Bonjour et bienvenue à cette revue de presse. Nous reviendrons sur les tensions liées au durcissement des sanctions contre les allocataires du RSA, pour ensuite rappeler la montée annoncée du Rassemblement national qui préfigure à l’avenir des décisions « antisociales ». Et puis il y a cette confirmation avec des preuves scientifiques : la précarité et l’insécurité alimentaire a un sérieux impact sur la santé cardiaques des personnes qui vivent dans la pauvreté. Cette sélection pose une même question : quel modèle de société voulons‑nous construire ensemble demain ? Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
Pourquoi le retrait du RSA crée de nouvelles polémiques
Cet article de Catherine Abou El Khair, publié par la Banque des Territoires, revient sur les tensions ravivées autour du RSA depuis l’entrée en vigueur du décret du 30 mai 2025 qui encadre les sanctions contre les allocataires ne respectant pas leurs obligations d’insertion. Il s’ouvre sur l’affaire emblématique dans le Finistère, où six allocataires, soutenus par la CGT, ont porté plainte pour « harcèlement » contre le président du département et un directeur en charge de l’insertion.
Les plaignants dénoncent des contrôles à répétition sur de mêmes personnes tandis que la collectivité parle de « mensonges et caricatures ». En arrière-plan, plusieurs syndicats et associations, comme le Secours catholique ou l’association « changer de Cap » ont saisi le Conseil d’État pour demander l’abrogation du décret. Il s’agit d’éviter un durcissement des sanctions pour des ménages déjà en situation de pauvreté. Ils sont soutenus par la Défenseure des Droits. Pour l’instant la haute juridiction n’a pas encore tranché.
La journaliste montre ensuite combien l’application du texte produit des pratiques très hétérogènes d’un département à l’autre : certains, comme les Côtes‑d’Armor, se conforment au plancher de 30% de suspension pour les ménages avec enfants lors d’un premier manquement, quand d’autres vont jusqu’à 80% voire 100% de retrait dès le début, selon un document interne de France Travail cité par Le Monde.
Elle rappelle toutefois qu’une suspension totale était déjà possible avant la réforme. Il est aussi fait état de la position de Christophe Paquette, président de l’Andass. Pour lui, pour toute cette « agitation » autour des sanctions passe à côté de l’enjeu. Il estime même que la « suspension remobilisation » et sa réversibilité, indique que le régime n’aurait « jamais été aussi protecteur » depuis le RMI. Permettez-moi d’en douter.
Enfin, l’article décrit un système encore en rodage, marqué par un déficit de visibilité croisé entre France Travail, les départements et les organismes payeurs. Cela pousse l’opérateur à ne plus annoncer d’emblée le taux de suspension aux allocataires pour éviter des erreurs. (Lire l’article sur la Banque des territoires)
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Rassemblement national : une victoire probable en 2027

Dans sa tribune libre publiée par Le Media Social, Jean‑Luc Gautherot, ingénieur social, part d’un constat politique : à un an de la présidentielle de 2027, toutes les enquêtes d’intentions de vote et les résultats des municipales 2026 laissent envisager une victoire probable du Rassemblement national. Il rappelle que, lors de la dissolution de l’Assemblée nationale, les opérateurs sociaux avaient été conduits à choisir entre une prise de position explicite contre le RN au nom de leurs valeurs ou un affichage d’une neutralité « apolitique ».
L’auteur estime que le secteur dispose désormais d’un peu de temps pour clarifier sa ligne. S’appuyant notamment sur une enquête de l’institut Bona fidé, il note que 34% des Français considèrent Jordan Bardella comme la figure la plus crédible pour parler de solidarité et de protection sociale, signe que le RN occupe aussi ce terrain symbolique.
Jean Luc Gautherot reproche ensuite au monde de l’action sociale un « biais cognitif de normalité ». C’est celui qui conduit à minimiser la possibilité d’un scénario pourtant probable : l’arrivée du RN au pouvoir et ses effets sur les politiques de solidarité. Il relève au passage que, dans le rapport prospectif de Futuribles annexé au document du HCTS « Le travail social à horizon 2050 », la montée de l’extrême droite en Europe est bien décrite dans un contexte de « polycrise » (démocratique, migratoire, environnementale, sanitaire, etc.), mais que l’hypothèse d’une victoire du RN en France n’est pas explorée.
Enfin l’auteur décline les transformations qu’entraînerait un gouvernement RN : coupes budgétaires massives dans de nombreux dispositifs, au regard des expériences récentes en Argentine, aux États‑Unis ou en Italie ; remise en cause d’outils comme les agences régionales de santé ; durcissement de l’accès aux aides au nom de la « préférence nationale », y compris pour des étrangers en situation régulière et enfin fragilisation des principes d’égalité devant les prestations sociales.
Il détaille aussi des conséquences sectorielles : exclusion probable des mineurs non accompagnés du champ de la protection de l’enfance, réorientation de la politique de la ville vers une logique de répression, inversion de la priorité éducative en PJJ au profit du répressif, remise en cause des approches de réduction des risques en addictologie, restriction drastique des dispositifs d’accueil et d’hébergement pour les migrants au profit d’une politique d’expulsion. Pour l’auteur, cette perspective impose aux acteurs de l’action sociale de sortir du silence. (lire la tribune sur Le Media Social)
Insécurité alimentaire et financière : elles font vieillir le cœur très vite
C’est confirmé scientifiquement. Il existe un poids décisif des déterminants sociaux sur le vieillissement biologique du cœur, au‑delà des seuls facteurs de risque cardiovasculaires classiques. Une étude, menée auprès de plus de 280.000 participants, s’appuie sur un questionnaire couvrant neuf domaines de vie (stress, activité physique, liens sociaux, logement, finances, insécurité alimentaire, transport, nutrition, éducation) et sur un algorithme d’électrocardiogramme assisté par intelligence artificielle pour estimer l’« âge cardiaque ».
Les résultats présentés montrent que les déterminants sociaux de santé ressortent comme le facteur le plus déterminant du vieillissement cardiaque. Ils sont devant les risques cliniques traditionnels. Parmi ces déterminants, les difficultés financières et l’insécurité alimentaire apparaissent comme les éléments les plus délétères. Ils provoquent une accélération du vieillissement biologique du cœur et conduisent à une hausse du risque de mortalité. L’article souligne aussi le rôle prédictif majeur de la précarité du logement et de la sédentarité, qui égalent voire dépassent certains facteurs de risque de mortalité plus classiquement pris en compte.
En conclusion, les auteurs plaident pour une approche beaucoup plus fine et individualisée de la prévention cardiovasculaire. Elle devrait intégrer pleinement l’histoire personnelle et l’environnement social des patients. Identifier en amont les difficultés financières, l’insécurité alimentaire ou même les besoins en transport devient une condition pour proposer des soins réellement centrés sur la personne et capables d’infléchir le cours du vieillissement cardiaque. Cet article insiste sur la complexité des interactions entre facteurs sociaux, modes de vie et risques génétiques, et appelle à une véritable « prévention de précision ». ( lire l’article sur Santé log )
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
Photo d’illustration générée par intelligence artificielle. ( Certaines images de ce blog sont générées par intelligence artificielle à des fins d’illustration. )


