voir immédiatement, on risque finalement de moins voir. »

Au-delà de ces effets indésirables, les auteurs montrent que cette obligation de signalement transformera en profondeur la posture professionnelle. Le médecin ou le travailleur social ne cherchera plus à comprendre une situation, mais à repérer le moment où sa responsabilité pénale serait engagée. Certains préféreraient « ne rien voir, ne rien noter » pour éviter le dilemme. La parole qui aurait pu émerger progressivement ne serait jamais prononcée.  Face à cela, les auteurs plaident pour une vraie culture du discernement : former les professionnels à identifier les signaux faibles, à réfléchir collectivement, à disposer de personnes-ressources comme les médecins référents protection de l’enfance, pourtant absents dans de nombreux départements dix ans après la loi de 2016 qui les avait prévus.

Les auteurs défendent le cadre légal actuel, perfectible mais porteur d’une qualité essentielle : il oblige le professionnel à exercer son jugement. La faculté de signaler, plutôt que l’obligation systématique, reconnaît que « les situations humaines ne sont pas réductibles à un algorithme décisionnel ». Ils rappellent que l’absence de signalement ne signifie pas absence d’action, et que le secret professionnel est lui-même un outil de protection.

En cas de péril imminent, l’article 223-6 du code pénal impose déjà d’agir, et des médecins ont été condamnés pour ne pas l’avoir fait. La vraie réponse, selon eux, passe par un continuum : repérer, réfléchir collectivement, signaler si nécessaire, évaluer les suites données, soutenir les professionnels psychologiquement et institutionnellement. « La recherche d’une protection maximale ne passe pas nécessairement par une judiciarisation maximale, mais par une capacité collective à produire des décisions ajustées aux situations. » (lire l’article sur secretpro.fr)

 


Quand les réseaux sociaux incitent les jeunes femmes à tourner le dos à la pilule contraceptive

piluleun phénomène inquiète de plus en plus les professionnels de santé  : sur les plateformes numériques, des jeunes femmes abandonnent la pilule contraceptive, en partie sous l’influence de contenus viraux qui véhiculent des discours critiques, voire alarmistes, sur la contraception hormonale. C’est ce qu’explore cet article publié sur The Conversation, signé par Jennifer Takhar et Anna Schneider-Kamp toutes deux chercheuses engagées dans l’analyse des comportements de santé à l’ère numérique. Elles y décrivent comment des influenceuses, souvent sans formation médicale, partagent leurs témoignages personnels sur les effets secondaires supposés de la pilule (prise de poids, baisse de libido, troubles de l’humeur) et touchent des millions de jeunes femmes en quête d’informations accessibles et incarnées.

Les chercheuses soulignent avec précision la nature profondément asymétrique de l’information circulant en ligne : les récits négatifs sur la contraception hormonale y sont surreprésentés, tandis que les bénéfices médicaux documentés restent peu visibles ou peu attractifs dans des formats courts comme TikTok. Les jeunes femmes, souvent mal accompagnées, se tournent vers ces espaces numériques comme substituts à une consultation médicale jugée trop rapide ou peu à l’écoute.

Le propos des auteures n’est pas de disqualifier les ressentis des femmes, bien au contraire. Elles appellent à une écoute renforcée dans les cabinets médicaux et à une meilleure éducation à la santé sexuelle, capable de rivaliser, en clarté et en empathie, avec les contenus des réseaux sociaux. La question posée reste ouverte et essentielle : comment la médecine peut-elle reprendre une place de confiance auprès des jeunes femmes, sans nier leurs expériences vécues ? …  (Lire l’article complet sur The Conversation)

 


Un effet global nul: la réforme du RSA a bien amélioré l’accès à l’emploi de ceux qui en ont bénéficié, mais tous les autres en ont pâti

reforme rsa mitigeeC’est un bilan en demi-teinte que livre BFMTV au sujet de la réforme du RSA, mise en place pour conditionner le versement de l’allocation à un accompagnement renforcé vers l’emploi. Selon les conclusions évoquées dans l’article, si les personnes directement accompagnées dans le cadre de cette réforme ont effectivement bénéficié d’un meilleur accès à l’emploi, l’effet global sur le volume total d’emploi dans les territoires concernés s’avère, lui, inexistant. Autrement dit, la réforme aurait produit un déplacement des opportunités d’emploi plutôt qu’une création nette, ce qui relativise considérablement son impact réel sur le marché du travail.

Ce résultat, issu d’une évaluation sérieuse du dispositif, pose des questions de fond sur la logique même de la réforme. L’idée centrale est que l’accompagnement individuel intensif permettrait de réinsérer durablement des personnes éloignées de l’emploi tout en dynamisant l’économie locale. Cela ne se confirme pas à l’échelle macroéconomique. Les personnes accompagnées auraient ainsi, en quelque sorte, occupé des postes qui auraient de toute façon été pourvus par d’autres candidats, sans que le nombre global d’emplois disponibles n’augmente.

Quelle surprise ! (voyez ici de l’ironie) : Il est constaté tout simplement qu’il n’y a pas suffisamment d’emplois disponibles au regard du nombre de personnes qui en cherchent ! Ces conclusions invitent à repenser les fondements politiques d’une réforme qui a mobilisé d’importantes ressources humaines et financières. Elles alimentent un débat plus large sur l’efficacité des politiques d’activation des allocataires, et sur la nécessité de les articuler avec des politiques de création d’emplois plus structurelles, notamment dans les territoires les plus fragilisés. (lire l’article de BFMTV)

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Logement : face aux canicules, l’injustice thermique se creuse dans les territoires

Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient et s’intensifient, La Banque des Territoires publie un article qui nous donne à voir une réalité souvent invisible : l’injustice thermique qui se creuse entre les territoires et entre les populations selon leur type de logement. Certains habitants, souvent les plus modestes, vivent dans des logements particulièrement mal adaptés aux fortes chaleurs. Ils sont sous-isolés, mal orientés, dépourvus de végétation ou de dispositifs de rafraîchissement. Ils subissent ainsi de plein fouet les conséquences sanitaires des canicules, là où d’autres peuvent s’en protéger.

L’article souligne que cette fracture thermique n’est pas qu’une question de confort. Elle engage la santé, voire la vie des personnes les plus vulnérables, notamment les personnes âgées, les jeunes enfants et les individus souffrant de pathologies chroniques. Les logements sociaux anciens, les passoires thermiques en milieu rural comme en périphérie urbaine, concentrent ces situations à risque. Et si des solutions existent, telles la rénovation énergétique, la végétalisation, ou l’urbanisme bioclimatique , leur déploiement reste inégal selon les moyens des collectivités territoriales et des bailleurs.

Face à ce constat, la question du financement et de la priorisation des rénovations thermiques dans les logements les plus exposés s’impose comme un enjeu de justice sociale.  L’article appelle implicitement à une mobilisation accrue des acteurs publics locaux, des bailleurs sociaux et de l’État pour que l’adaptation au changement climatique ne reste pas un privilège réservé à ceux qui peuvent se l’offrir. (lire l’article de la Banque des Territoires)

 


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Et dans la presse professionnelle (sélection)

 


Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.

Photo d’illustration générée par intelligence artificielle. (Mammouth.ai) Les personnages sont fictif

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