Les articles sur le malaise des travailleurs sociaux existent depuis les années 70, car ils ont toujours réagi fortement face aux différents contextes d’évolution de leurs interventions. Les études, telle que celle de Bertrand RAVON qui a réfléchi à la question du mal être des travailleurs sociaux , montrent que celui des assistants sociaux ne vient pas principalement des usagers et de leur comportement, mais davantage des modifications des condition d’exercice de leur travail qui devient standardisé.
Selon Henri PASCAL, pour la population, « ça va mieux » aujourd’hui qu’il y a 60 ans et plus. Pour exemples, le contexte de chômage très important, sans indemnisation, dans les années 30, ou bien le problème de grande insuffisance de logements dans les années 45 à 55, pendant laquelle la moitié de la population vivait dans des taudis. A contrario, aujourd’hui, les personnes sont plus ou moins indemnisées, il y a le RSA, et le nombre de logement a largement augmenté même s’il reste encore beaucoup à faire et que de nouvelles problématiques apparaissent telles celles des étrangers sans droits ouverts.
La différence fondamentale qui fait que les professionnels était plus à l’aise par le passé repose sur deux éléments :
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La population participait à des structures de défense collective, (syndicats, politiques, religieux, mouvements liés à la reconstruction, entraide des métiers et des corporations…) les personnes étaient insérés par cette défense collective. Elles étaient actrices de leur devenir en s’appuyant sur es solidarités familiales, sociales ou professionnelles .
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Tout le monde avait la conviction que « ça irait mieux » demain.
Aujourd’hui ces défenses collectives se sont considérablement amoindries (perte des idéologies, renforcement de l’individualisme lié au consumérisme… renforcement des peurs et du devenir…). Par le passé tous les travailleurs sociaux avaient les mêmes perspectives. L’amélioration de la vie quotidienne et l’espérance du plein emploi.
Mais il y a aussi la question des 2 modèles professionnels qui cohabitent, ou bien sont parfois perçus en complète opposition et mettraient les travailleurs sociaux dans une situation inconfortable alors qu’à mon sens ces 2 modèles sont complémentaires :
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le modèle médical (expertise, diagnostic)
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le modèle d’intervention auprès de la personne.
L’un des problèmes aujourd’hui est que les institutions attendent principalement une expertise à la différence des professionnels qui s’identifient davantage dans le modèle de l’intervention auprès de la personne. Même si cela semble être en train de changer avec le plan d’action pour le travail social du gouvernement, la coexistence de ces 2 modèles crée une tension au sein même de l’identité professionnelle des travailleurs sociaux notamment des assistantes sociales
Dans son livre Méthodologie d’intervention en travail social écrit par Cristina De Robertis en 1982 et remis régulièrement à jour depuis, la posture professionnelle de l’assistant de service social a évoluée et à pris ses distances avec le « case work » dont les limites sont vite apparues. Mais l’influence notamment de l’analyse systémique, plus dynamique, a positionné le travailleur social dans la situation, et non plus en dehors ou à coté de la personne mais plutôt avec. Paradoxalement aujourd’hui, si l’on veut répondre aux attentes institutionnelles, il paraît plus pertinent de revendiquer une place d’expert, et de développer sa capacité à réaliser un diagnostic social qui est attendu tant par les institutions que par les partenaires (Justice, organismes sociaux etc.)
Or l’assistant(e) social(e) est aussi 2 à la fois : il est inscrit dans des interventions où il est autant acteur que les personnes aidées tout en étant (restant) expert de la relation d’aide. Celle-ci se traduit par la mise en œuvre d’une méthodologie de l’évaluation (diagnostic), la négociation d’un plan d’aide et d’un accompagnement (pour faire court). En bref, nous marchons avec 2 pieds : il ne s’agit pas aujourd’hui d’en oublier un pour avancer en sautillant !
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