L’assistant(e) social(e) en faveur des élèves : un soutien discret et efficace

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Dans l’imaginaire collectif, l’école est d’abord un lieu de transmission des savoirs. Pourtant, derrière les portes des établissements, une autre mission, tout aussi fondamentale, se joue : celle de la prise en compte de la situation sociale des élèves. À la croisée de l’éducation et du soin, les assistants sociaux scolaires œuvrent dans la discrétion. Ces hommes et ces femmes tissent des liens, apaisant des détresses. Ils ouvrent des portes là où tout semblait fermé. Leur présence, trop souvent ignorée, est néanmoins décisive pour la réussite et le bien-être de milliers d’enfants et d’adolescents.

Dans un article remarquable  parue dans Politis, le quotidien de ces professionnelles est décrit avec une justesse rare : « Elles sont là, dans l’ombre, pour écouter, rassurer, accompagner, protéger. ». Cette discrétion, loin de les rendre superflues, en fait des héroïnes du quotidien, capables de transformer durablement la trajectoire et la vie même d’un élève.

Le travail social scolaire : une mission de l’ombre, un impact profond

Le rôle de l’assistant social scolaire ne se limite pas à la gestion de l’urgence ou à la distribution d’aides matérielles. Il s’agit d’un accompagnement global, qui prend en compte la complexité des situations vécues par les élèves : précarité, ruptures familiales, violences, santé mentale, isolement et j’en passe. Comme le rappelle une tribune publiée par Enfance Jeunesse Infos, ces professionnelles sont « les grandes invisibles de l’Éducation nationale », alors même qu’elles sont souvent le premier recours pour les élèves en détresse.

Leur action s’inscrit dans une démarche de prévention, d’écoute et de médiation. Elles interviennent là où la parole manque, où la confiance est brisée, où l’école risque de devenir un espace d’exclusion plutôt que d’émancipation.

Patricia Letourneur assistante sociale nous en dit un peu plus dans la vidéo qui suit :

Des méthodes d’intervention ancrées dans l’écoute et la relation

L’entretien individuel est le cœur du métier. Il s’agit d’offrir un espace de parole sécurisé, où l’élève peut déposer ses inquiétudes, ses peurs, ses colères. Aucune question n’est taboue : cette écoute active, patiente, respectueuse du rythme de chacun, permet de révéler des situations de souffrance souvent tues. L’assistante sociale est parfois la seule adulte à qui l’élève ose tout dire ».

Mais l’accompagnement ne s’arrête pas là. L’assistant social construit avec l’élève et sa famille un parcours d’aide, mobilisant les dispositifs existants (fonds sociaux, aides alimentaires, accès aux soins, etc.). Elle oriente les jeunes et les familles vers les partenaires adaptés. Elle tente d’assurer un suivi dans la durée. Sur le site de l’Académie de Paris,  il est indiqué à juste titre que « l’action sociale en faveur des élèves vise à leur permettre de poursuivre leur scolarité dans les meilleures conditions possibles ».

Médiation, prévention, protection : des missions multiples

Le travail social en milieu scolaire est aussi un travail de médiation. Il s’agit de rétablir le dialogue entre l’élève, sa famille et l’institution. Tout est fait pour apaiser les tensions et prévenir les situations de rupture. L’assistant social intervient dans des contextes souvent difficile ou, du moins, délicats :  conflits familiaux, absentéisme, harcèlement, ou encore de suspicion de maltraitance. Dans ces situations, il s’agit de se positionner avec discernement, dans le respect du secret professionnel, mais aussi avec une vigilance éthique constante.

La prévention occupe une place centrale même si celle-ci est parfois reléguée face aus urgences. Des actions collectives sont mises en place sur des thèmes variés : prévention du harcèlement, sensibilisation aux droits, éducation à la santé. Ces interventions, souvent discrètes, contribuent à cré ère, alerte et accompagne dans les situations de danger, en lien avec les services compétents. Ce rôle, essentiel mais lourd à porter, est souvent sous-estimé dans l’organisation de l’école. C’est lui à qui il est demandé de saisir la Commission de Recueil des Informations Préoccupantes mais seulement après voir tenté de trouver d’autres solutions

Une expertise professionnelle face à la complexité des situations

Dans un article que j’avais rédigé en  février 2024, j’avais insisté sur la technicité du métier : En effet les assistantes sociales scolaires sont des professionnelles qualifiées, capables d’analyser des situations complexes et de mobiliser un réseau de partenaires. Cette expertise s’appuie sur une connaissance fine des dispositifsexistants, une capacité à travailler en réseau, mais aussi sur des compétences relationnelles et éthiques .

L’assistant social scolaire est souvent confronté à des situations où la frontière entre l’éducatif, le social et le médical est ténue. Il doit savoir poser un diagnostic social, évaluer les risques, accompagner sans se substituer, et toujours respecter la dignité et l’autonomie des personnes.

Un travail d’équipe, une place à défendre

Son action ne se conçoit pas en solitaire. Il travaille en étroite collaboration avec les équipes éducatives (enseignants, CPE, infirmiers, psychologues), mais aussi avec les services sociaux des départements ou des CCAS, les associations, les institutions de santé. Cette dynamique de partenariat est essentielle pour garantir la continuité et la cohérence de l’accompagnement.

Pourtant, comme le dénonce la tribune d’Enfance Jeunesse Infos, la place de ces professionnelles reste fragile : « Invisibles, elles le sont aussi dans les instances de décision, où leur parole peine à être entendue » (Enfance Jeunesse Infos, 2024). Cette invisibilité institutionnelle est d’autant plus paradoxale que leur rôle est unanimement salué par les élèves, les familles et les équipes éducatives.

Les obstacles à la reconnaissance : surcharge, précarité, oubli institutionnel

Dans le contexte actuel, la réalité du terrain révèle qu’il existe une tension croissante entre l’augmentation des besoins des élèves et la faiblesse des effectifs des professionnels de la santé scolaire, parmi lesquels figurent les assistants sociaux. Comme le rapporte une enquête récente de L’Étudiant, « différents professionnels de la santé scolaire travaillent dans les établissements scolaires ou les rectorats. Mais entre le manque de personnel et la hausse des besoins, ils ne parviennent pas à répondre aux fragilités de tous les élèves ».

Cette pénurie se traduit concrètement par des chiffres qui interrogent  : à la rentrée 2023, on comptait un médecin scolaire pour 16.500 élèves, une infirmière et une psychologue pour 1.500 élèves, et une assistante sociale pour 4.200 élèves. Comme pour les autres professionnel de santé scolaire, cette surcharge rend l’accompagnement social plus complexe et fragilise la capacité des assistants sociaux à assurer un suivi individualisé et approfondi.

Malgré la passion et l’engagement des équipes, le sentiment de « bricoler avec peu de moyens » domine. La reconnaissance institutionnelle tarde à se matérialiser. Les professionnels attendent des mesures concrètes. Elles doivent permettre de renforcer l’attractivité des métiers, améliorer les conditions de travail et garantir une meilleure prise en charge des élèves, notamment sur le versant de la santé mentale, désignée grande cause nationale 2025.

« Plus on en fait, plus on nous en demande » souligne une psychologue scolaire interrogée par le magazine l’Etudiant. « J’attends que les préoccupations sur la santé mentale se concrétisent en formant des gens et en recrutant davantage de pédopsychiatres ». Ce constat est à faire aussi pour les assistants sociaux, qui, en première ligne, doivent composer avec l’urgence, la complexité croissante des situations et la nécessité d’un travail en réseau toujours plus exigeant.

Un métier en mutation, des enjeux renouvelés

À l’heure où l’école doit faire face à de nouveaux enjeux – crise sociale, montée des inégalités, accueil des élèves migrants, santé mentale – le rôle de l’assistant social scolaire apparaît plus indispensable que jamais. Il doit surtout sans cesse s’adapter. Cette capacité d’adaptation, cette créativité dans l’action, sont la marque d’une profession vivante, en phase avec les réalités du terrain. Mais elles ne sauraient suffire sans un soutien institutionnel fort, sans une reconnaissance à la hauteur des enjeux.

Reconnaître le rôle de ces professionnel(le)s, c’est affirmer que la réussite éducative ne se joue pas seulement dans les salles de classe, mais aussi dans la capacité de l’école à accueillir, soutenir, protéger. C’est faire le pari d’une école  attentive à toutes les fragilités, capable de transformer les vulnérabilités en ressources.

Comme le rappelle l’Académie de Paris, « l’action sociale en faveur des élèves est un levier essentiel de la réussite scolaire et de l’égalité des chances ». Il est temps de donner à ces professionnelles les moyens d’agir, de reconnaître leur expertise, de valoriser leur engagement.

Conclusion : ouvrons les yeux, agissont ensemble

Les assistant(e)s de service social scolaire sont des artisans du lien, des passeurs de possibles. Ils et elles sont des acteurs et actrices de la justice sociale au cœur de l’école. Leur action, souvent invisible, est pourtant d’une efficacité remarquable si l’on prend le temps de regarder ce qu’elles font avec les élèves et les familles. Ils et elles préviennent les ruptures, accompagnent les parcours et soutiennent les familles. À l’heure où l’école est sommée de répondre à des tensions de plus en plus complexes, il est urgent de reconnaître, de soutenir et de valoriser ces professionnel(le)s de l’aide.

Leur engagement est une invitation à ouvrir les yeux sur les réalités sociales de l’école. C’est aussi l’occasion de repenser collectivement la place du social dans l’éducation, et à agir ensemble pour une société plus juste et plus solidaire.

 

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