Si vous avez suivi l’actualité il y a maintenant déjà plus de deux semaines (avant les incendies), vous avez sans doute appris que les députés de gauche avaient voté contre un projet de loi visant à prononcer la peine de perpétuité pour les auteurs de viols en série sur des mineurs de moins de 15 ans. À quatre voix près le texte n’était pas passé. La droite et l’extrême droite ont crié à la trahison, allant même jusqu’à écrire que la gauche protégeait les « violeurs d’enfants ». Une information largement partagée sur les réseaux sociaux pour discréditer notamment LFI et aussi les autres partis de gauche dont le PS et les écologistes. Ni une ni deux, Vince (l’éducateur spécial) qui réseaute sur LinkedIn a pris la plume et répondu à toutes celles et ceux qui tordent la réalité et les arguments mis en avant par certains députés. Ses explications méritent votre attention.
Viol, perpétuité et mensonges : quand la droite instrumentalise les victimes au lieu de défendre une véritable politique de protection de l’enfance.
Alors que toute la droite affiche une campagne putaclic contre les « méchants LFIstes qui protègent les violeurs », il convient d’apporter quelques éclairages juridiques. Pendant plusieurs jours, certains médias et le RN ont affirmé que des députés de gauche ont refusé de condamner les violeurs à la perpétuité. C’est faux.
La perpétuité existe déjà en France pour les viols les plus graves, notamment lorsqu’ils sont accompagnés de tortures ou d’actes de barbarie. Pour d’autres viols aggravés, les peines peuvent aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. Ce qui a été rejeté en juillet 2026, ce n’est pas le principe de punir les violeurs, mais un article de loi jugé mal rédigé, incohérent et juridiquement fragile.
Digne d’un enfant en classe élémentaire ce texte défendu et rédigé par le RN a été largement critiqué pour sa rédaction, au point que certains juristes l’ont qualifié de bancal. Il comportait des incohérences qui remettaient en cause la logique de l’échelle des peines et risquait d’être censuré. À sa lecture, on a parfois l’impression d’un texte rédigé avec beaucoup de précipitation, sans la rigueur que l’on est en droit d’attendre de parlementaires.
Pourquoi ce rejet ?
- Il créait une différence de peine difficile à justifier selon l’âge de la victime, ce qui déséquilibrait l’échelle des peines.
- Une partie des propositions, comme la « perpétuité réelle » sans possibilité de réexamen, risquait d’être censurée car contraire aux principes constitutionnels et à la jurisprudence européenne.
- Surtout, de nombreux députés ont rappelé que le principal problème n’est pas l’absence de peines sévères, mais le fonctionnement de la justice.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : La perpétuité existe déjà pour les viols les plus atroces. Environ 80 à 90 % des plaintes pour viol sont classées sans poursuites, faute de preuves suffisantes, de moyens d’enquête ou pour d’autres raisons procédurales. Seules 10 à 20 % des plaintes aboutissent devant une juridiction de jugement. En revanche, lorsqu’une affaire est jugée, environ 90 à 95 % des accusés sont condamnés.
Autrement dit, le problème majeur n’est pas que les peines seraient trop faibles, mais que trop peu d’affaires arrivent jusqu’au procès. C’est pourquoi plusieurs députés demandaient avant tout :
- davantage de moyens pour la police judiciaire et les enquêteurs spécialisés ;
- plus de magistrats et de ressources pour accélérer les procédures ;
- davantage de moyens pour l’Aide sociale à l’enfance (ASE) afin de mieux repérer les victimes ;
- un meilleur suivi psychiatrique et sociojudiciaire des auteurs de violences sexuelles afin de réduire la récidive.
Enfin, une question se pose : où seraient incarcérées toutes ces personnes ?
Les prisons françaises sont déjà en situation de surpopulation chronique. Au 1ᵉʳ mars 2026, elles accueillaient 87.126 détenus pour seulement 63.353 places, avec des maisons d’arrêt occupées à plus de 168 % de leur capacité.
Une politique pénale crédible ne se résume pas à voter des peines plus lourdes. Elle suppose aussi les moyens humains, matériels et budgétaires pour les mettre en œuvre.
En résumé : voter contre cet article ne signifie pas être indulgent envers les violeurs. Cela signifie refuser un texte jugé juridiquement mal construit et privilégier des mesures susceptibles d’améliorer réellement la protection des enfants et le fonctionnement de la justice.
Les recommandations de la Ciivise vont clairement dans le sens de moyens alloués à la prévention. Quand va-t-on se résoudre à comprendre l’intérêt de politiques ambitieuses en matière de protection de l’enfance ? Quand va-t-on cesser de croire à la pertinence de la surenchère répressive ? La droite française se découvre des vertus et se présente comme soucieuse de la protection de nos enfants ? La grosse blague !
Pour rappel, qui s’oppose aux commissions d’enquêtes sur l’affaire Epstein ? Des élus de gauche ? Non. La Présidente de l’Assemblée Nationale et le Président du Sénat en premier lieu. Alors, où sont les prédateurs ? Qui les protège ? Ne nous trompons pas.
Les enfants ne seront jamais protégés par des lois rédigées pour faire le buzz. Ils seront protégés lorsque l’État investira enfin dans la justice, les enquêtes, la protection de l’enfance, le suivi des condamnés et les places de prison. Une politique pénale se mesure à son efficacité, pas à ses slogans.
Vous pouvez retrouver Vince éducateur spécial sur LinkedIn en cliquant sur ce lien
La photo a été fournie par l’auteur


