11èmes Assises de la Protection de l’enfance à Nantes : de belles rencontres et un bilan en demi teinte.

Voici quelques éléments d’un compte rendu non exhaustif des 11ème assises de la protection de l’enfance qui se sont déroulées jeudi et vendredi dernier à Nantes. Ce rendez-vous annuel visait à rassembler les professionnels invités à écouter des intervenants sur le thème de la famille et des besoins de l’enfant.  Ceci dit les congressistes en arrivant ont eu droit à une « haie d’honneur » des syndicats qui avaient organisé  une manifestation à l’entrée même du centre des congrès. Ces travailleurs sociaux entendaient dénoncer une « marchandisation du travail social », à l’image de ce qui s’est passé dans le Département voisin du Maine et Loire. Celui-ci, en lançant un appel d’offre a provoqué l’arrêt d’activité de certaines associations avec des licenciements la clé. On peut tout à fait comprendre en ce sens l’origine de ce mécontentement qui visait aussi à demander des moyens pour le travail social.

manif 1

L’ambiance bon enfant en tout début d’après midi a vite dégénéré et plusieurs dizaines voire centaines de participants dont des intervenants se sont retrouvé bloqués à l’extérieur sans possibilité de rejoindre la salle des congrès…

entrée

Il nous a a fallu attendre un peu que tout rentre dans l’ordre. Tout cela a eu le don d’énerver l’organisateur Jean Louis Sanchez qui  est monté en pression et n’a pas compris le pourquoi du blocage alors qu’il avait été négocié un temps de parole pour les organisations syndicales qui finalement ne l’ont pas pris.

sanchez

C’est dire aussi la difficulté de dialogue aujourd’hui sur ces sujets aussi sensibles. Pour preuve les réponses de l’enquête organisée par l’ODAS dont certains résultats ont été présentés en introduction des interventions. « La vision des acteurs de la protection de l’enfance sur les objectifs et l’avenir de la jeunesse est majoritairement pessimiste ». C’est l’inquiétude qui domine : 55% des professionnels étaient confiants en 2017 . Ils ne sont plus aujourd’hui que 32%. Idem pour pour le sentiment d’inquiétude qui est passé à 63% (d’inquiets) contre 41% l’année précédente.

Serges Hefez psychiatre renommé et Irène Théry sociologue de la famille ont échangé leurs visions  sur les évolutions de la famille. Il nous a été présenté les concepts de famille verticale (celle qui relève de la généalogie) et horizontale (celle de l’ici et maintenant sans cesse en recomposition)  Les inégalités liées à ces changements de modèle renforcent les inégalités déjà existantes.  Par ailleurs nous sommes  passés de la pathologie de la contrainte à celle de la liberté (la fatigue d’être soi). Serge Hefez  nous a aussi parlé des consultations qu’il a mis en place pour recevoir des enfants de parents radicalisés revenant de zones de combats. Ils sont présentés par les médias comme des bombes  à retardement alors qu’ils ne sont que des enfants polytraumatisés.

Les besoins de l’enfant ont été abordés lors de la seconde table ronde avec l’intervention de Marie Paule Martin Blachais auteure du rapport  « Démarche de consensus sur les besoins fondamentaux de l’enfant en protection de l’enfance » .

Il a été rappelé les 7 besoins fondamentaux pour l’enfant : Trois d’entre eux sont regroupés dans un « méta besoin » de sécurité  qui se décline sur plusieurs niveaux avec 1. les besoins physiologiques élémentaires, 2. le besoin d’être protégé de toute  forme de violences, 3.  Le besoin de pouvoir construire une relation affective sécurisée  permettant à l’enfant de se développer. Rapidement cités les  autres besoins concernent  4. le besoin de vivre des expériences  « d’exploration du monde », 5 besoin de règles et de limites en vue de contenir ses émotions et vivre en société, 6. le besoin de pouvoir s’inscrire dans une histoire narrative et enfin le 7ème qui porte sur son  besoin de valorisation et d’estime de soi.

table ronde 2

Nous avons eu droit en fin d’après midi à un témoignage pour le moins interrogeant :  celui d’une assistante familiale accompagnée de la jeune fille âgée de 16 ans qui lui a été confiée . Elles ont toutes 2 dénoncées les pratiques de l’ASE à leur encontre. Sans entrer dans le détail de ce récit particulier et singulier, nous avons eu droit à une séquence « émotion » digne des meilleures émissions de télévision. Un témoignage qui a provoqué des applaudissements. Il aurait été intéressant de connaitre la réaction des services mis en cause qui auraient sans doute eu une autre version de la situation à présenter.

Le lendemain, après une matinée studieuse en ateliers, l’assemblée a reçu la visite de 2 ministres : Nicole Belloubet  pour la justice et  Agnès Buzyn pour les Solidarités et la Santé.

Belloubet

Nicole Belloubet a défendu la place et de la justice et notamment de la PJJ dans le dispositif de protection de l’enfance . Elle a l’intention de faciliter la désignation d’un administrateur légal pour les mineurs non accompagnés.

De son côté Agnès Buzyn a fait plusieurs annonces. Elle a  rappelé l’importance du travail des acteurs de terrain :  321.000 enfants et des milliers de familles sont aujourd’hui accompagnés. Elle va ouvrir  un chantier sur le métier d’assistante familiale.  Elle a aussi  annoncé le soutien financier de l’État sur la prise en charge des mineurs non accompagnés et en a détaillé le montant par mesure. Enfin elle a parlé de l’arrêt des « sorties sèches » sans solution des jeunes de l’ASE. Tout cela dans un contexte budgétaire « contraint ».

Buzyn

Un autre moment fort de ces journées fut l’intervention d’Annabelle Quillet travailleur social de terrain qui a reçu un tonnerre d’applaudissement lorsqu’elle a démontré que le travail social n’était pas uniquement l’application de règles et de directives. Elle a rappelé que des professionnels luttent pour faire reconnaître les droits des personnes à l’image de l’action menée à Toulouse  par un collectif de travailleurs sociaux et de personnes à la rue. Elle elle a posé la question : Comment peut-on protéger et parler des besoins de l’enfant quand leurs droit ne sont pas respectés et qu’à la fin de la période hivernale, ils sont remis à la rue ? Elle a ainsi signifié qu’il avait encore des batailles à mener face aux systèmes institutionnels qui ne prennent pas toujours en compte les droits humains.

 

Article rédigé avec l’aide de Paola Parravano que je remercie ici.

Note : Il y a eu au cours de  ces 2 jours d’autres interventions toutes aussi intéressantes. Cet article ne se veut pas exhaustif et il faudra attendre le journal de l’Action sociale qui reprendra le détail dee l’ensemble des témoignages

 

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