Livre ouvert : « La problématique du manque de lecture chez les éducateurs en formation »

[current_page_url]

Publier son mémoire de Master 2 en sciences de l’éducation est risqué, la littérature de recherche universitaire n’étant pas toujours facile à lire. Sauf si, justement, le thème traité est la difficulté des étudiants en travail social … à lire !

couv livre OunaneAïssa Ounane est formateur en école de travail social. Ancien éducateur de rue, il y intervient pour accompagner les étudiants dans leur démarche d’apprentissage professionnels. C’est au cours de ses interventions qu’il a été confronté à une difficulté récurrente : celle de la lecture de textes théoriques et conceptuels. Allergiques au plaisir de lire, l’intérêt de la démarche semble leur échapper. Pour beaucoup, elle s’apparente au mieux à une injonction et une contrainte, au pire à une épreuve ennuyeuse, voire douloureuse.

Il serait trop facile d’évoquer l’idée reçue des effets pervers du numérique. Pour tenter de comprendre les tenants et aboutissants de ce blocage, l’auteur a décidé de se lancer dans une recherche-action. Il a proposé à des étudiants de constituer des groupes de lecture. Cela a pris la forme de recherche en bibliothèque ou sur internet de références en relation avec des thématiques préalablement choisies en commun. Aussitôt suivie par une démarche collective de compréhension des contenus, d’échange, d’analyse, de remise en question…

Dans son livre, l’auteur décrypte quatre des cinq séances qu’il a accompagnées avec des étudiants de 3ème année. Qu’en ressort-il ? D’abord que l’apprentissage du savoir se vit différemment quand chacun tente de s’approprier un contenu dans la solitude ou dans le contexte d’une interaction à la fois bienveillante, conviviale et stimulante avec ses pairs. Ensuite, que les supports écrits et audios ne doivent pas être mis en concurrence, mais plutôt s’articuler dans une dynamique multimodale. Enfin, que le formateur doit savoir remettre en cause sa posture pédagogique unilatérale et descendante, pour s’engager dans une approche de partage collaborative.

Aïssa Ounane ne se contente de ces conclusions. Il propose une mise en pratique opérationnelle en dix séances. Ces sessions alternent lecture, débat, témoignages de terrain, utilisation de lieux de travail différents, ateliers d’écriture, partage d’expériences, entretiens collectifs, analyses … Le tout est scandé par des évaluations régulières du dispositif qui ne se veut pas figé, mais évolutif et adaptable. « Humanité et avoir être », tel qu’il l’a intitulé, fut pérennisé par le centre de formation où il exerce.

Le travail de recherche qui a permis de faire émerger cette approche innovante de la formation, s’est appuyé sur de nombreuses références théoriques qui parsèment l’ouvrage. Il s’est attaché à suivre une méthodologie rigoureuse qui est longuement expliquée. Il a nécessité tout un travail de questionnement, de clarification et de contextualisation largement évoqué. Il a été soutenu par une étroite collaboration avec les étudiants et les autres formateurs. Au final, cette recherche-action aura permis de transformer le plaisir d’apprendre en plaisir de surprendre.

 

 


Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »

Il est signé Jacques Trémintin

Ne manquez pas son site « Tremsite » : https://tremintin.com/joomla/


Photo : Aïssa Ounane sur le site de l’éditeur

Articles liés :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.