Livre ouvert « La magie du codex »

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Le lecteur familier de ces livres reliés dont il tourne les pages instinctivement n’en connait pas forcément l’origine technique. Voilà une étude qui lui permettra de répondre à sa curiosité.

couv la magie du codexLes supports utilisés par l’être humain pour laisser des traces ont beaucoup évolué depuis 5 400 ans qu’existe l’écriture. Si l’on met de côté les peintures pariétales, se sont succédé (ou ont coexisé) les parchemins, les papyrus, les tablettes de cire, les feuilles d’arbre et de plante, avant que ne s’impose le papier. Inventé en Chine il y a 19 siècles, ce dernier parvient en Europe il y a seulement 1000 ans !

Les écrits sont d’abord inscrits sur des rouleaux appelés « volumen ». Ils ont entre 6 et 10 mètres de longueur et sont tendus entre deux bâtons fixés aux extrémités. Ce qui est rédigé n’apparaît que sur une seule face. Pour lire, il est nécessaire de dérouler de la main droite et de rouler de la main gauche, au fur et à mesure du déchiffrage du texte.

Quand on veut s’exercer à l’écriture ou noter des informations éphémères qui seront facilement effaçables, ce sont des tablettes de cire qui sont utilisées. Il est alors aisé d’y tracer des signes grâce à un stylet. L’usage d’une spatule permet de « gommer » en lissant la surface malléable, pour la remodeler à volonté.

Le codex, quant à lui, apparaît au premier siècle, sous forme de cahiers de parchemins. Il va cohabiter avec le volumen, avant de s’imposer au Vème siècle : c’est l’ancêtre direct du livre moderne. La longue feuille d’autrefois est pliée en accordéon, formant des blocs reliés les uns aux autres. Le soin sera très longtemps laissé au lecteur de couper lui-même les feuilles restées solidaires entre elles.

C’est progressivement que les pratiques, qui nous sont aujourd’hui familières et évidentes, vont progressivement se généraliser. Ainsi de cette habitude de « tourner » la page, passant de l’endroit (recto) à l’envers (verso). L’amélioration de la qualité du papier permettra d’éviter que les textes imprimés sur une face se mélangent par surimpression avec ceux de l’autre face.

Ainsi, de la coutume qui fait commencer le texte sur la page de droite en laissant vierge la page de gauche, parce que la première est celle sur laquelle le regard se fixe d’emblée. De même, la lente mutation qui fait évoluer la couverture longtemps laissée vierge. Elle va, petit à petit, se charger d’informations, puis d’un frontispice de plus en plus imposant, cet appareil décoratif mettant en scène le titre.

Ainsi, de l’apparition du signet : ce long ruban de tissu attaché au transefil, servant de marque-page. Mais aussi, les serpentes : ces feuilles en papier translucide placées entre deux pages pour éviter qu’elles ne s’abiment en se frottant, l’une contre l’autre. Ou encore ce tissu précieux recouvrant la couverture, pour la protéger, lors des manipulations manuelles.

Ainsi, de l’équipement intérieur du livre qui se diversifie avec des outils annexes. Ce sont ces images en stéréographie visibles grâce à des lunettes polarisées ; la technique de l’ombro-cinéma  qui permet de voir des images se succédant, grâce à un écran quadrillé; cet onglet faisant apparaitre et disparaître à volonté un dessin ; ce livre pop-up de déployant en relief grâce à des mécanismes de pliage.…

La proximité avec le livre finit par l’assimiler à l’organisme humain. On parle de son corps, de sa tête et de ses pieds, un index étant parfois dessiné pour marquer un passage. Il désignera ce répertoire placé à la fin classifiant l’emplacement des mots signifiants. On a même aménagé dans la page intérieure de couverture un espace pour y loger des lunettes de presbyte, pour mieux réussir à lire !

Voilà un livre savant, mais enrichissant dont la moitié des pages est dotée de magnifiques illustrations retraçant l’histoire iconographique du codex.

  • La Magie du codex. Corps, folio, page, pli, cœur, Sylvie Lefevre, Éd. Les Belles Lettres, 2025, 292 p.

 


 

Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »

Il est signé Jacques Trémintin

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Photo : capture d’écran Sylvie Lefevre, présentant son ouvrage par AIdro mI3GK3 sGHpHXTcG2EnYNPuiKZuTeFuDw9I60BrQxnEN8=s48 c k c0x00ffffff no rj les Éditions Les Belles Lettres

 

 

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