Revue de presse | Enfants à la rue, fin de grève au Samu social, EHPAD déserté… Bonne rentrée ?

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Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! À la veille de la rentrée, cette semaine encore, prend le pouls d’une actualité sociale qui ne vous laissera pas indifférent(e) : on y découvre pourquoi le nombre d’enfants sans solution d’hébergement continue de grimper pour la huitième année d’affilée, ce que les salariés du Samu social de Paris ont réellement obtenu après 57 jours de grève, comment un ancien enfant placé de 21 ans sillonne la France pour montrer que la protection de l’enfance sait aussi réussir, ou encore ce qui s’est passé la nuit où une centaine de résidents d’un Ehpad bisontin se sont retrouvés complètement seuls. On y parle aussi de kétamine chez les jeunes, de solitude transformée en marché par le numérique, d’ouvriers du BTP bloqués pour absence de titres de séjour, de vendanges et de RSA, et de chèques-vacances qui promettaient beaucoup pour pas grand-chose. Sans oublier les multiples liens à cliquer susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !

 


Enfants à la rue : le renoncement devenu politique publique

couv enfants la rueLe nouveau baromètre “Enfants à la rue” 2026 publié par la Fédération des acteurs de la solidarité et UNICEF France enfonce un clou déjà trop connu : pour la huitième année consécutive, le nombre d’enfants sans abri augmente encore. Faute de places d’hébergement d’urgence disponibles ou adaptées, 2.355 enfants, dont 514 de moins de trois ans, sont restés sans solution après un appel au 115, selon une analyse reprise par la presse nationale. L’objectif gouvernemental de « zéro enfant à la rue », réaffirmé en 2022, apparaît désormais comme un slogan désarrimé du réel

Les données statistiques sont implacables : en 2024, le baromètre comptait 2.043 enfants sans solution d’hébergement, soit une hausse de 120 % par rapport à 2020. En 2025, ce chiffre montait à 2.159, dont 503 de moins de trois ans, en augmentation de 6 % sur un an et de 30 % depuis 2022 . En 2026, on dépasse les 2.300 enfants, avec une hausse de 9 % par rapport à 2025 et 42 % depuis 2022. Chaque édition vient prolonger la précédente : le sans-abrisme des enfants n’est plus une anomalie, c’est un état structurel du système d’hébergement.

Les auteurs du baromètre parlent explicitement d’« insuffisance des politiques publiques », rappelant que ces chiffres sont sous-estimés : ne sont pas comptées les familles qui renoncent à appeler le 115, celles en squats, bidonvilles, ou les mineurs non accompagnés. Ce qui est mesuré est donc la partie visible d’un phénomène plus massif. Une tribune signée Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France, et Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité dans Ouest-France évoque « l’histoire d’un renoncement politique » : années après années, les alertes des associations sont documentées, chiffrées, porteuses de recommandations précises (programmation pluriannuelle, maintien et augmentation des places, sanctuarisation d’un droit à l’hébergement inconditionnel). Mais les arbitrages budgétaires persistent à traiter ces chiffres comme des variables d’ajustement.

Sources

 

Samu social  : entre protocoles de fin de conflit et gestion de l’inacceptable

samu socialPendant que les baromètres comptent les enfants à la rue, les salariés du Samu social de Paris ont mené, cet été, 57 jours de grève reconductible. Déclenchée le 23 juin, cette grève longue, en plein été et en pleine canicule, n’est pas partie de revendications abstraites. Elle a démarré suite à une injonction très concrète : remettre à la rue des familles hébergées depuis le plan grand froid de décembre 2025, suite à la suppression de 850–861 nuitées d’hôtel par jour imposée par la préfecture d’Île-de-France.

Dans les récits de la grève, la superposition est constante : urgence sociale croissante pour les personnes hébergées, conditions de travail dégradées pour les travailleurs sociaux, les écoutants du 115 et les médecins. Les agents dénoncent des salaires trop bas, une intensification des risques psycho-sociaux, mais aussi l’impact moral et professionnel du manque de places : être celui ou celle qui dit « non », qui doit hiérarchiser les détresses, refuser des femmes avec enfants parce qu’on a déjà refusé d’autres femmes avec d’autres enfants.

Le protocole de sortie de conflit, signé le 18 août et présenté comme une « victoire » relative, apporte des avancées : temps sans appels pour les écoutants du 115, renforcement de la prévention des risques professionnels, consultation des salariés avant toute réorganisation, primes et promesse d’une meilleure implication des équipes dans les décisions. Sur les salaires, des arbitrages restent à venir, signe que le mouvement n’a pas tout obtenu.

Mais, ce qui s’est passé autour du conflit n’est pas sans conséquences : après plus de cinquante jours de mobilisation, la préfecture a ordonné et mené l’évacuation du parvis du Samu social par les forces de police. La ville de Paris, de son côté, a annoncé l’ouverture de deux gymnases pour reloger 253 personnes d’un campement parisien solution temporaire, bricolée, qui illustre la gestion au coup par coup des situations les plus visibles.

Ce mouvement révèle trois fractures :

  • Entre les engagements nationaux « zéro enfant à la rue »  et les consignes locales. Avec des réductions du nombre de nuitées, des demandes d’optimisation de l’hébergement, et de la fermeture progressive de l’hôtel comme solution d’urgence.
  • Entre les agents de terrain, sommés de tenir les promesses de l’État social sans les moyens correspondants, et les autorités préfectorales. Or tous deux pilotent l’offre d’hébergement à flux tendu.
  • Entre la figure du « numéro d’urgence »  le 115, symbole d’accès aux droits et la réalité d’un standard saturé, où l’on obtient de plus en plus de refus documentés par les baromètres de la FAS et de l’Unicef.

 

Dans ce paysage, les travailleurs du Samu social apparaissent comme les garde-fous fragiles d’un système devenu assez bancal. Leur grève n’était pas seulement une lutte pour des meilleures conditions de travail et de salaire, elle fut aussi un refus de normaliser la remise à la rue comme une procédure banale.

Sources

 


Protection de l’enfance : entre récit de survie et initiatives invisibles

Mehdi Faradji
Mehdi Faradji sur son compte Facebook

L’actualité ne se limite pas à l’urgence de la rue. Un article de Marine Farrugia publié par France 3  met en avant le projet d’un jeune homme issu de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Mehdi Faradji, ancien enfant placé, et jeune adulte dynamique (il a fait de la radio) s’est lancé le défi de réaliser un tour de France des initiatives qui réussissent à offrir un cadre protecteur aux enfants.

Il rappelle au passage que les enfants placés « ne sont ni condamnés à mourir ni à échouer ». À rebours des témoignages traumatiques qui occupent souvent le devant de la scène, il s’attache à montrer les initiatives positives au sein de la protection de l’enfance : accompagnements de qualité, éducateurs engagés, projets qui parviennent à créer des trajectoires émancipatrices. Une initiative à saluer

Ce contre-récit est précieux. Il rappelle que les mêmes institutions critiquées pour leurs dysfonctionnements sont aussi le lieu d’un investissement professionnel massif, souvent invisible. Mais, il souligne en creux une tension connue : les histoires qui se terminent bien reposent fréquemment sur des  directions et des équipes de travailleurs sociaux qui se battent contre les logiques de sous-effectifs, ou de financements incertains.

Source

 


EHPAD : une nuit sans personnel, l’indignité à découvert

ehpadÀ Besançon, une centaine de résidents de l’EHPAD Granvelle se sont retrouvés abandonnés toute une nuit. Les familles ont dénoncé sur France 3 un établissement sans présence humaine effective. Les proches décrivent leur colère, une plainte se prépare. Cette nuit blanche institutionnelle n’est pas qu’un dysfonctionnement ponctuel : elle cristallise la crise d’un secteur des personnes âgées où les sous-effectifs récurrents, les absences non remplacées et la difficulté de recruter deviennent quelque chose de presque habituel.

La situation révèle les métiers invisibles : aides-soignants, agents de service hospitalier, infirmiers qui assurent habituellement les gestes essentiels. Quand ils disparaissent du terrain, l’indignité se voit tout de suite. Dans une lettre, l’Ehpad concerné a justifié l’incident par un dysfonctionnement et des problèmes de planning. Trois agents de nuit ne se sont pas présentés au travail.

On retrouve le même mécanisme que dans l’hébergement d’urgence : une tension permanente entre discours d’humanité et réalités organisationnelles. Il est promis du « bien vieillir » dans des « établissements rénovés ». Il est mis en avant des plans grand âge ; mais certains EHPAD se retrouvent à laisser une centaine de personnes vulnérables traverser une nuit sans présence suffisante, comme si le risque était acceptable.

Source :

 


Kétamine, solitude et numérique : nouvelles vulnérabilités, anciennes inégalités

Un article de France Info signé Juliette Campion s’intéresse à laddiction à la kétamine chez les jeunes. Elle est décrite par des spécialistes comme un phénomène insidieux : « on se retrouve dedans sans forcément s’en rendre compte ». La substance, longtemps cantonnée à certains milieux festifs, se diffuse, avec des effets neurotoxiques, psychiques et sociaux lourds. Les professionnels de santé alertent sur le manque de dispositifs spécifiquement adaptés, le caractère encore mal connu de ces consommations et  l’absence de prévention à la hauteur.

 

En parallèle, un article de fond, de journaliste au journal Monde analyse comment la solitude est devenue une “ressource” délibérément recherchée et exploitée par les acteurs du numérique. La logique des plateformes, comprenez ici les réseaux sociaux, les applications de rencontre, mais également les services de livraison, tous ces acteurs capitalisent sur des existences fragmentées, la solitude et les liens qui se distendent. Cette solitude, loin d’être seulement un manque, devient une matière première pour des business modèles. Surprenant ? Pas vraiment.

L’écho est troublant : d’un côté, des jeunes qui s’enfoncent dans des consommations à risque, souvent dans des trajectoires où l’isolement relationnel, scolaire, familial joue un rôle ; de l’autre, des entreprises qui organisent et rentabilisent les circuits de ce même isolement. Le social, ici, n’est pas seulement ce que l’on protège, c’est aussi ce que l’on exploite et les GAFAM sont des champions sur ce sujet.

 


Travail, migrations et droits sociaux : quand les titres de séjour bloquent le chantier

Quand le réel percute les idéologues du grand remplacement ! Le réel, c’es ce qui se passe dans le secteur du BTP francilien avec un reportage de la très sérieuse revue Le Moniteur. La journaliste montre des employeurs et salariés étrangers sous pression face aux difficultés de renouvellement des titres de séjour. Les entreprises se plaignent ! Elles déplorent des retards administratifs, des situations où des travailleurs ne peuvent plus être mobilisés sur les chantiers faute de documents à jour. Les salariés, eux, vivent l’angoisse de voir leur droit au séjour suspendu pour des raisons purement procédurales.

La situation décrite localement illustre une tendance nationale : la dépendance structurelle de secteurs entiers ( BTP, logistique, aide à domicile, restauration ) à une main-d’œuvre étrangère régulièrement fragilisée par les politiques migratoires. Le travail des personnes étrangères, souvent dans des métiers pénibles, peu visibles, sert de socle au fonctionnement ordinaire de la société ; mais leurs droits restent en première ligne des durcissements administratifs et des délais kafkaïens.

 

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Michel Abhervé sur son blog

Sur un autre registre, Michel Abhervé, toujours l’œil affûté, nous révèle le bilan modeste du cumul RSA–vendanges en Haute-Marne. Je recopie un extrait de son court article tant il est éclairant ! « Le Journal de la Haute-Marne se fait écho des résultats cumulés sur les années 2022-2025 annoncés par le président LR Nicolas Lacroix Sur les 4.180 bénéficiaires du RSA du département (données DREES fin mars 2026) chaque année, 32 ont en moyenne bénéficié de cette possibilité, ce que le président reconnait comme « modeste ». C’est en tous cas mieux que son collègue du Nord ( Dans le Nord, le conseil départemental permet le cumul entre RSA et emploi agricole : un seul allocataire en bénéficie) ».

Que dire de cela ?  L’idée initiale était de permettre à des bénéficiaires du RSA de travailler aux vendanges sans perdre leurs droits, dans une logique d’incitation et de réduction des pénuries de main-d’œuvre. Personne ne pouvant être contre. Or, les résultats sont limités, et posent la question de la pertinence de dispositifs expérimentaux censés « activer » les allocataires du RSA sans transformer réellement leurs conditions d’accès à cet emploi (rémunération, logement saisonnier, transport).

Voilà comment se dessine une politique d’insertion où certaines incitations pour les plus précaires, relèvent d’une forme de « bricolage » alors qu’ailleurs certains employeurs comptent sur des travailleurs étrangers aux droits incertains pour faire tourner leurs secteurs clés. Les invisibles du social ne sont pas seulement les travailleurs sociaux : ce sont aussi les ouvriers qui bâtissent les logements et qui parfois sont conduits à dormir dehors.

Source :

 


Chèques-vacances et “programme 18-25” : la promesse de répit à bas coût

Enfin terminons par cet article signé Timour Aggiouri de « Merci pour l’info » Il se penche sur le programme 18-25 de l’Agence nationale des chèques vacances. Destiné à faciliter le départ en vacances de jeunes aux revenus modestes, le dispositif se révèle truffé de conditions, peu lisible, avec un usage réel limité. Les critiques pointent une politique de répit qui se contente de saupoudrer des aides symboliques sans s’attaquer aux obstacles majeurs : coût du transport, raréfaction des offres adaptées, précarité globale des trajectoires.

Ce programme fait écho aux politiques de lutte contre la pauvreté où l’on met en scène des dispositifs ciblés : un coup de pouce ici, une prime là  sans traiter ni aborder les déterminants lourds : logement, accès à la santé, insertion professionnelle. Offrir une semaine de vacances mal financée à un jeune qui vit toute l’année sans stabilité,  une gageure qu’il est bien difficile de relever.

 


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Trois articles publiés sur LinkedIn sont particulièrement intéressants. Ils devraient vous plaire !

 


Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi surtout à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser en me fournissant tous ces liens !

Note : comme je suis absent les deux semaines à venir, il n’y aura pas de revue de presse les vendredis mais des articles rédigés à l’avance qui paraîtront automatiquement grâce à la magie du numérique assisté sur WordPress.

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