Point de vue | Ludwig Maquet : Sur le mouvement de la jeunesse, éclairer les violences

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Une violence inouïe s’abat sur notre jeunesse, sur nos enfants avec pour fond les revendications des lycéens, étudiants et professeurs. Une répression disproportionnée face à des lycéens qui ne demandent qu’à étudier, à se saisir de leur avenir. Les vieux marronniers sont à nouveau brandis : violence des jeunes, perte des valeurs et de l’autorité et j’en passe. Si l’on peut entendre qu’il soit nécessaire de sanctionner les dégradations, les agressions sur du matériel ou des adultes, il est tout aussi nécessaire de sanctionner les dérapages de la police afin de montrer l’exemplarité et de restaurer une justice. Sanctionner est une chose, punir et se venger en est une autre. Cependant, diffuser les images de violence occulte le fond des difficultés structurelles et systémiques qui couvent depuis longtemps et qu’une étincelle a suffi pour mettre le feu aux poudres.

Dans cet état d’émotion où il n’y a plus raison garder me vient l’idée, ou tout du moins de tenter, d’éclairer ces faits sociaux. Cela étant dit, notre jeunesse ne mérite pas des yeux crevés et des mains arrachées. La colère des lycéens se transformerait en violences urbaines ? Cela serait malheureusement d’une actualité récurrente, faisant penser selon certains points de vue à un « ensauvagement » de la société, à des pertes de repères, d’un déclin des valeurs morales.

Il faudrait rentrer dans le rang et accepter sa classe sociale. Il n’y a rien de nouveau dans les propositions actuelles en direction de notre jeunesse et des classes sociales défavorisées, ce sont toujours les mêmes vielles recettes. D’ailleurs, les dernières décennies ont vu les sociétés devenir de plus en plus répressives, avec la punition comme passion contemporaine (Fassin, 2017).

Nous vivons dans une société punitive, de contrôle social et de coercition.

Face à la révolte lycéenne, des questions se doivent d’être posées avec raison, débarrassées de l’émotionnel. Pas facile. Qu’est ce que la violence et de quoi est-elle le nom sinon le symbole ? Qu’en est-il de cette fameuse violence des jeunes ? Quid des violences institutionnelles et policières ? De quelle manière éclairer les passages à l’acte violents sur fond de frustrations et de précarité sociale ? Comment comprendre l’insécurité que vit une partie de la population française dont la jeunesse ? Vastes questionnements pour qui voudra bien s’atteler à cette réflexion et la compléter car elle sera là très certainement incomplète.

Qu’est-ce que la violence ?

violence
Freepik

Définir la violence me semble une base primordiale. Elle est souvent oubliée sur les plateaux télé qui partent du postulat que seule la population, ici la jeunesse face aux forces de l’ordre est violente. Or cela me parait important de :contextualiser ce terme générique. Ne serait-ce que pour rappeler que la violence n’est pas uniquement et premièrement celle d’une jeunesse défavorisée et que les violences policières doivent, elles aussi, être mises en lumière.

Que nous dit le philosophe Yves Michaud ? La violence est à l’œuvre quand, « dans une situation d’interaction, un ou plusieurs auteurs agissent de manière directe ou indirecte, massée ou distribuée, en portant atteinte à un ou plusieurs autres à des degrés variables soit dans leur intégrité physique, soit dans leur intégrité morale, soit dans leurs possessions, soit dans leurs participations symboliques et culturelles »(Michaud, 2012).

À travers le temps, l’espace et les relations humaines, elle a existé de la préhistoire à nos jours et sa gestion est intimement liée à la construction d’un État. La violence serait en nous, selon Hobbes, avançant sa théorie de l’état de nature, arguant que « l’homme est un loup pour l’homme » et que le rôle de « l’État-Léviathan » est de mettre fin aux conflits en instaurant un ordre social « policé » (Hobbes, 1651). La mission première de tout système est d’ailleurs d’assurer la sécurité des citoyens, ce pour quoi l’État détient le monopole du recours à la force, toute disproportion gardée ! L’État instaure ainsi une violence institutionnelle, mais se doit de maitriser ce monopole au risque d’en être délégitimé. C’est ce qui se passe actuellement.

Il est temps maintenant de se pencher sur cette fameuse violence des jeunes, qui seraient toujours plus violents.

La violence des jeunes, un vieux marronnier

Nous subissons, à en croire les discours politiques, un véritable ensauvagement barbare de notre société, les jeunes étant de plus en plus violents. Vieux marronnier. Mais notre société est elle-même traversée par les violences qu’elle génère. Par les exclusions sociales et spatiales, par les difficultés liées à l’emploi. Cela est favorisé par une inflation de la précarité, de la désaffiliation et de la pauvreté.

violences urbaines
Photo : capture d’écran du JT de France 2 vendredi 30 juin 2023

Si « la violence des jeunes » est un sujet qui occupe de façon quasi quotidienne l’actualité, cela alimente les discours catastrophistes sur un certain rajeunissement et la violence des mineurs délinquants. C’est un fait que la violence des jeunes a toujours été un sujet d’actualité. Celle-ci varie dans le temps et l’espace, selon les logiques sociales et culturelles.  D’ailleurs, la connaissance de la violence dépend des capacités d’obtenir des données à ce sujet et il devient plus difficile que par le passé de minorer ou de surestimer les faits de violence, étant donné que nous avons plus d’instruments de mesure aujourd’hui.

En revanche, nos sociétés seraient amnésiques au regard de l’histoire. Bien que la délinquance juvénile évolue avec la société, elle ne connaît pas non plus de « révolution ». Elle a eu à chaque époque ses dénominations : apaches, blousons noirs, racailles.

Il n’y a pas plus de violences dans la société d’aujourd’hui par rapport à celle d’il y a vingt ou trente ans : la délinquance des mineurs diminue en France mais ce sont les actes les plus violents qui augmentent. En effet, depuis 2016, « le nombre de mineurs poursuivis par la justice a baissé de 25 %, les actes violents, très minoritaires mais médiatisés, augmentent » (Bisseau, 2025). La question à se poser serait sans doute celle de notre tolérance à l’égard de la violence, de sa gestion et de la diminution des moyens pour y faire face. Posons-nous la question des facteurs concourant à la violence des jeunes et à sa gestion plutôt que lancer des idées parfois caricaturales.

Il est établi qu’au départ d’une violence se trouve une colère, une frustration, des sentiments de désespoir ou de rejet, une souffrance. Lorsque les mots se taisent, les sentiments débordent et la violence est alors une réponse afin d’exprimer ce qui ne peut se dire par la parole. Les frustrations, les manques d’écoute et / ou de reconnaissance peuvent devenir source de violences verbales et physiques, de la part des populations envers des matériels symboles de la représentation de l’Etat mais aussi de ses représentants.

Cette violence, ici des jeunes, est consécutive à la violence institutionnelle, structurelle perçue : manque de moyens humains et financiers, avenir incertain, défaut d’écoute, etc. En ce sens, l’agressivité, les violences sont résultantes de multiples facteurs de risques psychologiques et sociaux, qui se conjuguent dans une situation, comme le souligne Laurent Bègue-Shankland (sciences humaines, 2025). Comprendre les racines sociales, économiques et psychologiques de la violence est essentiel pour mieux y faire face.

De cette façon, les facteurs sociaux de la violence regroupent ainsi les inégalités économiques, les discriminations et exclusions sociales, l’influence des médias, le milieu social, l’éducation et la scolarisation. Les facteurs dits psychologiques sont quant à eux regroupés sous les appellations des troubles mentaux, des traumas et abus, de l’impulsivité et du contrôle des émotions, des attitudes et des croyances, et enfin de l’influence des pairs.

Des déclencheurs de la violence chez l’enfant et l’adolescent

enfant enerve devant ecran
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Ces facteurs ne fonctionnant pas isolément, ce sont souvent leurs interactions qui influencent les comportements. Édith Tartar-Goddet (2006) revient sur certains déclencheurs de la violence qui se distinguent chez l’enfant et l’adolescent. Je rappelle donc ici que dans nos lycéens ce sont…des ados !

En effet, il y aurait des déclencheurs communs au petit enfant et à l’adolescent : fonctionnements psychiques de type pulsionnel, incapacité d’élaborer des ressentis pouvant favoriser les passages à l’acte, mais aussi l’influençabilité et l’étiquetage, les expériences de vie familiale et scolaire déstabilisantes et négatives, ou encore une estime de soi qui peut être inexistante, ou du moins dévalorisée.

Certains facteurs sont propres à l’adolescence et méritent aussi d’être pris en compte. Il peut s’agir d’un fonctionnement psychique marqué par l’illusion, de relations difficiles ou agressives avec les pairs, parfois teintées d’ambiguïté ou de dualité. On peut aussi observer une image de soi dévalorisée, un manque d’empathie, des difficultés à communiquer ou à exprimer ses ressentis et ses émotions. Des passages à l’acte, des comportements à risques, la transgression des règles et des lois, ou encore un mal-être physique ou psychologique persistant peuvent également être présents.

Par ailleurs, l’adolescent est souvent décrit comme un « écorché vif ». Il est confronté à des sentiments d’injustice et de frustration. Tout cela mobilise une grande partie de son énergie pour satisfaire ses pulsions. Les écrans, dans ce conflit ici présent, parait-il, tiendraient aussi un rôle.

Les écrans rendent-ils violents ?

jeune homme enerve avec son smartphone
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La question est posée devant la prolifération des images chocs circulants et amplifiant sans doute des émotions débordantes. Elles ont un poids, elles servent une cause. C’est le combat de l’image faisant dire que les réseaux sociaux peuvent rendre violent ou amplifier la violence. La consommation et diffusion en boucle d’images violentes entraînerait un comportement violent, idée partagée dans l’opinion.

Il y a ici une thématique récurrente d’un monde en évolution permanente, de plus en plus imprégné d’images et d’immédiateté communicationnelle. De nombreux auteurs se sont d’ailleurs penchés sur la question. Xavier Molenat (Meyran, 2006) souligne que les médias audiovisuels n’ont pas attendu ces dernières années pour s’exprimer sur le sujet, citant Monique Dagnaud, sociologue des médias et des réseaux sociaux, qui de son côté rappelle que dès les années 1920 était repérée « une corrélation entre délinquance juvénile et fréquentation des salles obscures » aux États-Unis.

Pléthore de recherches ont toujours existé sur le sujet. À de multiples recherches renvoient de nombreuses théories. Certains, comme Albert Bandura ont développé la théorie de l’imitation pure et simple, par la reproduction comportementale, l’effet de groupe, tandis que d’autres insistent sur l’effet de « désinhibition » ou de « banalisation ». Certains travaux de Jean Piaget en psychologie du développement ont mis en avant le processus imitatif comme rôle essentiel dans les apprentissages et la recherche sur les neurones miroirs donne aujourd’hui une validation neurologique à cette observation.

Un autre point de vue, complémentaire, est développé par Marc Augé, anthropologue (Meyran, 2006). Ce dernier parle de l’omniprésence des images au statut ambivalent. Elles pourraient ainsi contenir ou contribuer au passage à l’acte. Elles ont aujourd’hui des effets plus importants, dû à la démographie et à l’évolution technologique.

Oui, la violence des images formate une pensée, la multiplication des écrans rend possible une confrontation plus courante de l’enfant à la violence. Quatre effets majeurs ont d’ailleurs été rapportés lorsque l’on est confronté à une scène de violence, dont une possible augmentation des pensées et des comportements violents, un changement de l’humeur, une perte de l’empathie, des modifications physiologiques.

Passé cette contextualisation de la violence des jeunes, quid des violences institutionnelles et policières ?

Violences policières, de quoi parle-t-on ?

S’il est coutume de citer Helder Camara, évêque brésilien, il y aurait trois sortes de violences : « La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

la police contre la rueJe le disais en introduction, les dernières décennies ont vu les sociétés devenir de plus en plus répressives, avec la punition comme passion contemporaine. Il semble que discipliner, punir, instaurer un rapport de domination, territorialiser l’espace public et privé, les flux de circulation et parfois, exprimer une violence pure soient les différentes fonctions des violences policières.

Bien que l’usage de la force soit corrélé au pouvoir d’État, ces violences restent largement impensées. Selon le rapport annuel 2026 de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), Les tirs mortels de policiers sont en baisse en 2025 par rapport à 2024 avec 12 morts en 2025 contre 16 en 2024, après une nette hausse en 2022. En revanche, il y a eu 19% de blessés graves de plus l’an dernier par rapport à 2024.

Typologie des violences policières

S’intéresser aux violences policières nécessite de catégoriser les actes définis comme tels. Cela interroge, dans le sens où la police est amenée à produire de la violence pour mener à bien ses missions.

Alors, quand parler de « violences policières » ? Il semblerait que l’on puisse définir comme des violences policières « des actes tels que l’atteinte à l’intégrité physique ou les violences faites aux biens, une privation de liberté arbitraire, un langage agressif, menaçant ou intimidant, des propos discriminatoires, mais aussi le comportement et l’attitude agressive des forces de police envers un citoyen » (policewatch, 2019).

Pour expliquer ces violences, la sociologue Géraldine Bugnon identifie quatre types de facteurs (Bugnon, 2011) : individuels, organisationnels, environnementaux et ceux propres aux interactions sociales. D’autres approches questionnent les causes structurelles, dans une difficile reconnaissance de celles-ci par L’État comme étant un phénomène systémique. Dès lors qu’il n’y a pas de reconnaissance, il n’y a pas de question à se poser et pire, nous assistons à des disqualifications, même lorsque les violences sont documentées (Alimi, 2023). Il est pourtant important de catégoriser et de construire une typologie des violences policières afin de les saisir et de les rationaliser. Dès lors, les violences policières ne se comprendraient pas comme de banales « erreurs », mais au contraire comme « des conséquences de mécaniques instituées, de procédures légales, de méthodes et de doctrines enseignées et encadrées par des écoles et des administrations » (Rigouste, 2012).

En outre, le rapport problématique entre la police et les habitants des « quartiers populaires », particulièrement les jeunes, est devenu central dans la compréhension des violences urbaines de ces dernières décennies (Fassin, 2020). Contrôles au faciès, injures racistes, accusations sans fondement, mensonges des policiers pour couvrir leurs abus de pouvoir constituent le quotidien des violences policières dans les cités, auxquelles s’ajoutent des violences plus invisibles.

La politique du chiffre et du rendement engendre des comportements et des faits par des policiers. Faute d’avoir des cas véritables de délinquance, ils sont amenés, souvent pour remplir des quotas, à faire des contrôles qui peuvent ensuite mal se passer.  Les « mises à mort » par les forces de l’ordre ne sont que l’ultime manifestation de ces discriminations et humiliations rappelant aux victimes leur citoyenneté de seconde classe.

Des cibles privilégiées ?

Ces pratiques policières s’inscrivent dans les politiques qui les rendent possibles. Ces dernières visent moins à protéger l’ordre public qu’un certain ordre social et les cités sont soumises à une exception sécuritaire où les pouvoirs et prérogatives des policiers sont étendus avec une réduction du contrôle démocratique sur leurs actions (Fassin, 2011).

Ces violences systémiques résultent donc de décisions délibérées. Que l’on pense aux violences ethnoraciales dans les quartiers populaires, aux répressions des manifestations politiques comme les Gilets jaunes ou les opposants à la réforme des retraites, ou encore aux tirs sur les conducteurs qui refusent d’obtempérer, l’État est toujours à la manœuvre, s’abstrayant de ses propres lois (Alimi, 2023).

Dans une société où le racisme continue de s’étendre, l’institution policière n’est en rien préservée. Il y a bien une violence d’État et un racisme institutionnel que la négation des faits perpétue : en France, presque toutes les personnes tuées dans ces conditions sont des hommes noirs ou arabes, parfois aussi des gens du voyage (Fassin, 2020).

CRS police en groupe
Photo : Bob White (CC BY-NC-ND 2.0) https://www.flickr.com/photos/ncbob/

Un pas a même été franchi avec la contestation de la détention provisoire d’un policier à la suite d’un passage à tabac. La police est-elle en train d’obtenir un régime d’exception au droit ?  Après leur garde à vue, des policiers incriminés ont été accueillis par les applaudissements de leurs collègues. Tenus par un des syndicats policiers majoritaires, Alliance marqué très à droite, les propos « guerre contre les nuisibles », en disent long sur l’état d’esprit de certains fonctionnaires de police.

Cela est sans compter avec la proposition de loi visant à reconnaître une présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre (policiers nationaux et gendarmes). Elle a été adoptée le 7 juillet dernier à l’assemblée et transmise au Sénat à l’heure d’écrire ces lignes. Selon Amnesty international et autres organisations, cette loi reviendrait à offrir un « permis de tuer » à la police.

Une loi portant ainsi atteinte à l’Etat de droit, la France étant l’un des pays où la police tue le plus. D’autres études contestent les chiffres de l’IGPN cités plus haut : en 2025, 49 personnes auraient été tuées en France à la suite d’une intervention des forces de l’ordre.  Pour l’année 2026, en seulement cinq mois, on en compte déjà 22 .

Enfin, Il semblerait qu’il soit légitime de remettre en cause les méthodes de gestion des mouvements de révolte par la police. Doit-on agir semblablement face à des adultes comme face à des enfants ? Doit-on agir différemment face à certaines catégories de manifestants ? Comment apprendre à désamorcer un conflit, à encadrer plutôt qu’à exacerber une colère ?

Conclusion

L’intérêt ici est bien de tenter de mettre en perspective quelques éléments de réflexion pour nous amener à une pensée plus complexe. Les facteurs sociologiques, économiques, les incertitudes, l’insécurité sur l’avenir, la précarité et la pauvreté en progression ne peuvent que favoriser une montée des peurs et des frustrations chez les populations défavorisées. Ici sur une jeunesse qui prend en main son avenir. Face à cette jeunesse, il reste néanmoins que les adultes représentants de l’ordre, qui ont les moyens matériels de garder ou de réprimer, se doivent être en mesure de graduer leurs actions. La répression semble se jouer sur des niveaux différents tant on n’agit pas de la même manière face à des lycéens ou à d’autres professions. Ce qui pose donc question. La lutte des classes, l’affrontement entre groupes sociaux aux intérêts économiques et politiques opposés au sein d’une société divisée, n’est pas un concept enterré et il serait intéressant de le mettre à nouveau en lumière.

En définitive, pour en revenir au mouvement de la jeunesse, nous nous devons d’être à côté de nos enfants et refuser les violences exercées contre eux. Les violences policières et la répression ne constituent pas des réponses adaptées. Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Qu’ils sont beaux ces jeunes, quelle est belle la jeunesse. Une jeunesse qui voudrait juste des profs dans les lycées quand la seule réponse est de réprimer.

Alors, dites-moi quel est ce pays qui rejoue la chasse à l’enfant aux cris de « Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! », un pays qui enferme plutôt que d’éduquer. Oui, au discours de la jeunesse de Jean Jaurès pour un apaisement des haines et l’engagement dans de grandes causes universelles, Victor Hugo disait qu’ouvrir des écoles, c’était fermer des prisons.

Ludwig Maquet est auteur de « Prévenir les violences et les risques psychosociaux » paru aux Presses de l’EHESP 

 


Note : Si, comme Ludwig, vous souhaitez publier une tribune sur un sujet de votre choix dans ma case intitulée « point de vue », n’hésitez pas à me contacter à l’adresse mail suivante : didier[@]dubasque.org (retirez les crochets « [ » et « ] » mis là pour éviter que des robots s’en emparent). J’étudierai avec plaisir votre proposition de texte. Merci à vous.

 

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