Livre ouvert : « La gestion de l’agressivité en institution »

[current_page_url]

couv la gestion de lagressiviteLa question des comportements agressifs en institution est trop peu abordée et traitée. Le livre que nous propose Jean-Max Ferey remédie avec pertinence à cette carence.

Historiquement, les réponses données aux comportements par trop perturbateurs se sont résumées à l’incarcération ou l’internement. Héritage contemporain de ces enfermements, la contention et l’isolement ont pris le relai dans les institutions. A une époque qui ne cesse de parler de respect de l’intégrité physique et psychique des personnes accompagnées, il est légitime d’attendre d’autres postures professionnelles.

Le livre de Jean-Max Ferey se présente comme un manuel. Il ne se contente pas de décortiquer, comme un scanner, la problématique, mais propose des pistes pour détecter avant, réagir pendant et déconstruire après. L’objet étudié est bien tout passage à l’acte d’une personne accompagnée dans les institutions quelle soient de soins somatiques ou psychiatriques ou relevant du médico-social.

Le premier apport de l’auteur est d’autant plus précieux qu’il comble une question sémantique essentielle : où se termine l’agressivité et où commence la violence ? La pulsion de vie qui anime chaque animal le conduit, par instinct et réflexe de survie, à réagir face à toute situation de danger. L’être humain ne fait pas exception. Pour l’auteur, ce n’est donc pas son agressivité qu’il faut maîtriser, mais sa métabolisation qu’il faut privilégier.

L’agressivité n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Tout dépend ce qui en est fait. Elle est positive quand elle alimente la combativité dans la pratique d’un sport, dans la persévérance pour atteindre un objectif ou pour se défendre quand le sujet est attaqué. L’auteur distingue plusieurs intentions : se protéger, exprimer ce que les mots ne permettent pas de dire, mais aussi s’attaquer à autrui.

Et c’est bien là où se situe la bascule. Quand l’agressivité s’attaque à l’intégrité physique ou cherche à abîmer ce qui entoure son auteur, elle se mue alors en agression. Elle peut se manifester sous deux formes. Autodestructive, quand la personne dirige la violence contre elle-même. Hétéro destructive, quand elle s’attaque à autrui. Cela va de la micro agression (moquerie, humiliation, harcèlement…) à l’agression majeure.

Face à de telles manifestations, tout professionnel est confronté à la nécessité d’une réaction. Certes, il peut dans certains cas choisir l’évitement. Parfois utile, dans beaucoup de cas, ce n’est pas forcément ce qui est le plus glorieux. Il lui faut identifier rapidement les déterminants du passage à l’acte en distinguant les facteurs endogènes et exogènes. La labilité émotionnelle, l’intolérance à la frustration ou la tendance à l’impulsivité de l’agresseur, mais aussi son éventuelle problématique psychiatrique sont des éléments d’analyse pour comprendre ce qui se passe.

Mais, le contexte exogène d’une dimension socio-culturelle, familiale et environnementale est aussi à prendre en compte. D’autres éléments sont aussi nécessaires à identifier. Ce sont les déclencheurs : une réaction à l’émergence d’une peur, d’un sentiment de menace, d’un espace vital compromis par une trop grande promiscuité, d’une attaque à l’estime de soi, d’une colère face à une humiliation, etc.

L’auteur consacre de longues pages à ce qu’il faut faire et ne pas faire. Eviter d’abord le contact physique et le regard fixe, une parole trop rapide et des déplacements brusques, des menaces ou au contraire des silences … toutes choses pouvant être perçues comme menaçantes. Au contraire, des échanges empathiques, une écoute aiguisée, des questions ouvertes et des reformulations sont à privilégier.

Et puis vient le choix de la meilleure stratégie à employer. Jean-Max Ferey décrit celle qui relève d’une volonté de désamorçage de la crise de celle qui s’inscrit dans une logique gagnant/perdant ou encore de la négociation gagnant/gagnant. Aucune n’est à privilégier par principe. Tout dépend du contexte, du passif accumulé, de l’objectif poursuivi, du degré de tension. Autant d’éléments à décrypter dans le moment.

Une fois la crise passée, il convient d’en reprendre les tenants et aboutissants avec la personne concernée. Mais aussi en équipe, en décryptant la personnalité de l’agresseur, l’objet de l’agression, son degré de conscience, ainsi que le déroulement des interactions. Non dans un but de jugement de valeur, mais de compréhension des mécanismes à l’œuvre pour mieux prévenir leur reproduction.

Il est toujours plus facile de penser avant et après que de savoir comment réagir sur le moment. C’est justement pourquoi, cette mise en réflexion est précieuse. Non comme un mode d’emploi à suivre à la lettre, mais comme une gestion à réfléchir en aval et en amont. Ce qui compte c’est non seulement que le jour où la crise arrive, le professionnel sache identifier les signes annonciateurs mais qu’il réussisse à répondre autrement que par sa propre agressivité, sous l’effet de la peur ou de la colère.

 


 

Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
Ne manquez pas son site « Tremsite » : https://tremintin.com/joomla/

 


Articles liés :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.