bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui nous emmène au plus près de la réalité vécue par celles et ceux pour qui se loger, se chauffer ou simplement tenir jusqu’à la fin du mois est devenu un combat quotidien. Nous parlerons d’abord de cette explosion de la précarité mesurée par la Fondation pour le Logement. Elle se traduit très concrètement par ce récit d’un jeune couple à Perpignan étranglé par un loyer qu’il faut parfois financer à crédit. N’oublions pas les morts de la rue par ces nuits glaciales pour les personnes sans abri. Elles voient des bâtiments vides rester fermés tandis que les plans « grand froid » se déclenchent trop tard. Enfin sachez que les associations de solidarité alertent sur leur risque de disparaître alors même que les besoins explosent. Voici autant de situations concrètes, de chiffres qui parlent et de témoignages qui interrogent notre façon collective d’organiser la solidarité, sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser. Bonne lecture…
Note : Je vous ai parlé récemment de la disparition du sociologue Michel Chauvière. Vous avez été plus de 4000 à prendre connaissance de sa disparition via un article de ce blog. Sa famille qui m’a contactée vous informe qu’une cérémonie se tiendra mercredi 7 janvier à 10h30 Salle de la Coupole, Cimetière du Père-Lachaise de Paris 55 Rue des Rondeaux à Paris. Vous y êtes bienvenu pour l’hommage qui lui sera rendu.
Un sondage inédit pour la Fondation pour le Logement : La précarité explose en France
La Fondation pour le Logement des Défavorisés publie un sondage qui montre une aggravation rapide et massive de la précarité dans notre pays. Elle concerne en particulier autour du logement, de l’énergie et du recours à l’aide. En 2025, 24% des personnes interrogées ont dû demander une aide financière à leurs proches. Une part croissante de la population a sollicité l’aide alimentaire, souvent pour la première fois de sa vie. 41 % ont eu froid à l’intérieur de leur logement, contre 23 % en 2022,
Les difficultés pour payer le loyer, les factures d’énergie ou simplement se chauffer deviennent un vécu courant. 11% des répondants estiment devoir changer de logement pour des raisons financières.
Face à cette situation, le délégué général Christophe Robert appelle à une réaction immédiate de l’État : revaloriser et élargir les prestations sociales, renforcer le logement social et la rénovation énergétique, afin d’agir à la source des difficultés pour tenter d’enrayer ce basculement de pans entiers de la population dans la précarité. (Lire l’article de la Fondation pour le Logement)
Galérer en couple à Perpignan : « Nous avons fait un crédit pour payer le premier loyer »
Le journaliste Philippe Becker dresse le portrait de Léna, 28 ans qui vit en couple au centre-ville de Perpignan. Elle raconte un quotidien sous tension permanente, malgré des compétences et des projets. Le couple, payé au SMIC, a dû contracter un crédit pour financer la caution et le premier mois de loyer, avant de basculer brutalement dans le chômage et l’angoisse de ne plus pouvoir assurer les 740 euros mensuels de loyer.
Léna décrit la dévalorisation, les calculs permanents pour finir le mois. elle rappelle aussi l’impossibilité d’envisager le moindre voyage. Elle nous dit que les aides sociales restent un droit et non un confort.
En toile de fond, l’article rappelle que, en France, la part du loyer dans le budget des ménages ne cesse de croître depuis les années 1960. Il dépasse désormais largement celle de l’alimentation, En 2022, les locataires les plus modestes du secteur privé consacraient plus de 44% de leur budget au logement. La moyenne, tous locataires confondus, se situait autour de 28%. (lire l’article de Made In Perpignan)
« Ça fait mal de voir les gens aller au ciel quand je vois tant de bâtiments fermés » : avec le grand froid, les SDF dans l’incompréhension
Cet article signé Valentin Pasquier publié par France 3 Régions, s’inscrit dans le contexte de la vague de froid en Loire-Atlantique. Bien évidemment il pourrait concerner d’autres départements. Il est rare dans ce type d’article d’entendre le point de vue de SDF.
Le journaliste relaie la colère et l’incompréhension de personnes sans domicile qui voient des bâtiments vides rester fermés alors que des décès surviennent dans la rue. Les hommes vivant dehors à Saint-Nazaire et à Nantes racontent les nuits en température négative, les ouvertures temporaires de centres d’hébergement d’urgence, puis leur fermeture annoncée, alors même que le froid persiste.
Ils dénoncent le décalage entre l’activation ponctuelle du plan « grand froid » et la sinistre réalité. C’est à dire la multiplication des morts à la rue et l’existence de bâtiments inoccupés. Bien sur, ils appelent les autorités à ouvrir durablement des lieux pour éviter que d’autres « ne partent au ciel ». Des solutions matérielles existent encore faut-il vouloir les appliquer. (lire l’article de France 3 Pays de la Loire).
- Un homme retrouvé mort dans la rue quelques heures avant le déclenchement du plan grand froid | Le Dauphiné
- Épisode de froid : à Reims, un homme sans abri retrouvé mort | Le Monde
- Metz SDF mort dans sa tente : « Dans la rue, tu prends dix ans de plus | Le Républicain Lorrain
- Décès d’un SDF à Montpellier : les premiers éléments enfin connus | Actu.fr
- « Je me demande comment je fais pour tenir à Paris » : avec les SDF condamnés à braver le froid | Le Parisien
- « Ici, on se sent sécurité et on ne nous juge pas » : la Halte de nuit d’Avignon, un refuge pour les plus exclus | France 3 Provence Côte d’Azur
« Si rien n’est fait, une association de solidarité sur trois aura disparu d’ici un an », alerte Pascal Brice
Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité, décrit dans un entretien conduit par la journaliste Wendy Bouchard, un hiver particulièrement rude pour les personnes sans abri et pour les associations qui les accompagnent. Il rappelle que, mi-décembre, environ 7.000 personnes, dont 2.000 enfants, dormaient à la rue, dans ce qui est présenté comme le Noël le plus froid depuis 2010. Les services d’hébergement d’urgence sont saturés et de très nombreux appels au 115 restent sans solution. Au-delà des chiffres, il souligne que ces données ne reflètent même pas l’ampleur réelle du phénomène, puisqu’un grand nombre de familles ne décrochent plus le téléphone, convaincues qu’aucune place ne leur sera proposée.
Pascal Brice insiste aussi sur les limites structurelles du dispositif de mise à l’abri : si le plan Grand Froid a été déclenché à temps dans la plupart des départements, l’Île-de-France a fait exception, exposant davantage encore des hommes, des femmes et des enfants à la rue. Il explique que la pauvreté s’installe durablement, tandis que les moyens budgétaires consacrés à l’hébergement et à l’accompagnement se contractent, créant un effet de ciseau entre l’augmentation des besoins et la baisse des ressources publiques.
Du côté des associations, le président de la FAS dresse un constat sombre : celles qui hébergent, accompagnent vers l’emploi ou vers le logement sont prises à la gorge par la hausse de leurs coûts de fonctionnement, alors que leurs subventions diminuent. Une étude récente évoquée par Pascal Brice montre qu’en l’absence de mesures fortes du gouvernement et du Parlement, une association de solidarité sur trois pourrait disparaître dans l’année, entraînant la perte d’acteurs essentiels de l’action sociale sur le terrain.
Face à ce tableau, il reconnaît néanmoins une réelle générosité des Français, dont le don moyen annuel a atteint 222 euros en 2025, soit 16 euros de plus qu’en 2024. Cela qui constitue un motif d’espoir et un signe de solidarité persistante. Pascal Brice insiste toutefois sur le fait que ces dons, aussi précieux soient-ils, ne peuvent se substituer à la responsabilité de l’État et des collectivités : l’effort citoyen doit s’inscrire aux côtés d’une politique publique assumée, capable non seulement de répondre à l’urgence, mais aussi de permettre à ces personnes de sortir durablement de la rue, alors que la pauvreté s’enracine désormais dans de nombreux territoires, de la Bourgogne-Franche-Comté à la Corrèze. (Lire et écouter le podcast « Ma France, le journal des régions », diffusée sur France Bleu).
Lire aussi :
- « On nous traite comme des bagages » : dix-huit jeunes de l’ASE contraints de trouver un nouvel hébergement quelques jours avant Noël | France 3 Régions
- Comment enfants et adolescents grandissent avec l’IA, cette « amie artificielle » | The Conversation
- Mes premiers pas d’éducateur | LCP
- « On s’est substitués à l’État, qui ne fait pas son travail » : une association contre l’expulsion ouvre 4 nouveaux squats à Caen | France 3 Régions
- Diplôme d’État en travail social : FO dénonce une réforme lourde de conséquences | Force Ouvrière
- ASPA 2026 : l’erreur qui fait perdre 200 € par mois à 300 000 retraités éligibles | SeniorActu
- Privée de subventions, Solidarités Femmes 68 bataille pour survivre | Rue89 Strasbourg
- L’IA Grok accusée de fausses images sexuelles : « Je me suis retrouvée plus ou moins dévêtue sur plusieurs photos sans mon consentement », raconte une victime | FranceInfo

Le semaine dernière sur l’ e-communauté « inclusion sociale » et autres du CNFPT (inscrivez-vous c’est entièrement gratuit pour tous, sans pub ni captation de vos données).
- Grand froid: bénévoles et associations en première ligne pour secourir les sans-abri
- Ce qui change au 1er janvier 2026 dans le champ des solidarités
- Nuit de la Solidarité : la 9e édition se tiendra le 22 janvier 2026
- À Toulouse, de futurs journalistes apportent « un autre point de vue » sur les quartiers populaires avec « Mon Quartier, Ma Life »
- Territoire zéro non-recours : la plateforme de formation est en ligne
Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre pour son soutien. Michelle et moi vous souhaitons une belle et heureuse année 2026.
Photo : DepositPhotos Personne sans domicile à Paris Boulevard des Capucines



Une réponse
Très belle année 2026 à vous et à toute l’équipe. Que vous souhaiter de plus que la poursuite de ce beau projet avec des lectures toujours très intéressantes. Que ce soit dans les questionnements, expériences et témoignages ou coup de gueule. 🙏 pour votre générosité et ce travail. Bien cordialement