Bonjour et bienvenue à cette revue de presse ! Cette semaine, je vous propose de plonger dans une actualité sociale plutôt dense. Cela commence avec ces milliers d’enfants invisibles des radars de l’État, pointés du doigt par un tout premier rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant de l’UNICEF France. Puis il est question des assistant(e)s de service social de l’ANAS qui claquent symboliquement la porte du Haut Conseil du Travail Social faute d’être vraiment entendus. Il y a aussi ce portrait de Julia, 26 ans, engloutie sous 23.000 euros de dettes. C’est un témoignage qui illustre l’explosion du surendettement chez les jeunes. Il est documenté par la Banque de France, qui annonce une hausse de 36% des dossiers déposés par les 18-29 ans en un an. Sans oublier une pépite audio signée France Culture : une série documentaire en quatre épisodes qui plonge au cœur du quotidien de la protection de l’enfance, loin des drames médiatiques ainsi que les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Installez-vous confortablement et… Bonne lecture !
En France, des milliers d’enfants oubliés des statistiques publiques, déplore l’Unicef
Cet article publié dans Le Monde date un peu (29 janvier) mais nécessite qu’on y revienne. Il fait suite à un rapport inquiétant de l’Unicef France. Il est consacré aux droits des enfants dans notre pays. Pour la première fois, l’agence onusienne a constitué un observatoire dédié, analysant 76 indicateurs répartis en 12 thématiques allant de la pauvreté à la nutrition, en passant par la protection de l’enfance et le numérique. Le constat de départ est sévère : faute de statistiques publiques fiables et exhaustives, des milliers d’enfants restent « largement invisibles » des politiques publiques.
Les chiffres présentés dans ce premier rapport sont impressionnants. Au moins 32 000 enfants vivent sans domicile fixe ou à l’hôtel, et 38 enfants sans abri sont morts en 2024. Près d’un enfant sur quatre déclare ne pas manger trois repas par jour. Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles — soit un toutes les trois minutes — et plus de 50.000 subissent des maltraitances physiques ou psychologiques. Tous les cinq jours, un enfant meurt sous les coups d’un parent ou d’un proche. Ces données, qui s’appuient sur des sources gouvernementales et internationales, révèlent une réalité que les politiques publiques peinent à saisir dans sa globalité.
L’Unicef pointe également les failles du système scolaire. Plusieurs milliers d’enfants demeurent non scolarisés, sans qu’aucune donnée consolidée ne permette d’en connaître le nombre exact, la localisation ou les raisons. L’agence appelle à la création d’un observatoire national de la non-scolarisation. Par ailleurs, l’école française est épinglée pour son incapacité à corriger les inégalités : selon la dernière enquête PISA de l’OCDE, l’influence du milieu social sur les résultats scolaires y atteint 20%, contre 13% en moyenne dans les pays membres.
Les territoires d’outre-mer font l’objet d’une attention particulière dans ce rapport. À Mayotte, huit enfants sur dix sont considérés comme pauvres, entre 5 000 et 9 500 enfants y seraient non scolarisés, et 1 860 enfants ont été placés en rétention administrative en 2024 — contre seulement six dans l’Hexagone. L’Unicef dénonce une « rupture d’égalité territoriale majeure » et déplore que ces territoires, où les besoins sont souvent les plus criants, restent les plus sous-documentés dans les statistiques nationales. (Lire l’article du Monde et de l’AFP – accès abonné)
Suspension de la participation de l’ANAS au Haut Conseil du Travail Social

Le Conseil d’administration de l’Association Nationale des Assistants de Service Social (ANAS) a décidé de suspendre sa participation au Haut Conseil du Travail Social (HCTS). Cela dans l’attente d’une amélioration substantielle des conditions de fonctionnement de cette structure. Cette décision est la résultante d’un profond malaise et d’une déception.
Elle décision s’appuie sur un bilan sévère de six années de représentation (2019-2025). Le bilan met en évidence une dégradation progressive du fonctionnement de l’instance. Si le premier mandat (2019-2021) s’est déroulé dans des conditions favorables – assemblées plénières en présentiel, groupes de travail soutenus par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) – , le second mandat a vu les conditions se dégrader. Après la remise du Livre blanc du travail social en décembre 2023, remis en présence de cinq ministres, les assemblées plénières sont devenues de simples réunions de deux heures en visioconférence. Elles fonctionnent davantage comme des instances de validation que comme de véritables espaces de délibération.
La réforme des diplômes de niveau 6, menée en 2024-2025, illustre selon le Conseil d’administration cette déconnexion structurelle : les travaux se sont tenus en dehors du HCTS, malgré les demandes répétées de l’ANAS, contraignant l’association à quitter le groupe de travail formation pour tenter d’exercer une influence directe auprès de la DGCS. Pour le Conseil d’administration, le HCTS sert plutôt de « vitrine démocratique » que de lieu de co-élaboration réelle des politiques publiques. L’ANAS précise qu’elle réengagera sa participation si des transformations substantielles se matérialisent : portage politique réel du Livre blanc, moyens renforcés, et saisine systématique du HCTS en amont des réformes. (Lire l’article complet sur anas.fr)
« J’ai connu des jours très sombres » : à 26 ans, elle a 23.000 euros à rembourser, les jeunes de plus en plus endettés
Publié par France 3 Centre-Val de Loire, cet article donne la parole à Julia, une jeune femme de 26 ans qui cumule 23 000 euros de dettes à la suite d’une série d’accidents de la vie. Animatrice en CDI dans une mairie depuis ses 19 ans, elle a commencé à contracter des crédits pour aider financièrement sa mère lors de l’hospitalisation de son père. Elle a eu aussi besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son couple alors que son compagnon sans emploi s’était installé chez elle. « J’avais l’impression de me noyer, je n’arrivais plus à respirer », confie-t-elle.
Ce témoignage de Julia illustre une tendance documentée par le rapport 2025 de la Banque de France : le nombre de dossiers de surendettement déposés par les 18-29 ans a bondi de 36% en un an, passant de 12 535 à 17 087 dossiers. Pour Louis Morin, directeur de l’Observatoire des inégalités, plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette rupture après des années de baisse : la remontée de l’inflation, la tension sur le marché du logement et la précarité de l’emploi des jeunes. Tout cela se conjugue avec la très grande accessibilité du crédit à la consommation. Sur le terrain.
Grâce à l’accompagnement de Crésus Touraine, Julia a déposé un dossier de surendettement auprès de la Banque de France, désormais jugé recevable. Elle remboursera 112 euros par mois pendant six ans et demi – soit 14 000 euros au total – et le reste de sa dette sera effacé. C’est quand même une galère quand on débute dans la vie. Le rapport de la Banque de France souligne que 52% des jeunes ménages surendettés n’ont aucune capacité de remboursement, et que 62% des ménages surendettés vivent sous le seuil de pauvreté. « On n’est pas face à des gens qui flambent leur salaire, mais face à des gens qui ont eu un accident de la vie », précise Serge Le Postec co-président de Crésus Touraine, qui accompagne les personnes en situation de fragilité financière. (lire l’article de France 3 Touraine)
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La série Documentaire : Protection de l’enfance : des histoires du quotidien
France Culture propose, dans sa collection LSD ( La Série Documentaire ), une plongée inédite au cœur de la protection de l’enfance. Signée par Xavier Naud et réalisée par Thomas Dutter, cette série en quatre épisodes suit le parcours des enfants accompagnés chaque année par cette politique publique vieille de plus d’un siècle. Elle donne la parole aux professionnels, aux familles et aux anciens enfants placés. Le parti pris est délibérément ancré dans le quotidien, loin des drames médiatiques qui constituent habituellement le prisme dominant des médias.
La série s’articule autour des grandes étapes du parcours :
l’évaluation du danger (épisode 1),
la prise de mesures judiciaires et éducatives (épisode 2),
le placement en structure ou en famille d’accueil (épisode 3),
et enfin la sortie de l’Aide sociale à l’enfance à l’âge adulte (épisode 4).
Chaque épisode donne à entendre des voix rarement réunies dans le même espace : un juge pour enfants, des travailleurs sociaux sur le terrain, mais aussi Aïcha, famille d’accueil qui présente Marwan, l’enfant placé qu’elle considère comme son fils.
Le dernier épisode, « Trouver sa place », pose la question de l’avenir de la protection de l’enfance à travers les récits de ceux qui en sont sortis. Historiens, chercheurs et anciens enfants placés y témoignent d’un parcours « souvent parsemé de doutes, de critiques, mais aussi rempli d’espoir et de beaucoup d’amour », selon les mots mêmes de la présentation. Une série qui offre à la communauté des travailleurs sociaux un miroir précieux sur leur propre pratique. (Écouter la série sur radiofrance.fr)
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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
Photo en une : DepositPhotos


