Le mot de race ne fait pas partie du lexique de l’émancipation et du progrès social. La raison en est la hiérarchisation de l’espèce humaine qu’elle sous-tend ainsi que les discriminations et le racisme qu’il induit. La science biologique a contribué à déconstruire ce concept, en démontrant l’impossibilité d’une classification au sein d’une espèce humaine marquée par une infinie diversité présente au cœur de chacun de ses membres.
Pourtant, l’auteure défend la réintroduction critique de ce terme dans le lexique antiraciste. Son argumentation centrale reste d’une grande fragilité : faire disparaître le mot ne fait pas disparaître l’idéologie qu’il génère. Si on la suit, pourquoi ne pas appliquer cette logique aux insultes à caractère antisémite, par exemple ? Inutile de les proscrire puisque cela ne ferait disparaître le mal !
Ce qui compte, n’est-ce pas plutôt de repérer si l’emploi d’un mot encourage la discrimination ou la dissuade ? Et si la renonciation à l’usage de la notion de race, en elle-même, n’est pas susceptible de faire disparaître la haine qu’elle véhicule, en quoi sa réintroduction permet-elle de mieux la combattre ?
La race existe si cette désignation caractérise une des modalités sociales de production des inégalités entre les êtres humains, affirme Sarah Mazouz. Et de rajouter que si cette notion n’est pas empiriquement valide, elle est empiriquement effective, continue-t-elle. Banalisons donc l’usage de la notion de sous-homme, pendant qu’on y est, puisque c’est là un argument certes éthiquement insupportable, mais véhiculé par les suprématistes blancs !
Bref, d’autres termes articulés autour de la même racine semblent moins difficiles à intégrer. Sans doute parce qu’ils décrivent un processus de stigmatisation et non un état de fait figé. Il en va ainsi de racialisation qui définit le mécanisme de hiérarchisation sociale ou encore de racisation qui désigne le procédé par lequel un groupe dominant définit un groupe dominé comme une race.
Mais aussi l’assignation racialisante qui dénonce la posture consistant à essentialiser une origine réelle ou supposée. Cela qui revient à radicaliser l’altérité, réduisant autrui à une seule caractéristique censée catégoriser l’ensemble de la personnalité à partir d’un seul de ses traits.
Ces nouvelles conceptualisations enrichissent certes le vocabulaire. Elle débouche sur l’incontournable appel à l’intersectionnalité regroupant la lutte de classe, de genre et de race destinées à combattre l’assignation de l’autre à une origine pensée comme inférieure.
Dommage toutefois que le ton condescendant, utilisé pour asséner ses vérités, pousse l’auteure à énoncer plutôt que de tenter d’argumenter ce qui lui semble tomber sous le sens. De quoi laisser de l’espace pour entamer une polémique microcoline avec l’historien Gérard Noiriel qui enferme le lecteur dans l’entre soi d’une polémique qui ravira les tenants des controverses partisanes. Moins les autres, sans doute.
On l’aura compris : c’est là, sans doute, l’un des opus les moins convaincants de cette série d’été. Ce qui justifie amplement qu’il soit lu aussi, afin que le lecteur fasse son propre avis sur son contenu.
- Race, Sarah Mazouz, Éd. Anamosa, 2020, 91 p.
Cet article fait partie de la rubrique « Livre ouvert »
Il est signé Jacques Trémintin
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Photo : Sarah Mazouz sur le site de l’éditeur Anamosa