Parcoursup : L’« employabilité » organise un nouveau déclassement des travailleurs sociaux

[current_page_url]
surpris

canard enchaineUn article récent signé Lauriane Gaud et publié dans Le Canard enchaîné, étrille la façon dont Parcoursup traite les formations en travail social. Elles sont reléguées en queue de vœux comme un lot de consolation pourrait-on dire. On y retrouve les filières d’éducateur spécialisé, d’accompagnant en crèche, de conseiller en économie sociale et familiale ou d’assistant de service social, essentielles auprès des enfants placés, des jeunes en difficulté et des personnes en situation de handicap. Mais pour nombre de lycéens et d’étudiants, ces cursus n’arrivent qu’en dernier, au terme d’un parcours d’orientation qui ressemble davantage à une pénitence qu’à un choix.

Depuis 2018, les centres de formation voient défiler des cohortes d’étudiants qui décrochent dès le premier stage. C’est le moment où pour la première fois ils sont confrontés à la dureté du quotidien sur le terrain. Résultat des courses, entre faiblesse des recrutements et abandons : plus de 30.000 postes restent vacants dans les établissements sociaux et médico-sociaux, signe d’un secteur épuisé. Parcoursup ne contribue guère à rendre attractif. Il faut inclure dans cette réalité les professionnel(le)s diplômé(e)s qui partent en silence et abandonnent leur métier.

Une alerte avait pourtant été lancée en avril 2025 par la députée PS Isabelle Santiago. Rappelez-vous, elle demandait, dans un rapport au vitriol sur l’aide sociale à l’enfance, que ces filières soient purement et simplement retirées de la plateforme. Ignorée, sa recommandation n’a pas été suivie d’effet.

Au boulot sans attente du diplôme

Pire même, six mois plus tard, un arrêté ministériel rabote la valeur des diplômes au nom de l’« employabilité ». À partir de la rentrée 2026, des étudiants n’ayant validé que leur première année sur trois pourront être embauchés comme « faisant fonction » d’éducateurs, avec à peine un tiers des compétences requises.

Les syndicats ont beau rappeler qu’accompagner un enfant placé ou une personne porteuse d’un handicap psychique ou moteur suppose une solide spécialisation, leur opposition reste lettre morte. Pendant ce temps, l’Unaforis, principale association d’employeurs du social et du médico-social, se satisfait de la situation.

Pourtant, cela va produire une main-d’œuvre bon marché, peu formée, dans un secteur en tension. Voilà qui arrange bien des comptes. Et les plus fragiles, eux, auront droit à un accompagnement assuré par des professionnels encore en rodage. Tiendront-ils la cadence entre études et travail ? A quel prix ? voilà des questions qu’il serait bon de se poser.

Une mission sans moyens (et une de plus !)

Interpellée le 7 janvier à l’Assemblée nationale sur le devenir du rapport sur l’ASE, la ministre de la Santé, de la Famille et de l’Autonomie, Stéphanie Rist, a annoncé avoir « lancé une mission » sur la réforme. Elle n’a apporté une nouvelle fois aucun détails sur ses objectifs ni sur les moyens alloués. Un silence qui pèse lourd, un peu comme une situation de plus à classer au fond d’un tiroir administratif. Histoire qu’on l’oublie.

Que peut apporter de plus une telle mission ? Après un livre vert, un autre blanc issus tous deux du Haut Conseil du Travail Social , un rapport parlementaire sur l’aide sociale à l’enfance, celui de l’avis du Conseil Économique Social et environnemental (CESE) sur les métiers de la cohésion sociale… C’est à se demander qui se moque de qui.

 

 


Photo : Freepik

Articles liés :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.