Bonjour et bienvenue à cette revue de presse qui vous emmène tour à tour dans le quotidien budgétaire de Virginie, éducatrice spécialisée du Jura puis dans l’engrenage du mal‑logement et enfin dans les zones d’ombre du numérique, là où de nombreux jeunes peinent encore à s’orienter malgré le mythe des « digital natives ». Que vous soyez travailleur social, décideur, militant, étudiant ou simplement curieux des réalités sociales d’aujourd’hui, cette sélection vous offre de quoi nourrir vos réflexions, vos pratiques et peut‑être vos engagements… Sans oublier les multiples liens susceptibles de vous intéresser… Bonne lecture !
Virginie, éducatrice spécialisée, 2 500 € net par mois après 20 ans de carrière
Dans la nouvelle série du Média Social « Paye ta vocation ! », des travailleurs sociaux détaillent leur fiche de paie, leur parcours et les arbitrages du quotidien. La parole est donnée à Virginie, éducatrice spécialisée dans le Jura, 49 ans, forte de plus de vingt ans de carrière. Elle détaille pour nous son salaire – 2500 à 2600 euros net par mois – et la manière dont son pouvoir d’achat s’est érodé au fil du temps. Elle raconte comment, au début de sa vie professionnelle, ce revenu lui semblait confortable, presque « riche », avant que l’inflation, la fiscalité et le gel des grilles ne viennent grignoter progressivement ses marges de manœuvre. Au fil de son témoignage, elle décrit un quotidien fait d’arbitrages permanents : le coût de l’essence pour de longs trajets domicile-travail, les crédits pour la voiture et le logement, les dépenses de santé mal remboursées, et la nécessité de compter sur le salaire plus élevé de son conjoint pour souffler un peu.
Virginie évoque aussi ses inquiétudes pour l’avenir, en particulier la retraite : avec une carrière déjà bien entamée, elle se dit « coincée », bloquée au dernier échelon, condamnée à un salaire qui n’augmentera plus vraiment tandis que l’âge de départ recule. Elle confie se priver chaque mois pour mettre de côté et espérer partir avant 69 ans, quand certaines anciennes collègues sont obligées de reprendre des CDD pour compléter une pension insuffisante.
Au-delà de sa situation personnelle, elle alerte sur l’attractivité du métier : des jeunes diplômés qui partent au bout de quelques mois, des recrutements au Smic pour des postes exigeant un bac + 3, des remplacements assurés par des personnels non diplômés « faisant fonction », et, en toile de fond, la crainte de ne plus pouvoir « faire tourner » les établissements faute de professionnels qualifiés.
Militante syndiquée, passée par le comité d’entreprise, elle appelle les travailleurs sociaux à « devenir acteurs » de leurs revendications et à ne plus « courber la tête » face à la dégradation des conditions de travail et de rémunération. Son témoignage, tout en nuance, oscille entre culpabilité de « se plaindre » et colère devant la perte de reconnaissance d’un métier où la vocation a longtemps servi de paravent à l’usure et aux sacrifices. En conclusion, Le Média Social explique le sens de la série « Paye ta vocation ! » : documenter, par des récits incarnés, ce que signifient concrètement un salaire, un budget et des renoncements dans le travail social aujourd’hui. Bravo pour cette initiative ! (lire l’article du Média Social – accès libre)
Le mal-logement, une « spirale inquiétante » qui aspire plus d’un million de personnes
Ce podcast de France Culture consacré au mal-logement s’appuie sur le rapport de la Fondation pour le logement des défavorisés. Il rappelle que plus d’un million de personnes en France n’ont pas de logement personnel et sont prises dans une « spirale inquiétante » : elles vivent à la rue, en squat ou bidonville, en hébergement d’urgence, à l’hôtel ou chez un tiers. Les auteurs Manuel Domergue et Christophe Robert, insistent sur le caractère particulièrement inacceptable de ces situations en hiver, entre personnes dormant dehors, coupures d’électricité et de gaz. Les records sont atteints en matière de précarité résidentielle.
Le rapport met en avant des chiffres particulièrement alarmants : 350.000 personnes sont aujourd’hui sans domicile, soit un doublement en dix ans, tandis que un million deux cent mille ménages ont subi des coupures d’énergie en 2024. Ce sont des pratiques qualifiées « d’un autre temps » par la Fondation. Un record est également atteint pour les expulsions locatives avec concours de la force publique, plus de 24.500 en un an, sans qu’une solution alternative ne soit systématiquement proposée aux personnes âgées, malades ou aux familles avec enfants. Christophe Robert dénonce le fait que les ministres du Logement, Vincent Jeanbrun et Guillaume Kasbarian, se félicitent de ces expulsions, et appelle à faire du logement une composante à part entière de la protection sociale, avec un effort massif sur les logements très sociaux.
Et puis il y a ces réalités comme la surreprésentation des migrants et demandeurs d’asile parmi les personnes à la rue. Il est fait état des jeunes exilés campant à Lyon. Autre réalité : le « mal-logement invisible » de l’hébergement contraint chez un tiers, qui concerne plus de 600.000 personnes. Manuel Domergue décrit la diversité de ces situations : jeunes chez leurs parents, ex-conjoints contraints de cohabiter, jeunes sortant de l’ASE, personnes exilées, ou familles entières hébergées chez un proche, comme Sophie, 53 ans, gravement malade, logée chez sa sœur après avoir dormi dans sa voiture et à l’hôtel.
La Fondation avertit des risques de ces accueils précaires (expulsions informelles, privation de liberté, violences physiques ou sexuelles…) Elle appelle à lutter contre la pénurie de logements accessibles. (lire l’article ou écouter le Podcast de France Culture)
Lire aussi
- Le rapport 2025 de la Fondation pour le logement des défavorisés
- Mal-logement : « Il y a un manque de volonté politique », affirme Manuel Domergue, membre de la Fondation pour le logement des défavorisés | franceinfo
- « Une année noire » : ce qu’il faut retenir du rapport annuel de la Fondation pour le logement des défavorisés | franceinfo
- Cette forme de mal-logement est invisible mais elle concerne 600 000 Français | HuffPost
Illectronisme : les difficultés des jeunes face au numérique
Non les jeunes ne sont pas systématiquement à l’aise avec le numérique ! C’est ce qui ressort d’un article publié sur The Conversation par Jimmy Bordarie, docteur et maître de conférences, et Audrey Damiens, maître de conférences en droit privé à l’université de Tours. Tous deux déconstruisent l’image rassurante d’une jeunesse naturellement à l’aise avec le numérique. Ils rappellent les résultats de l’Observatoire Pix : moins d’un étudiant sur deux atteint le niveau de compétences numériques attendu en fin de licence, ce qui interroge fortement le mythe des « digital natives ».
Les deux universitaires s’appuient sur les données de l’Insee pour montrer l’ampleur du phénomène : environ 15,4% des Français de plus de 15 ans, soit près de 8 millions de personnes, seraient en situation d’illectronisme total, tandis qu’environ 30% présentent un illectronisme partiel. Les auteurs soulignent que, si les plus de 75 ans sont les plus touchés, près d’un jeune de 15 à 24 ans sur cinq a des compétences numériques faibles, et que plus de la moitié des étudiants en fin de licence n’atteignent pas le niveau requis pour la poursuite d’études ou l’insertion professionnelle.
Ils mettent en avant les facteurs sociodémographiques : niveau d’études, niveau socio-économique, mais aussi dimensions psychologiques comme le sentiment d’auto-efficacité, l’anxiété vis-à-vis du numérique ou le « technostress », ainsi que le rôle des stéréotypes de genre et de la stigmatisation des jeunes dits « offline ».
Enfin, les deux auteurs élargissent la réflexion aux enjeux juridiques et environnementaux associés au numérique, qui nécessitent eux aussi des compétences spécifiques. Ils rappellent l’importance de comprendre les règles relatives à la vie privée, à la désinformation, au cyberharcèlement, au télétravail ou au droit à la déconnexion. Ils nous alertent sur l’empreinte environnementale du numérique en France, déjà élevée et en forte croissance, notamment en matière de consommation énergétique et d’eau des data centers. En conclusion, ils appellent au développement d’une véritable littératie numérique, c’est-à-dire d’une éducation aux médias et au numérique pour toutes et tous. Ils nous invitent à évaluer nos propres compétences via l’outil Pix. (lire l’article de The Conversation)
« Illectronisme, cette inégalité face au numérique » (C dans l’air, avril 2023).
Lire aussi
- Parcoursup pénalise les travailleurs sociaux | Le Canard Enchaîné
- « Maintenant ça peut arriver à tout le monde » : de plus en plus de sans-abris en France, et Rouen ne fait pas exception | France Bleu
- Assistants sociaux, éducateurs… Les formations du social rénovées pour la rentrée 2026 | L’Étudiant
- Loyers, habitat social, sans-abris : comment les villes peuvent agir contre la crise du logement | Basta!
- Familles de dealers expulsées : « Le logement social n’est pas une base arrière pour le trafic de drogue », nuancent les bailleurs sociaux | France 3 Régions
- « Parfois j’ai envie de pleurer » : quand la vieillesse creuse les inégalités en banlieue | France 3 Paris Île-de-France
- « Une discrimination » ? Le business des conciergeries médicales qui vous obtiennent des rendez-vous interroge | RMC / BFMTV
- « Sous couvert de refondation », le projet de loi sur la protection de l’enfance opère un basculement économique (1/2) | Enfance Jeunesse Infos
- Face à la hausse des divorces et des familles monoparentales, LFI propose d’instaurer de nouveaux « droits à l’amitié » | La Dépêche
- Austérité : 270 travailleurs sociaux menacés par le dépôt de bilan de leur association en Occitanie | Révolution Permanente
- Quand l’école n’accroche pas | France Culture
- La santé mentale, grande cause nationale : « C’est 1,65 euro par patient dans le budget », tacle une députée de la Sarthe | France Bleu
- Armelle et le retour des agences matrimoniales | France Bleu
- France Travail : Thibaut Guilluy promet plus d’accompagnements intensifs en 2026 | Banque des Territoires
- Intelligence artificielle et travail social : quels enjeux ? | Tisselia
- « Le choix des familles » : 50 établissements français distingués pour l’accueil bienveillant des enfants | Ministère des Solidarités
- Santé publique France sous tutelle politique : la prévention en danger| AIDES
- Donnez votre avis en ligne pour les États généraux de la santé et de la protection sociale | Mutualité Française
et dans la presse pro… (abonnés)
- [Municipales] Pourquoi les communes ont un rôle à jouer contre la pauvreté | Le Média Social
- Départements : les dépenses d’aide sociale à l’enfance continuent d’augmenter fortement | Le Média Social
- Le « continent méconnu » de l’hébergement contraint, angle mort de la crise du logement | Banque des Territoires
- Jeunes majeurs : l’effectivité encore très relative de la loi Taquet | ASH
- Enfants protégés : faire évoluer les pratiques à l’heure de l’IA | ASH
- Un kit pratique pour rendre effectif le droit de vote des citoyens sous tutelle | La Gazette des communes
- Des consultations de généralistes au sein du CCAS de Marly, dans le Nord | La Gazette des communes
- Jeunes majeurs de l’ASE : la loi Taquet appliquée qu’à la marge, quatre ans après | Enfance Jeunesse Infos
- Mineurs non accompagnés : la France de nouveau condamnée sur la détermination de l’âge | Enfance Jeunesse Infos
Vous êtes allé(e) au bout de cette revue de presse ? Bravo et merci ! Merci aussi à Michelle Flandre qui m’a aidé à la réaliser.
Photos : DepositPhotos


