Angleterre : la protection de l’enfance a évoluée avec le COVID-19, certains acquis doivent être pris en compte

Malgré toutes les difficultés, la pandémie a donné au secteur de la protection de l’enfance  la possibilité de se réinventer et de changer pour le mieux. C’est ce que nous explique Katie Rose cadre supérieure au Center for Public Impact, une fondation qui souhaite une complète réorganisation de la gouvernance des institutions en Angleterre. Elle a rencontré ces derniers mois des travailleurs sociaux  de terrain qui interviennent en protection de l’enfance. Elle a tenté de comprendre comment la pandémie de coronavirus les a affectés. Ses entretiens ont alimenté un rapport public du Center for Public Impact intitulé  » What does the Covid-19 crisis mean for the future of children’s social care? »

Comme tant d’autres qui travaillent dans les services publics au Royaume-Uni, les travailleurs sociaux ont dû s’adapter à de nouvelles façons de faire pratiquement du jour au lendemain. Mais malgré les changements rapides et les difficultés constantes auxquels ils ont été confrontés, beaucoup ont insisté sur le fait qu’il ne faut pas de retour en arrière : ils ne souhaitent pas revenir aux pratiques et dysfonctionnements d’avant la pandémie. Au lieu de cela, une majorité d’entre eux pensent qu’il faut de toute urgence revisiter les pratiques professionnelles et avoir pour objectif principal la qualité des relations avec les familles et les enfants qu’ils accompagnent. 

Un travail social transformé

Lors de la première vague du virus, l’intensité du travail pour les éducateurs mais aussi les familles d’accueil  a augmenté de façon très importante. Ils ont été confrontés à un défi sans précédent, épuisant, avec des enjeux démesurément élevés. Pourtant, beaucoup ont également déclaré qu’en raison des circonstances extrêmes, des changements qui étaient auparavant impensables se sont  très rapidement produits. Des changements que Kate Rose qualifie de « sismiques » ont eu lieu : les visites ont été effectuées par téléphone, des interventions ont été suspendues…

En Angleterre de nombreux intervenants sociaux ont reçu des cartes de crédit et ont été autorisés à acheter aux familles les articles essentiels dont ils avaient besoin. Cette pratique interroge le niveau de confiance des institutions non seulement à l’égard des familles qui ne sont pas considérées comme responsables dans leur utilisation des aides mais aussi  la confiance aux travailleurs sociaux qui ont reçu cette délégation de paiement. Comme l’a exprimé un travailleur social, cela signifiait qu’ils étaient en mesure de fournir « ce dont beaucoup de familles ont réellement besoin ».

Ces changements peuvent sembler mineurs, mais ils peuvent faire une énorme différence dans la vie des gens. Il a fallu changer de système. Il ne s’agissait plus d’avoir des  cases à cocher dans un ordinateur pour montrer son travail, mais plutôt d’activer un accompagnement sur mesure. Cela  a renforcé l’autonomie des travailleurs sociaux et leur confiance en leur capacité à soutenir les enfants et les familles. Et surtout, cela permis de développer la relation d’écoute et d’aide qui est en quelque sorte l’épine dorsale de la protection  des enfants. Lors du premier confinement, les travailleurs sociaux ont révélé que des relations solides existantes se sont développées, aidées par l’utilisation soudaine des outils numériques pour communiquer avec les familles. Il est aussi noté une approche plus flexible du travail en partenariat et en réseau.

« La bureaucratie réconforte les directions en période d’anxiété »

Mais au fil des semaines, la logique « bureaucratique » a tenté de reprendre la main en menaçant ces pratiques et les avancées en cours. Les appels des hiérarchies pour « plus de paperasse » ont augmenté parce que, comme l’a noté un travailleur social, la bureaucratie réconforte la direction en période d’anxiété. Mais la bureaucratie pour le bien de la bureaucratie ne peut pas continuer – précise Katie Rose

En Angleterre cette bureaucratie est dans la ligne de mire du secrétaire à la Santé et aux Affaires sociales précisément parce qu’elle bloque l’établissement de relations efficaces. Lorsque le temps excessif est consacré à des tâches administratives sans fin, il y a moins à dépenser pour développer des connexions humaines essentielles. Quel temps reste-t-il finalement pour la relation d’aide ?

La protection de l’enfance est dans une impasse explique l’auteure de l’article. De nombreux dirigeants et gestionnaires tentent de revenir aux pratiques de pré-confinement, tandis que de nombreux travailleurs sociaux réclament que les changements positifs des derniers mois demeurent, afin que les professionnels puissent profiter de ce moment pour s’attaquer aux problèmes systémiques antérieurs à la pandémie.

Des propositions pour de véritables changements

« Premièrement », écrit-elle, « nous devons changer notre façon de comprendre et de gérer les risques. Chaque enfant, parent et famille est différent. Les catégorisations rigides des risques ne peuvent pas saisir la réalité complexe de la vie et ne servent qu’à donner à la direction le sentiment d’avoir le contrôle. Au lieu de cela, l’évaluation des risques doit être flexible et dynamique, adaptée aux besoins de la famille et dirigée par des praticiens ».

« Deuxièmement, le travail social ne peut pas exister isolément. Les praticiens signalent une augmentation des interactions bénéfiques avec les écoles et les organisations communautaires, qui se sont intensifiées pendant la pandémie pour soutenir les enfants vulnérables. Mais en Angleterre, les informations préoccupantes signalées aux services sociaux  ont baissé de 18% entre avril et juin ce qui selon l’auteur montre l’importance des écoles et collèges pour aider à la fois à soutenir et à identifier les personnes à risque. Il faut au minimum que les relations améliorées entre les écoles et les praticiens puissent se poursuivre. »

« Enfin, la voix des travailleurs sociaux doit être entendue. Ils savent de quoi ils parlent et connaissent les problèmes auxquels les familles sont confrontées et les lacunes en matière de soutien. Leur bien-être – si déterminant pour un soutien de qualité aux enfants et aux familles vulnérables – doit être une priorité ».

Ne serions-nous pas dans une situation similaire en France ? Il me semble que ces recommandations peuvent faire  écho  avec ce qui est perçu au sein des services de protection de l’enfance de notre pays.

 

Note : j’ai traduit et commenté assez librement cet article de  Katie Rose publié par le journal The Guardian intitulé : « Children’s social care has changed during Covid. That progress mustn’t be lost now » publié le 11 décembre dernier

 

 

Photo créée par Luis_Molinero – fr.freepik.com

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