Revue de presse | des travailleurs sociaux manifestent / La peur d’être à la rue / Le répression des étrangers…

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bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui nous emmène au plus près de celles et ceux qui tiennent la cohésion sociale à bout de bras : travailleurs sociaux de la Sécu en grève pour des salaires enfin à la hauteur. Une cohésion mise à mal avec des familles étranglées par le surendettement et des personnes étrangères prises dans des politiques migratoires de plus en plus dures. Sachez aussi que la CAF a rendu public son nouvel algorithme de « scoring » des allocataires. Il a été audité par Numérama.  Entre colère, dignité et créativité, ces articles donnent des clés pour comprendre ce qui se joue derrière les chiffres et les discours officiels. C’est une sélection qui vise à nourrir votre réflexion sur ces sujets. Alors, Bonne lecture !

 


« Parfois, on gagne moins que les personnes qu’on accompagne » : les travailleurs sociaux de la Sécurité sociale en grève pour réclamer un meilleur salaire

Laurine Benjebria, de Franceinfo, donne la parole aux travailleurs sociaux. Hier, les assistantes sociales et conseillères en économie sociale et familiale des Caisses d’allocations familiales, des caisses d’assurance retraite et de la santé au travail et des mutualités sociales agricoles étaient en grève. Elles réclament une revalorisation salariale et une meilleure reconnaissance de leurs missions. Ces professionnelles dénoncent le paradoxe de métiers exigeants, très qualifiés et exposés à de fortes responsabilités, mais faiblement rémunérés, au point de parfois gagner moins que certaines personnes qu’elles accompagnent.

Chacune décrit une dégradation de ses conditions de travail. La surcharge administrative et sentiment d’abandon institutionnel provoque une perte de sens de leur métier. Le contexte pourtant n’est pas bon :  les publics reçus sont de plus en plus en difficulté et de plus en plus nombreux. Ce mouvement de grève est en quelque sorte une alerte portée par des salariées qui défendent autant leur pouvoir d’achat que la qualité du service rendu aux assurés sociaux (lire l’article de FranceInfo:)

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« Me retrouver à la rue avec un enfant, c’est ça qui fait peur » : le surendettement en hausse de 10% en 2025 en France

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Source : Pexels

Cet article signé Julie Marie-Leconte et Sarah Tuchscherer, raconte le parcours d’une mère en grande difficulté financière, confrontée à la peur très concrète de se retrouver à la rue avec son enfant. Il s’appuie sur les alertes récentes de la Banque de France, qui constate une augmentation significative des dossiers, et donne à voir ce que ces chiffres impliquent dans la vie quotidienne de familles déjà fragilisées par la hausse du coût de la vie. Ce sont les crédits accumulés et les accidents de parcours professionnels ou personnels qui « plombent » ainsi de multiples personnes.

Nous voyons ainsi une femme isolée, prise dans l’engrenage des dettes et des mensualités qui dépassent largement ses ressources, au point que le logement devient le principal sujet d’angoisse. La menace de l’expulsion est réelle. La perspective de devoir gérer cette situation avec un enfant font naître en elle un mélange de honte, de fatigue et de peur. Il est question de la spirale qui s’installe au fil des années, souvent à partir d’événements difficiles comme une séparation, une maladie ou une baisse de revenus. Cette mère met des mots sur ce que vivent de nombreux ménages modestes, pris entre le loyer, les factures et des crédits à la consommation devenus trop lourds.

L’article montre aussi le rôle des dispositifs de surendettement et l’accompagnement proposé par la Banque de France et la justice. Elles peuvent aller jusqu’à rééchelonner, voire effacer une partie des dettes. Les audiences de surendettement sont décrites comme des moments où l’intime est exposé, dans un climat souvent marqué par la honte, mais aussi par l’espoir de « repartir à zéro ». On y croise des personnes qui, comme cette mère, ont longtemps hésité avant de déposer un dossier, par peur du jugement et par attachement à l’idée d’honorer toutes leurs obligations, même quand cela devient matériellement impossible. (lire l’article de France Bleu)

 


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© La Cimade

Si l’on parle beaucoup de la répression brutale des étrangers aux États-Unis, on oublie qu’en France aussi les dispositions de deux circulaires ont rendu la vie des étrangers quasi impossible dans notre pays. Un tribune, publiée initialement dans Le Monde et reprise ici sur le site de la Cimade. Elle décrit une politique migratoire centrée sur l’obsession de l’enfermement, des expulsions et de la « fabrique de sans-papiers », au moyen d’instruments juridiques jugés de plus en plus répressifs et arbitraires.

Elle insiste sur la place centrale donnée à la notion floue de « menace pour l’ordre public ». Sans compter sur la suppression de nombreuses protections contre les obligations de quitter le territoire. Nous assistons ici à un durcissement drastique des régularisations, y compris pour les personnes insérées par le travail.

Les organisations signataires alertent sur les conséquences humaines de ces politiques. Elles constatent une hausse des éloignements de personnes enracinées en France depuis de nombreuses années. La chute du nombre de régularisations pose de multiples problèmes aux personnes devenues sans papiers malgré le fait qu’elles travaillaient auparavant en toute légalité. Les organisation nous invitent  à changer de regard sur les migrations, à rejeter les politiques de peur et à réaffirmer les valeurs d’accueil, de solidarité et de respect des droits humains. (lire la tribune sur le site de La Cimade)

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Bonus

Comment la CAF décide qui contrôler : on a audité le nouvel algorithme open source de l’organisme

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© Numérama

Cet article de Numerama, signé par Amine Baba Aïssa, explore en détail la manière dont la Caisse d’allocations familiales (CAF) utilise désormais un nouvel algorithme, ouvert et documenté, pour orienter ses contrôles sur les allocataires. Il rappelle d’abord le contexte tendu des dernières années : un dispositif de data-mining mis en place depuis 2011, actualisé en 2015, critiqué pour son opacité, ses biais potentiels et le sentiment d’une machine qui « cible » les plus fragiles sans véritable regard humain. Face aux mobilisations associatives et aux alertes sur les risques de discrimination, la CAF a choisi de conserver cet outil, jugé très efficace pour détecter les « indus » (trop-perçus comme droits insuffisamment versés), tout en le refondant et en assumant une démarche de transparence accrue.

Le cœur de l’enquête porte sur ce nouvel algorithme DMDE 2026 (Data Mining Données Entrantes). Son code source a été mis en open source et  Numerama a pu auditer. La CAF le décrit comme un modèle de régression logistique, structuré en quatre modules qui calculent un « score de risque » compris entre 0 et 1 : plus ce score est élevé, plus un dossier a de chances d’être proposé au contrôle, à condition qu’il s’agisse d’« indus » d’au moins 600 euros sur une période d’au moins six mois. L’algorithme est pensé comme un outil d’aide au ciblage, et non comme un dispositif qui déciderait tout seul. La direction insiste sur le fait que les agents construisent ensuite leur stratégie de terrain, en combinant ce score avec d’autres informations, tandis qu’une grande partie des contrôles reste fondée sur d’autres mécanismes, comme les croisements de données avec les impôts ou France Travail.

L’article souligne aussi les évolutions apportées pour répondre aux critiques récurrentes sur les biais discriminatoires. Certaines variables jugées sensibles ont été retirées, notamment la nationalité et l’implantation territoriale, afin de limiter les effets de ciblage disproportionné sur certains publics. La CAF a en parallèle mis en place un comité d’éthique dédié aux usages des données, des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Il est composé d’administrateurs, de juristes, de sociologues et d’associations de lutte contre la pauvreté. Il est chargé de suivre les effets du modèle, d’identifier les risques et de proposer des ajustements au fil des retours du terrain. La direction assume d’avoir choisi un modèle « rustique » et explicable, plutôt qu’une solution d’intelligence artificielle plus opaque, dans une logique de pédagogie et de réassurance, tout en laissant la porte ouverte, à terme, à des outils d’IA si leur valeur ajoutée est démontrée.

Enfin, l’enquête met en perspective ce nouvel algorithme avec la généralisation de la « solidarité à la source » depuis mars 2025, qui, en pré-remplissant les ressources sur le modèle de l’impôt, réduit mécaniquement le risque d’erreur pour une grande partie des allocataires. Le paradoxe relevé par le directeur général, Nicolas Grivel, est que ce modèle de contrôle va perdre de sa force au moment même où il est modernisé, car la sécurisation des données en amont diminuera l’intérêt du contrôle a posteriori pour le plus grand nombre. Dans ce contexte, la CAF présente DMDE 2026 comme un outil en transition, qui devra évoluer au fil des changements de pratiques et des retours d’expérience, sous le regard du comité d’éthique et des associations. (Lire l’article de Numérama)

 


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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre pour son soutien

Photo : Freepix

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