Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Cette semaine, je vous emmène entre Marseille et les foyers de jeunes migrants avec le documentaire sensible Tout va bien de Thomas Ellis. Nous nous plongeons ensuite dans les réalités de la précarité énergétique décrites par deux chercheuses Bérangère Legendre et de Dorothée Charlier. Nous évoquerons aussi la pensée vivante de Michel Autès, plus que jamais utile pour éclairer une période où le travail social cherche son souffle, sans oublier les actualités venues de Suisse avec un nouveau code de déontologie « inspirant » pour nos métiers. Entre engagement, réflexion et actions concrètes, cette sélection vous propose un voyage au cœur des transformations du champ social. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
« Tout va bien », un documentaire de Thomas Ellis ou la force de ces adolescents partis d’Afrique pour réaliser leurs rêves
Ce documentaire à voir absolument suit le parcours de cinq adolescents partis seuls d’Afrique pour tenter de construire une vie en France, à Marseille. La caméra suit ces jeunes entre formation professionnelle, quête de papiers et construction d’une identité d’adulte. À hauteur de jeunesse, le film donne à voir la force de vie de ces mineurs non accompagnés, tout en laissant affleurer les blessures, les peurs et les zones de silence qui traversent leurs parcours migratoires.
Le projet est d’abord né d’une immersion au long cours auprès de ces jeunes, dans les foyers, les hôtels sociaux, les classes allophones, les tribunaux et les rues de Marseille. Le réalisateur Thomas Ellis veut rompre avec un traitement médiatique centré sur la traversée ou sur la figure du « problème », pour filmer l’après avec la vie quotidienne, les apprentissages, les amitiés, les rêves professionnels. Le film adopte un cadre très proche des visages, une bande-son travaillée avec l’Orchestre philharmonique de Marseille et des motifs récurrents comme l’interrogatoire sur la minorité ou le téléphone, présenté comme un véritable « sixième personnage » qui relie les jeunes à leurs familles restées au pays.
Les protagonistes – Junior, Aminata, Khalil, Abdoulaye et Tidiane – incarnent chacun un moment différent de ce parcours d’intégration : de l’arrivée sans un mot de français aux examens, du foyer à l’appartement autonome, du rêve de football ou de route au premier CDI ou à la formation d’aide-soignante. À travers eux se dessinent les enjeux que rencontrent au quotidien les travailleurs sociaux : isolement, trauma tissé de non-dits, tension entre mensonge de protection et vérité administrative… On y voit aussi un formidable appétit d’école, désir de travailler, énergie à « tout bien faire » pour prouver que « tout va bien » alors que la fragilité demeure en toile de fond. Le texte insiste sur cette idée d’une construction sur une « faille », d’une force qui naît de la vulnérabilité, et sur la manière dont institutions, associations, école et justice viennent, chacune à leur façon, interroger, encadrer, parfois enfermer ces adolescents dans le récit de leur traversée.
Le film s’inscrit dans un engagement plus large : Thomas Ellis a contribué à la mise en place d’un collectif reliant plus de 500 lycées professionnels et des entreprises pour faciliter l’accès aux stages et à l’apprentissage, en particulier pour ces jeunes souvent cantonnés à la voie pro et confrontés à de fortes difficultés d’insertion. Cette articulation entre récit documentaire et action concrète résonne fortement avec les préoccupations des travailleurs sociaux, pris entre accompagnement individuel, plaidoyer collectif et nécessité de changer les cadres d’accueil. (lire l’article de France Info) (lire le dossier de presse)
Vivre dans un logement trop froid : la réalité sociale de la précarité énergétique

Cet article de Bérangère Legendre et de Dorothée Charlier publié sur The Conversation décrit avec précision comment la précarité énergétique s’installe dans des millions de foyers français. Au cœur de l’hiver, elle transforme le simple fait d’habiter en expérience éprouvante, marquée par le froid, la honte et le repli sur soi. Il montre que vivre dans un logement trop froid ne relève pas seulement d’un inconfort ponctuel : c’est une condition de vie durable qui affecte la santé, la vie sociale et les parcours scolaires des enfants.
Les autrices rappellent d’abord ce que recouvre la précarité énergétique en France : des ménages qui n’ont pas les moyens d’accéder à l’énergie nécessaire pour assurer leurs besoins fondamentaux, souvent parce qu’ils vivent dans des logements mal isolés, anciens, humides ou envahis par les moisissures. Les habitants réduisent volontairement leur consommation de chauffage ou de lumière pour tenter de payer leurs factures. Ce phénomène, renforcé par la volatilité des prix de l’énergie touche en priorité les personnes âgées dans des logements anciens, les ménages modestes et les familles monoparentales. L’article insiste aussi sur ces ménages « énergétiquement vulnérables » qui ne sont pas encore classés en précarité, mais peuvent y basculer au moindre accident de parcours, et qui restent largement invisibles pour les politiques publiques.
Les conséquences décrites sont lourdes sur le plan sanitaire et social : un logement trop froid augmente les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires. Il aggrave des pathologies chroniques et favorise les allergies et l’asthme. Évidemment cette situation pèse fortement sur la santé mentale, avec des scores d’anxiété et de dépression clairement plus élevés chez les personnes concernées.
Sur le terrain des relations sociales, les études citées montrent des habitants qui n’osent plus inviter leurs proches. Ils ont honte de l’état de leur logement et de la condensation sur les fenêtres. Ils se replient sur eux-mêmes, comme cette jeune femme qui confie ne plus recevoir personne chez elle depuis des années. L’article rappelle aussi que les enfants qui grandissent dans ces logements froids ont plus de difficultés à faire leurs devoirs. Ils dorment moins bien et voient leurs résultats scolaires affectés, au point que les défenseurs des droits y voient une atteinte au droit à un environnement propice aux études et à l’égalité des chances.
Enfin, les chercheuses replacent cette réalité dans le cadre des réponses publiques : en France comme en Europe, les aides financières, les chèques énergie et les dispositifs ponctuels restent d’efficacité limitée. Les mesures structurelles – rénovation thermique, amélioration massive du parc résidentiel, renforcement du logement social – apparaissent comme les leviers les plus durables pour réduire cette forme de pauvreté. La Commission européenne a d’ailleurs inscrit la lutte contre la précarité énergétique au cœur de la directive sur l’efficacité énergétique révisée en 2024, même si les disparités entre pays et la violence de la récente crise énergétique montrent combien la route reste longue. (lire l’article de The Conversation)
Quand Michel Autès nous aide à penser l’actualité récessive des politiques sociales et les réponses à y apporter
Une journée d’hommage à Michel Autès est organisée le 6 février 2026 au CÉDIAS–Musée social, à Paris. Elle porte sur la perte de sens dans le travail social et sur l’actualité des analyses de ce sociologue, longtemps engagé pour penser ce champ comme un objet complexe traversé par des rapports de pouvoir.
L’appel à participer à cette journée décrit un malaise profond : difficultés de recrutement, recours à l’intérim et au bénévolat, baisse des candidats, ruptures de formation, sentiment d’usure partagé par les professionnels et les écoles. Il pointe aussi des politiques publiques inadéquates, avec la baisse des subventions et la généralisation des appels à projets. Sans oublier la mise en concurrence des associations et le renforcement du contrôle sur les personnes, par exemple avec le RSA conditionnel.
Les organisateurs tel Jean Sébastien Alix interrogent la place réelle du travail social dans le projet politique actuel. En effet le contexte où dominent réussite individuelle, responsabilisation et culte de la performance n’est pas vraiment propice à nos métiers. Ils proposent de s’appuyer sur la pensée de Michel Autès pour redonner la parole aux acteurs de terrain, valoriser les métiers comme des arts de faire indispensables et réaffirmer le rôle démocratique des institutions sociales et médico-sociales. On parlera aussi bien évidemment de la pensée de Michel Chauvière qui nous a quitté récemment alors qu’il devait intervenir à cette journée (Télécharger le texte d’appel et le programme des intervenants)
Bonus
Suisse : un nouveau code de déontologie pour le travail social
L’association suisse AvenirSocial vient de publier le nouveau code de déontologie du travail social. C’est un document de référence et inspirant pour les travailleurs sociaux européens. Le document réunit les principes fondamentaux, les principes et les lignes directrices du travail social. Il offre aux professionnel·les un cadre éthique clair pour prendre des décisions difficiles dans leur travail quotidien.
« Il aide ainsi à gérer de manière professionnelle et réfléchie les contradictions entre les différentes attentes – des destinataires, des institutions, des lois ou des employeurs. » ( lire le Code de déontologie en ligne). Télécharger le document (version en français)
Lire aussi
- Michel Chauvière, compagnon de route du travail social | Yves Faucoup sur Mediapart
- Appel à contribution : « Le service social et la bricole » (titre provisoire) | ANAS
- Appel à projets Tremplin : un coup de pouce solidaire pour les initiatives locales | Fédération des acteurs de la solidarité
- Pourquoi la procrastination n’a rien à voir avec la paresse (et comment la surmonter) | The Conversation
- Devenez bénévole pour la Nuit de la Solidarité | Mairie du 13e Paris
- Orchamps-Vennes – Le Café des aidants restaure du lien social | La Presse du Doubs
- Recréer du lien, casser le quotidien, être au monde, se sentir utile : les motivations sont nombreuses à exercer dans le secteur social | Midi Libre
- Ensemble, cultivons l’avenir de notre alimentation | Eventbrite
- Belgique : Les CPAS de la région de Charleroi se sont bien préparés à l’afflux d’exclus du chômage | RTBF
- Présentation de la proposition de loi Revaloriser les métiers du travail social (séance en vidéo) | Sénat
Dans la presse pro
- Haltes soins addictions : ce rapport de l’Igas enfin publié | ASH
- AESH et travailleurs sociaux : deux textes pour améliorer leurs conditions de travail | ASH
- Michel Chauvière, une pensée dérangeante sur le travail social | Le Média social
- RSA : une politique du chiffre polémique dans le Finistère | Le Média social
- Des téléconsultations dans les communes rurales pour les personnes en détresse psychique | La Gazette des communes
- Le traitement de la délinquance des mineurs ravive le clivage droite-gauche au Sénat | La Gazette des communes
- Délinquance des mineurs : l’exécutif inscrit le rétablissement de l’autorité dans sa future stratégie de prévention | Enfance Jeunesse Infos
- Autisme : le grand écart entre les plans nationaux et la vie des familles | Enfance Jeunesse Infos

Cette semaine sur l’ e-communauté « inclusion sociale » du CNFPT (inscrivez-vous c’est entièrement gratuit pour tous, sans aucune pub ni captation de vos données).
- Duck.ai, un allié discret et sécurisé pour les agents publics dans l’usage de l’Intelligence Artificielle (IA)
- La lettre d’information documentaire Inclusion sociale du 1er janvier 2026
- Un « Tremplin » pour les initiatives solidaires de proximité
- Budget : Les Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) font face à une hausse généralisée des dépenses sociales communales
- En 2024, les départements ont renforcé leurs équipes sociales tandis que les personnels médicaux ont diminué
Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre pour son soutien
Photo : capture d’écran de l’annonce de présentation du film « tout va bien »


