Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Au menu aujourd’hui, une plongée au cœur des grandes questions qui traversent le travail social et la société française : l’école qui peine à protéger les élèves les plus pauvres malgré les bonnes volontés, des travailleurs sociaux marseillais qui choisissent l’humour et la satire pour dire tout haut ce qu’ils vivent tout bas, et un débat public de plus en plus fracturé où la conflictualité semble avoir pris le dessus sur le fond. Autour de ces trois articles phares, vous trouverez une riche sélection de liens sur la pauvreté et le contrôle des bénéficiaires du RSA, les métiers du social en tension, la santé mentale et le handicap, le mal-logement, les migrations, la jeunesse en difficulté, ou encore le numérique et l’accès aux droits. Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser, installez-vous confortablement et… Bonne lecture !
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L’école face à la pauvreté : comment les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires
Cet article d’Yves Reuter, professeur émérite en didactique à l’Université de Lille, et de Dominique Lahanier-Reuter, chercheuse en sciences de l’éducation à l’Université de Bordeaux, pose une question centrale : pourquoi l’école française échoue-t-elle si massivement à protéger les élèves les plus pauvres ? Les auteurs s’appuient sur des données de l’INSEE et de l’UNICEF pour rappeler qu’en 2023, près de dix millions de personnes vivent en situation de pauvreté en France, dont 2 milliions 759 mille enfants de moins de 18 ans, soit plus de 20% d’entre eux. Une note du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan publiée en 2026, qui a suivi une cohorte d’élèves pendant seize ans depuis leur entrée en sixième, établit un constat implacable : plus l’exposition à la pauvreté est intense en début de collège, plus les conditions d’entrée dans la vie adulte sont défavorables.
Les auteurs identifient trois mécanismes scolaires majeurs qui transforment les inégalités sociales en inégalités scolaires. Le premier est l’opacité des pratiques et de l’univers scolaire : multiplicité des sigles, organisation disciplinaire ou annotations que les familles pauvres ne décodent pas. Le deuxième est l’imposition de règles qui pénalisent davantage les élèves déjà fragilisés. Le troisième est la stigmatisation : remarques défaitistes (« Ce n’est pas pour toi »), décrédibilisation des témoignages, négation des savoirs des familles.
Il est fait état dans cet article des propos de la philosophe britannique Miranda Fricker et son concept d’injustice épistémique. C’est ce processus par lequel l’école disqualifie les élèves pauvres en tant que sujets de savoir. Ils montrent également que les décisions d’orientation ne surgissent pas brutalement mais résultent d’une accumulation de micro-décisions dès la maternelle : placements systématiques au fond de la classe, exclusions temporaires sans rattrapage, refus de donner la parole.
Face à ce tableau plutôt sombre, les deux chercheurs refusent toute forme de fatalisme et documentent des pratiques pédagogiques alternatives qui font leurs preuves. Des équipes enseignantes articulant sécurisation et exigence, bienveillance et stimulation parviennent à enrayer ces mécanismes délétères. La coopération entre élèves, les projets collectifs qui allègent la pression de la compétition, et l’évaluation qui préserve l’estime de soi constituent des leviers concrets. Surtout, les auteurs insistent sur la nécessité d’un changement de posture des enseignants : adopter le principe d’éducabilité c’est à dire l’idée que tous les élèves peuvent progresser, écouter les familles pour comprendre certains comportements d’élèves (fatigue, méfiance des institutions, stratégies de contournement), et considérer l’apprentissage comme une acculturation qui part de ce que les élèves et leurs proches savent déjà, plutôt que de traiter les différences culturelles comme des déficits. (Lire l’article sur The Conversation)
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Au bout du rouleau – première édition d’un journal satirique avec l’ANAS Marseille
Manque de moyens et perte de sens dans le travail social, certaines initiatives locales tentent de recréer du collectif… autrement. À Marseille, la section de l’association Nationale des Assistants de Service social ANAS propose un espace original mêlant humour, expression critique et production collective.
Cette initiative prend la forme d’un atelier d’écriture et de création d’un journal satirique. L’objectif est clair : mettre en mots et en dessins les réalités parfois absurdes du terrain, celles que les travailleurs sociaux vivent au quotidien mais qui trouvent rarement un espace d’expression partagé pour les faire connaitre.
Après deux premières rencontres consacrées à des échanges autour du sens du travail social, les organisateurs souhaitent désormais passer à une étape plus concrète : produire un support collectif. Ce « petit journal » a vocation à circuler dans les salles de pause, comme un objet fédérateur. Au programme de cet atelier : travailler sur les injonctions contradictoires, donner forme aux frustrations professionnelles, interroger les « non-solutions » institutionnelles… le tout avec une approche volontairement accessible. Aucun prérequis n’est attendu : ni compétence journalistique, ni talent de dessinateur, ni engagement militant affirmé.
L’humour apparaît ici comme un levier essentiel. Non pas pour minimiser les difficultés, mais pour les rendre partageables, pour recréer du lien entre professionnels et, peut-être, esquisser des formes de résistance face aux inégalités sociales et aux contraintes institutionnelles. Ce type d’initiative n’est pas anodin. Il témoigne d’un besoin croissant, dans le secteur social, de retrouver des espaces d’expression horizontaux, en dehors des cadres formels. Des lieux où la parole peut circuler librement, y compris sous des formes décalées ou satiriques. L’atelier est prévu le 20 mai 2026, en soirée, à Marseille (le lieu sera communiqué aux personnes inscrites).
👉 Pour vous inscrire, vous pouvez cliquer sur ce lien
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Quand le conflit devient la norme du débat public
Cet article publié sur Le Nouveau Paradigme par Marion Courtassol (que je soupçonne être un agent IA) analyse la manière dont le conflit s’est imposé comme mode dominant du débat public. Elle y décrit une vie politique où les insultes, la désinformation et les attaques contre les institutions transforment tout conflit en spectacle permanent.
En France, un ton apparemment plus contenu masque un durcissement progressif du débat par accumulation de tensions et de discours polarisants. La montée en visibilité de thèmes comme l’immigration, l’identité, l’insécurité ou la « submersion migratoire » est interprétée à l’aide de la notion de fenêtre d’Overton, qui décrit le glissement d’idées auparavant marginales vers le champ du discutable puis de l’acceptable.
L’article souligne le rôle des discours publics dans la banalisation des préjugés et des actes racistes. Il s’appuie notamment sur le rapport 2024 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme et les chiffres du ministère de l’Intérieur. Il analyse ensuite la place particulière du Rassemblement national, passé d’une stratégie de provocation à une institutionnalisation de son discours. Ce parti a élargi sa base sociale via un vocabulaire inspiré de la gauche (services publics, protection sociale). Il profite par contraste de l’existence de groupes d’ultradroite plus radicaux. Mais cette montée de la conflictualité ne se limite pas à l’extrême droite. Elle traverse tous les partis, chacun contribuant à centrer le débat sur l’ordre, la sécurité, l’immigration ou l’affrontement avec les élites.
L’autrice insiste enfin sur le rôle structurant des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu. Leurs logiques algorithmiques et économiques privilégient les séquences les plus conflictuelles, au détriment des échanges de fond. Dans un contexte de crises multiples, cette conflictualité permanente trouve un terrain fertile dans la défiance envers les institutions, jusqu’à fragiliser la confiance dans la justice ou les médias. L’article plaide pour une « conflictualité fertile », recentrée sur les idées et les politiques publiques (services publics, inégalités, climat), afin d’éviter que la démocratie ne se dissolve dans le seul spectacle de la confrontation.(lire l’article du Nouveau Paradigme)
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Pauvreté, précarité, minima sociaux, contrôle des pauvres
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
Photo Qwen studio : les personnages sont fictifs


