Quel avenir pour nos professions ? Le projet de réforme des études avance et les centres de formation sont en ordre de marche…

Le plan d’action du gouvernement a posé un certain nombre de priorités pour l’avenir des professions du travail social au nom d’une modernisation de l’appareil de formation et de sa mise en cohérence avec les normes et exigences européennes. Celui-ci  va apporter en 2018 aux travailleurs sociaux actuellement niveau III ( les éducateurs spécialisés, les conseillères ESF et les assistantes sociales) la reconnaissance de niveau II. C’est à dire le niveau licence demandé depuis tant d’années. Toute évolution possède des avantages mais aussi des inconvénients. Quel peut-être ou quel va être le prix à payer ? La nature ayant horreur du vide, si toutes ces professions passent du niveau III au niveau II, le niveau de III, c’est à dire bac + 2 années d’études doit être entièrement reconstruit. Et là nous revenons à la case départ…

Il est question dans certains échanges de considérer qu’un métier unique à bac + 2 voit le jour et que la 3ème année, devenue optionnelle, soit celle qui permette de se spécialiser et de passer le diplôme d’assistant social ou d’éducateur. Au final, nous revenons au point de départ ou presque de ce qui avait provoqué une mobilisation il y a quelques mois des travailleurs sociaux (pour certains elle ne s’est pas arrêtée avec la mise en place des états généraux alternatifs du travail  social). Les professions emblématiques du travail social sont certes préservées en terme de titre professionnel, ce qui n’était pas le cas à l’origine mais les moyens pour y parvenir seront nettement modifiés. En fait, ce serait de la même façon  que lors des premières projections de la Commission professionnelle consultative du travail social et de l’intervention sociale (CPC) dont un schéma fort éclairant issu des travaux de certains membres du groupe avait fuité  (ce schéma rappelons-le n’était pas officiel, c’était un simple « brouillon » )

Cette façon d’envisager la professionnalisation des étudiants va conduire à la validation d’un nouveau métier à bac + 2 qui pourra être recruté au titre de travailleur social « généraliste » pouvant intervenir auprès des personnes dans  de multiples domaines et personnellement j’ai du mal  voir comment il va pouvoir en être autrement. Cette situation risque d’impacter de façon importante les assistants de service social et les conseillères en économie sociale et familiales. En effet les éducateurs connaissent déjà cette forme de « hiérarchie » entre ceux qui bénéficient de 2 et 3 années d’études. Les moniteurs éducateurs (2 années d’études) ont dans beaucoup de structures remplacés les éducateurs spécialisés (3 années) sans que cela se traduise par une quelconque « rivalité » entre ces 2 métiers. Il reste toutefois assez anormal, à mon avis, que les moniteurs éducateurs continuent de relever du niveau IV avec leurs 2 années d’études. Pour ce que je connais, la qualité de certains et leurs engagements auprès des personnes me semble bien relever du niveau III même si leur recrutement avant la formation ne justifie pas actuellement la nécessité de disposer du niveau bac.

Il est envisagé que les métiers de niveau II soient en quelque sorte positionnés dans des fonctions de coordination et de référence de parcours, l’accompagnement direct des personnes et des familles allant plutôt aux futurs professionnels de niveau III (bac+2). Cela s’est déjà vu par le passé pendant la seconde guerre mondiale. Les assistantes sociales trop peu nombreuses au regard des besoins qui étaient énormes à l’époque « pilotaient »des personnes « faisant fonction ». Les auxiliaire sociales devant ensuite se former plus complètement et préparer des épreuves pour obtenir le diplôme. Cela a perduré après la loi du 8 juillet 1946 et ce corps de métier d’auxiliaire a complètement disparu au début des années 50.

Ce nouveau mode de hiérarchisation ne va pas convenir à de très nombreux travailleurs sociaux et notamment les assistantes sociales qui restent très attachées aux pratiques de terrain et à l’accompagnement des personnes et des groupes. Je vois mal comment ce nouveau métier va facilement pouvoir s’insérer dans les équipes et notamment dans les centres médico-sociaux des Départements. Nombreux sont les professionnels qui se refusent à s’engager dans des postes d’encadrement alors qu’ils en ont les qualités, cela pour 2 raisons : la première porte sur la barrière que représente le concours de conseiller socio-éducatif ou d’attaché qui demande un fort engagement en terme de préparation, de charge de travail, pour un résultat aléatoire et incertain. La seconde raison est plus pragmatique, l’exemple donnée des cadres d’action sociale positionnés entre le marteau des directions et l’enclume du terrain ne motive pas particulièrement les collègues. En effet la pression est forte sur les encadrements de proximité qui sont à la croisée des demandes institutionnelles et des remontées de terrain parfois douloureuses.

Il ne faut pas se leurrer, si la refonte de la formation aboutit telle qu’elle s’engage, les Départements auront demain la possibilité de recruter ces nouveaux travailleurs sociaux de niveau III correspondant à la catégorie B de la fonction publique, alors que les nouveaux assistants sociaux de niveau II entreront (peut être sous condition) dans la catégorie A. Ce grade correspond à celui des encadrants. Cela va à nouveau interroger la filière sociale et les partenaires sociaux.  Les syndicats vont avoir fort à faire et montrer de la vigilance pour que le processus engagé ne catégorise pas les places de chacun. On peut comprendre que les Départements, déjà sous forte contrainte budgétaire, ne soient pas en mesure du jour au lendemain de rémunérer tous les travailleurs sociaux de catégorie B qui avec la réforme passent en catégorie A vu le nombre de professionnel(le)s concerné(e)s. Cette rémunération à la hausse risque au final d’être liée à la mission ou fonction occupée.  Pourtant les puéricultrices et les médecins de PMI, qui eux aussi relèvent de la catégorie A, continuent d’intervenir directement auprès des familles avec un salaire en fonction de leur grade A. C’est pour les puéricultrices de la même façon que lorsqu’elles avaient le grade de B. Il serait important que les futurs assistants sociaux, éducateurs et conseillères puissent continuer d’intervenir directement auprès des familles et des personnes pour les situations les plus complexes.

Au final, qu’en sera-t-il pour les publics accompagnés ? Alors qu’ils sont l’objet de toutes les sollicitudes dans la réforme, il ne leur est pas demandé ce qu’ils pensent de tout cela. Cela pourrait être intéressant. Les personnes préfèrent-elles être accompagnées demain par des professionnel(le)s ayant 2 ou 3 années d’études à leur actif ? Cela leur est-il égal ? que pensent-elles d’une possible mise de coté du secret professionnel de ceux qui les accompagneront  ? ( un secret qui pourra être maintenu non pas au titre de la profession mais au titre de certains missions exercées). Y voient-elles un inconvénient ? En tout cas il est fort probable que pour certaines missions telle l’insertion,   des travailleurs sociaux moins formés que par le passé les accompagnent à l’avenir.

Déjà des centres de formations  préparent des modules communs de plus en plus nombreux sur les 2 premières années d’études. Pour ma part, je vois mal ce que tout cela peut donner si ce n’est un risque de perte d’identité professionnelle. Peut on être aussi efficace avec 2 années d’études plutôt que 3 pour accompagner des personnes en difficulté ? Faudra-t-il établir des niveaux de problématiques pour décider qui intervient ? Nous allons sans doute aller vers une forme d’acculturation des métiers dits traditionnels du travail social pour aller vers une culture généraliste qui s’opérera pendant les deux premières années d’études…

C’est sans doute ce schéma qui est envisagé et je vois mal pour l’instant quelle alternative peut être proposée. Il reste possible que, tel phénix renaissant de ses cendres, l’assistante sociale, l’éducateur et la conseillère parviennent ensemble à trouver des voies nouvelles pour répondre à ces défis. Je pense que les travailleurs sociaux sauront trouver les moyens leur permettant de préserver leurs cultures professionnelles et leurs propres méthodologies d’intervention. Une croyance ou une certitude ? au final je crois que j’en suis certain !

 

Licence photo PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par lanuiop (26/08/2013)

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