Revue de presse | Étudiants : c’est compliqué d’être heureux / Formations « au bord du désastre » ados : le téléphone des amoureux

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Bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui nous emmène au plus près du vécu des jeunes, des étudiants et des professionnels du travail social, entre vie chère, précarité, transformation des relations amoureuses et tensions sur les politiques publiques. On y croise Yaniss et tant d’autres étudiants qui comptent chaque euro pour continuer à étudier, des centres de formation au travail social étranglées par la prime Ségur, mais aussi des ados dont les histoires d’amour se jouent désormais sur Snapchat et Instagram, avec tout ce que cela comporte…  Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser. Bonne lecture !

 


« C’est compliqué d’avoir une vie sociale et d’être heureux » : Yannis, étudiant, vit avec moins de 50 euros par mois

Cet article signé Marc Michel-Dherissart, publié sur France 3 Normandie, dresse un portrait précis et très humain de Yaniss , étudiant en informatique à Caen. Il vit avec un budget extrêmement limité, entre 50 et 100 euros par mois maxi pour se nourrir, sortir et se divertir une fois payés le loyer, les factures et les transports. Yaniss raconte son rapport anxieux à chaque dépense, au point de traquer les centimes et de surveiller constamment son compte bancaire. Il explique combien il est difficile, avec un tel budget, de préserver une vie sociale et des activités essentielles à l’équilibre et au bien-être, même s’il souligne l’importance de rester entouré, de ne pas s’enfermer et surtout de ne pas avoir honte de parler de sa situation.

Le reportage décrit aussi le rôle essentiel des dispositifs de solidarité présents sur le campus de Caen. Il y a par exemple l’Agoraé, une épicerie solidaire où les produits, issus de la Banque alimentaire et de dons, sont proposés avec environ 90% de réduction. Cela permet aux étudiants de faire leurs courses presque comme dans un magasin classique. La responsable, Chloé Kerrebel, explique toutefois que les stocks limités obligent à plafonner le nombre de bénéficiaires, et que ce plafond (350 inscrits) est atteint chaque année de plus en plus tôt, signe d’une précarité en nette augmentation parmi les étudiants.

L’article montre enfin que cette situation n’est pas isolée, mais s’inscrit dans un phénomène plus large sur le campus. Il est compté environ 13.000 étudiants en situation de précarité sur 40.000. Les Restos du cœur y assurent désormais une distribution hebdomadaire, avec 320 personnes inscrites pour une seule soirée. Un bénévole confie sa surprise de découvrir « autant d’étudiants dans la misère », lui qui intervenait auparavant auprès de familles. En filigrane, le texte de Marc Michel-Dherissart révèle un mal-être social profond, où l’accès à une alimentation suffisante, à la vie sociale et à la dignité dépend de plus en plus de la solidarité associative. Et c’est ainsi un peu partout en France (lire ‘article de France 3 Normandie)

 


Prime Ségur : les écoles du travail social au bord du désastre, faute de financements régionaux

gensp IRTS difficulteLes écoles et instituts du travail social vivent aujourd’hui une véritable asphyxie financière. Elles sont prises en étau entre une décision nationale – l’extension de la prime Ségur – et l’absence ou la faiblesse de financements régionaux pour la compenser. L’article de Solange de Fréminville , publié dans La Gazette des communes, montre comment cette prime de 183 euros nets par mois, étendue en août 2024 à l’ensemble des professionnels de la Branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale (Bass), fragilise lourdement des organismes déjà dépendants des subventions régionales.

À Reims, l’Institut régional du travail social (IRTS) de Champagne-Ardenne illustre cette impasse : 600.000 euros de charges supplémentaires non compensées, une trésorerie qui s’assèche, des risques de licenciements, et « zéro financement de la région Grand Est », comme le rapporte son directeur général, Stéphane Fournal.

En Pays de la Loire, le constat n’est guère plus rassurant. À l’Arifts, son directeur général Christophe Verron parle d’« alerte rouge » pour un secteur où la majorité des structures sont déjà passées dans le rouge. Pour son institut, la prime représente 630.000 euros de dépenses annuelles supplémentaires pour 165 salariés, sans prise en charge initiale de la région, ce qui a provoqué un déficit de plusieurs centaines de milliers d’euros. En 2025, le conseil régional a fini par accepter de financer 70% de la prime, pour les formations qu’il agrée et finance, laissant 30% à la charge de l’organisme, qui doit alors multiplier les recettes via l’apprentissage, la vente de formations et les réponses à des appels d’offres. Cette couverture partielle, sans rattrapage pour 2024, s’est traduite concrètement par une réduction des effectifs, avec le non-remplacement de quatre départs à la retraite.

Dans les Hauts-de-France, le plus grand IRTS de France paie, lui aussi, le prix de son développement au-delà des seules formations initiales subventionnées, notamment vers le numérique et la formation continue. Avec 225 salariés, la prime représente un surcoût annuel d’un million d’euros, mais la région ne finance, depuis 2025, que la part correspondant à 110 salariés, d’abord sans les charges sociales, puis en 2026 avec les charges, soit encore moins de la moitié du total. Son directeur général, Bertrand Coppin, se dit en quelque sorte « puni » de cette expansion, contraint de tailler dans les activités, en mettant fin à sept CDD du pôle numérique dès mars prochain.

Ce bras de fer financier se déroule sur fond d’autres incertitudes, notamment la baisse des aides à l’apprentissage et le flou autour du financement de la validation des acquis de l’expérience (VAE). Ces deux modes de formation constituent pourtant des ressources importantes pour ces établissements. Régions de France, par la voix de sa conseillère Laura Lehmann, estime que le coût total de la prime pour les écoles du travail social atteint plus de 14 millions d’euros en 2024 et plus de 15 millions en 2025, sans prise en charge étatique dédiée. Dans le Grand Est et dans d’autres régions qui ne financent pas la prime, il est redouté un véritable effondrement des formations en travail social, avec, à la clé, une aggravation des difficultés de recrutement et un affaiblissement de la prise en charge des personnes vulnérables. (Lire l’article de la Gazette Santé Social)

 


Adolescence : comment le téléphone change les codes amoureux

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Marine Lambolez (The Conversation)

Cet article, signé par Marine Lambolez, doctorante à l’ENS de Lyon, montre comment le téléphone portable et les réseaux sociaux sont devenus le cœur des relations amoureuses adolescentes.  Cela redéfinit ce que signifie « être en couple ». Les jeunes, qui se croisent chaque jour au collège ou au lycée, préfèrent souvent déclarer leurs sentiments et entretenir leurs relations derrière un écran, dans des échanges privés qui comptent autant que les moments vécus « en vrai ». Ces conversations en ligne permettent de contourner la peur des moqueries et du rejet, mais aussi de soigner ses mots, de jouer sur l’ambiguïté ou l’humour, et d’entretenir un flirt discret à l’abri des regards parentaux et de la cour de récréation.​

À travers des témoignages de collégiens, l’article donne à voir une nouvelle grammaire amoureuse où tout passe par Instagram, Snapchat et les stories. Demander un identifiant sur les réseaux, réagir avec un émoji précis, s’identifier sur une photo ou se « reposter » mutuellement deviennent des gestes lourds de sens, qui peuvent marquer le début d’un rapprochement, voire l’officialisation d’un couple. Pour certains jeunes, la relation peut même être considérée comme sérieuse sans rencontre physique, ce qui montre à quel point l’intimité numérique est intégrée à leur façon d’aimer..​

Cet article publié par The Conversation nous en apprend aussi un peu plus sur le rapport très particulier des adolescents au contrôle du téléphone au sein du couple. Une large majorité des jeunes interrogés se disent prêts à laisser leur partenaire consulter leurs messages, partager leur code et laisser l’autre « fouiller » leur appareil, au nom de la fidélité et de la transparence. Plusieurs témoignages montrent que ce droit d’accès est vu comme une preuve d’amour, au point que vouloir garder une part d’intimité en ligne peut être interprété comme un signe de tromperie. Cette logique s’articule avec une jalousie parfois assumée. Certains estiment que la vérification des contacts et la surveillance des abonnements sur les réseaux confirment l’attachement du partenaire.​

Mais l’article rappelle aussi les risques qui accompagnent ces pratiques. Il s’appuit notamment sur le violentomètre, qui qualifie de comportements violents le fait de contrôler les sorties, fouiller les messages ou manifester une jalousie permanente. L’auteure évoque d’autres formes de cyberviolence susceptibles d’entacher les relations amoureuses adolescentes. Elle parle de la divulgation de contenus intimes, du harcèlement en ligne ou des montages photos humiliants. Plutôt que de condamner globalement l’usage des réseaux sociaux, Marine Lambolez invite à sortir de la stigmatisation pour permettre une véritable éducation aux usages numériques et aux relations respectueuses, dès les premières expériences amoureuses, quel que soit l’âge d’obtention du téléphone. (lire l’article sur The Conversation)

 


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Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’aide régulièrement à la réaliser.

 

Photo générée par Genspark (IA)

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