GoodFood4all : pour un droit à l’alimentation, et si l’Europe s’en mêlait ?

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On a longtemps cru que la faim était un problème d’un autre temps ou d’un autre lieu sur la planète. Elle est pourtant là. Elle est dans les files d’attente des distributions alimentaires que nous connaissons ici en France. Que ce soit les restos du cœur, les distributions de la croix rouge, du secours catholique et bien d’autres encore, il nous faut constater que la demande est bien là. Elle se fait plus pressante à chaque fin de mois. Au lendemain de la Journée mondiale de l’alimentation, (c’était le 16 octobre), il parait utile d’en parler sans détours. Parce que derrière les pourcentages, il y a des personnes que les travailleurs sociaux connaissent bien.

Une précarité qui ne se cache plus

Les chiffres de cet automne disent une inquiétude devenue courante. Selon le baromètre Ipsos réalisé pour le Secours populaire et publié en septembre 2026, 26 % des Français se déclarent en situation de précarité, soit six points de plus qu’en 2025. Le même document indique que 37 % rencontrent des difficultés pour se procurer une alimentation saine permettant de faire trois repas par jour, soit quatre points de plus.

Du côté de l’aide alimentaire, la demande ne faiblit pas. Le rapport d’activité 2025 des Banques Alimentaires évoque une aide apportée à près de 2 millions 400 mille personnes avec une demande en hausse de 20 % en deux ans. Il y est indiqué que la précarité alimentaire touche jusqu’à 16 % de la population. Ce système repose, dit le même rapport, sur 128.000 bénévoles. Ce qui est énorme, il faut en convenir.  Mais on ne peut s’empêcher de penser à ce que cela révèle : une réponse certe admirable, mais portée par la générosité plutôt que par le droit.

couv rapport pauvreteLes données publiques confirment que le phénomène n’est pas conjoncturel. Le rapport d’activité 2025 de la délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté estime le taux de pauvreté monétaire à 15,4 % en 2023, contre 13,6 % en 2020. Cela correspond à près de 10 millions de personnes qui (sur)vivent sous le seuil de pauvreté. Quant à l’enquête du CRÉDOC, elle relevait que 7 % de la population réduit chaque semaine leur nombre de repas faute de moyens !  12 % déclarent ne pas avoir assez à manger.

L’été 2026 et l’addition qui s’annonce

Cette année, le climat et le prix de l’assiette se sont rejoints. Dans une tribune collective publiée par La Croix le 16 octobre, de nombreuses associations rappellent que l’été 2026, avec ses 53 jours de canicule, restera « gravé dans les mémoires ». Ils notent que les prix des produits frais ont grimpé de 6 % en moyenne sur un an, (selon le panier RMC-BFM). Ils avertissent que la hausse des coûts de l’énergie se répercutera sur les prix alimentaires en 2027, dans un contexte où les salaires ne suivent l’inflation.

Cette tribune nous parle d’un sondage d’Action contre la faim qui mérite qu’on s’y arrête.  Il est rapporté que 13 % des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture. C’est une proportion qui monte à un sur quatre chez les jeunes. Il faut retenir aussi que près de 39 % de la population a assez à manger mais renonce à certains aliments faute de moyens.

Que nous dit aussi ce sondage de nos attentes collectives ?  58 % des personnes interrogées estiment que c’est d’abord à l’État d’agir contre la précarité alimentaire, avant même les associations ! (29 %). 86 % des personnes interrogées souhaitent qu’une loi-cadre reconnaisse le droit à l’alimentation. Les gens ne demandent pas moins de solidarité : ils demandent que celle-ci cesse de dépendre de la bonne volonté et de la charité.

Le droit à l’alimentation, une idée qui a déjà fait ses preuves ailleurs

Les auteurs de la tribune regardent vers le Brésil. Ils rappellent qu’à partir de 2003, ce pays a mis en place une stratégie coordonnée. Elle associe le soutien aux ménages vulnérables, la restauration scolaire et une politique agricole qui favorise et protège l’agriculture familiale. Résultat ? l’insécurité alimentaire sévère a été divisée de presque moitié. Certes le Brésil n’est pas la France. Pour autant cette pratique a le mérite de poser une question simple : et si la faim relevait d’un choix politique ?

Notre pays accumule surtout des dispositifs plutôt que bâtir une politique. On ne peut que constater que l’aide alimentaire est constituée d’une accumulation d’initiatives dispersées ». Or il faudrait pouvoir construire « une véritable politique publique du droit à l’alimentation ».

Nous allons en marche arrière et c’est bien là le pire : la loi d’orientation agricole, la loi Duplomb, la loi d’urgence agricole promeuvent une agriculture industrielle avec un recours aux pesticides et autres intrants vendus par les grandes firmes de la chimie. Dans le même temps les familles les plus pauvres sont soumises à  des restrictions d’accès aux aides sociales avec une politique de contrôle qui relève de la méritocratie.

Libre à chacun d’apprécier ces textes différemment, mais constatons que les actions fragmentées sont bien à l’image de ce que vivent les professionnels : des guichets multiples, des critères qui varient, des familles qui s’épuisent à prouver qu’elles peuvent bénéficier telle ou telle prestation. Bref, notre pays n’est pas à la hauteur, tout comme nos voisins européens

Good Food for All : transformer l’indignation en proposition

C’est dans ce contexte que prend tout son sens l’initiative citoyenne européenne « Food is a Human Right for All! ». Elle a été enregistrée par l’Union européenne en juillet 2025 et doit réunir au moins un million de signatures dans l’Union avant le début de 2027 pour être examinée par la Commission. Or à ce jour elle n’a obtenu qu’un peu plus de 102.000 signatures ce qui est vraiment très peu.

En France 102 associations et organisations ont rejoint cette coalition. Cela va de la Fédération des centres sociaux, à la Fédération des acteurs de la solidarité en passant par les associations tels le CCFD, le secours catholique ou le réseau des épiceries solidaires. Si toutes ces structures mobilisaient leurs adhérents et sympathisants pour signer cette pétition les compteurs s’affoleraient. Or aujourd’hui le nombre de signatures reste vraiment très faible et semble ne susciter que peu d’intérêt.

Pourtant, le site de la campagne Good Food for All affirme son ambition sans détours : « Food is precious, but it cannot be a luxury ». La nourriture est précieuse, mais elle ne peut être un luxe. Ce mouvement se donne pour objectif de sensibiliser les autorités à l’insécurité alimentaire dans les pays européens. Il plaide pour des politiques alimentaires plus fortes au niveau de l’Union. Pour cela il tente de mobiliser les citoyens autour du droit à l’alimentation comme droit fondamental.

Ceux qui voient la faim avant les statistiques

Qui voit  la demande d’aide alimentaire augmenter de 20 % en deux ans ? Qui sait que 37 % des Français peinent à composer trois repas par jour ? Et bien ce sont les travailleurs sociaux. Ils et elles sont confrontés à cette réalités qui ne sont pas des statistiques mais des personnes et des familles qu’ils reçoivent.

Les assistantes sociales, les éducateurs, les conseillers en économie sociale et familiale, les agents des CCAS et les équipes de soin reçoivent les premières « confidences » de ceux qui se privent de nourriture. Les professionnel(le) font ce qu’ils peuvent en bricolant parfois. Ils orientent, constituent des dossiers, négocient un colis et tentent de donner des gages de sérieux pour obtenir une aide qui reste facultative alors qu’elle devrait être un droit.

Un droit à l’alimentation, s’il voyait le jour, ne remplacerait pas l’expertise des travailleurs sociaux : il lui apporterait un cadre et  des moyens pour agir en amont plutôt qu’en réparation.

Ce que nous pouvons faire, ensemble

Ce n’est pas un texte européen qui suffira suffise à faire disparaître la faim évidemment. Comme en France, une initiative citoyenne ne garantit rien : si elle atteint le million de signatures, la Commission l’examine, mais elle n’est pas tenue de légiférer.

Alors je vous pose la question. Si vous êtes professionnel du social, du soin ou de l’accompagnement, que voyez-vous dans vos permanences depuis un an ? Si vous êtes citoyen, que seriez-vous prêt à demander à vos élus ? Vos témoignages, avec vos mots, valent mieux que mes analyses. Et si l’idée vous parle, la page de Good Food for All explique comment soutenir l’initiative. Il reste quelques semaines avant la clôture de la collecte des signatures

Signer la pétition européenne GoodFood4All :

Logo good food 4

 

Sources :

 

 

Photo : le collectif GoodFood4All :  » En Europe, des millions de personnes luttent contre l’insécurité alimentaire. Beaucoup d’autres ne peuvent pas se permettre une alimentation saine et adéquate. En outre, les agriculteurs et les travailleurs de l’alimentation ne peuvent pas gagner leur vie, et la durabilité est souvent compromise par le manque de volonté politique et de ressources. »

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