Keon West est un expert des discriminations raciales. Pourtant, ce n’est pas son opinion qui transparaît dans ses lignes, mais des données empiriques issues de centaines de recherches internationales.
L’auteur commence par citer longuement deux avis divergents. L’un affirme qu’un racisme systémique discrimine les noirs, l’autre les accuse de pratiques ethniques déviantes. Plutôt que de contre-argumenter, pour confirmer ou infirmer l’une ou l’autre de ces positions, Keon West en appelle à la science.
La démarche scientifique commence par poser des hypothèses, avant d’expérimenter sur le terrain pour en vérifier ou non la validité. Si elle réussit à établir une causalité (lien entre cause et effet) dépassant la simple corrélation (des faits juxtaposés sans relation directe), c’est que les preuves qu’elle avance ont été testées, vérifiées et quantifiées.
Par précaution, Keon West en appelle le lecteur à se montrer critique sur tout ce qu’il avance. Il l’incite à aller vérifier les sources qu’il donne, leur exactitude et leur validité. Il lui demande d’être vigilant à la méthodologie employée. Elle doit être identifiable et respecter les règles des essais contrôlés aléatoires : un groupe témoin non soumis au même test doit permettre de comparer les résultats.
Fort de toutes ces précautions, l’auteur se lance dans une présentation minutieuse de ces études au cours desquelles des centaines d’échantillons de personnes de tous âges ont été testées. Elles ont été confrontées à des mises en situation qui ont démontré la persistance des discriminations envers les noirs tant en matière d’emploi, de santé, d’éducation, de relations amicales et amoureuses, que de justice etc….
Ces études ont permis de démontrer qu’en comparaison avec un noir, un blanc est jugé par principe plus professionnel, plus compétent, plus employable. Il est traité d’une manière plus polie, plus accueillante, plus bienveillante tan dans un commerce, que dans un centre de soins. A l’école, il est perçu comme plus attentif, plus investi, plus travailleur.
Ces préjugés, qui peuvent varier en constance et en force, ont d’autant plus de conséquences que ceux qui les portent ont du pouvoir. S’il en existe bien d’autres qui sont véhiculés par les noirs contre les blancs, cela n’entraine aucune discrimination envers ces derniers sur leur logement, leur emploi, leur santé, leurs études ou leur représentation dans les médias.
Comment combattre ce racisme ? L’auteur cite les études démontrant l’inefficacité de ces formations obligatoires sur la diversité organisées par des entreprises bien plus préoccupées par leur réputation que par la réduction effective des discriminations. Le daltonisme racial consistant à ignorer le racisme pour ne pas lui donner trop d’importance, voire d’ampleur est tout aussi vain.
Il propose trois pistes pour faire reculer les discriminations. La première consiste à démultiplier les opportunités d’inter-rencontres entre les blancs et les minorités ethniques, en toute occasion et toutes circonstances. Echanger avec l’autre est le meilleur moyen de faire tomber les représentations essentialisées que l’on peut projeter sur lui. La seconde piste évoquée relève de l’éducation à l’esprit critique, à la souplesse cognitive et à l’ouverture d’esprit.
Le troisième moyen suggéré est l’amélioration de la représentation des minorités dans les médias. La proportion dans laquelle elles apparaissent en situation négative plus que positive est bien plus importante que dans la vie réelle. Ce qui entraine inévitablement une image dégradée pour elles. Au point que les propres membres de ces minorités s’y assimilent et les reproduisent à leur tour, faisant plus confiance à des blancs qu’à des personnes de la même origine qu’eux.
Au final, il est essentiel de rappeler que si la race ne relève d’aucune réalité biologique et qu’elle est une pure construction sociale, le racisme est le produit de la combinaison entre discrimination et capacité à l’appliquer. Les 6 500 noirs qui ont été lynchés dans le sud des Etats-Unis entre 1865 et 1950 n’ont pas été assassinés seulement à cause des seuls préjugés, mais parce qu’une populace et une police, une justice et des autorités sont passés à l’acte.
- Je ne suis pas raciste, mais… Keon West, Éd. Belfond, 2025, 357 p.
Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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