Vivre la sobriété dans nos consommations

Force est de le constater aujourd’hui, nous accumulons des biens de consommation inutiles, rapidement obsolètes, tout simplement parce que cela répond à des désirs pulsionnels de possession souvent peu rationnels. Les travailleurs sociaux sont bien placés sur ce sujet. Ils rencontrent régulièrement des personnes qui ont des intérieurs encombrés de 1000 objets plus ou moins utiles. Ces personnes rencontrent souvent des difficultés financières. Et nous avons au fond de nous une résistance à leur dire ce qui ne va pas de crainte de passer pour des donneurs de leçons normatifs au nom du droit de chacun de vivre à sa guise. Peut-être faudrait-il aborder ce sujet différemment.

La société de consommation atteint ses limites, la planète aussi

Alors que des milliards d’humains ne disposent pas du nécessaire pour vivre dignement, nous sommes confronté dans notre société à la surabondance des objets et des biens de consommation virtuels. Nous disposons de milliers de films à visionner et de musiques à écouter. Une vie ne suffit pas à explorer les possibilités que nous offre l’Internet. Les magasins rengorgent de produits plus ou moins utiles. Allez acheter une tablette de chocolat. Des dizaines et dizaines de marques et de compositions s’affichent sur les rayons. Il en est de même pour les lessives et de très nombreux produits du quotidien, même le lait qui n’est pas un produit transformé.

Je reviens d’un voyage à Cuba où j’y ai passé une dizaine de jours. Certes les gens sont pauvres mais ils ne sont pas misérables. Ils vivent comme dans les années 40 et 50 en France. En dehors de La Havane, beaucoup se déplacent avec des charrettes tirées par un cheval, d’autres sont en vélo, les voitures sont rares et anciennes. Elles ont subi de multiples réparations et affichent fièrement à leur compteur plus d’un million de kilomètres. Ici nous avons le contrôle technique qui empêche ou du moins  invite en permanence à changer de véhicule régulièrement sous peine d’avoir des frais de réparation très importants. A Cuba on ne jette pas. On répare systématiquement.

Il n’y a dans l’île aucun panneau publicitaire (sauf pour le régime en place), pas de McDonald et encore moins de super et hyper-marchés. Pourtant les personnes rencontrées, si elles souffrent de pénurie liées au blocus américain, ne semblent pas plus malheureuses que de nombreux français. Est-ce lié au climat, à la musique le soir et en journée ? au rhum qui coule à flots ? Certes les excès de l’alcoolisme a des effets ravageurs mais on ne peut dire que la société cubaine dont le modèle de consommation semble archaïque pour les occidentaux soit un frein au bonheur de vivre. (Le taux d’alphabétisation à Cuba est plus important qu’en France. Les soins sont gratuits et efficaces malgré la pénurie de médicaments liée au blocus). Il y a aussi des travailleurs sociaux formés à la prévention et au développement communautaire. Ils sont là bas considérés comme importants avec des missions essentielles.

Mais revenons à notre sujet du jour. Comment être sobre dans nos consommations ?

Connaissez vous l’effet Diderot ?

Le célèbre encyclopédiste du 18ème siècle a découvert, un peu par hasard, un des mécanismes de la consommation. Ce penseur s’est rendu compte que l’acquisition d’un objet peut soudainement entraîner l’achat de plusieurs autres. Préoccupé par les dépenses qu’il jugeait inutiles, il a commencé à étudier ce qu’il se passait. Après avoir acheté un manteau ou plutôt un vêtement d’intérieur particulièrement beau à son goût, il s’est rendu compte que son nouveau vêtement détonnait avec ce qu’il possédait déjà. Cela lui a donné envie d’améliorer son intérieur . Selon ses mots, il n’y avait « plus de coordination, plus d’unité, plus de beauté » entre sa robe et le reste de ses objets. Le philosophe a vite ressenti le besoin d’acheter de nouvelles choses à la hauteur de la beauté de son nouveau  vêtement. Il a remplacé son ancien tapis par un nouveau de Damas. Il a décoré sa maison avec de belles sculptures et une meilleure table de cuisine. Il a acheté un nouveau miroir à placer au-dessus du manteau et sa «chaise en paille a été reléguée dans l’antichambre par une chaise en cuir». Cette façon de consommer des objets et de considérer les anciens comme dépassés ou bien moins beaux et utiles fonctionne tout autant aujourd’hui.

Nous sommes sans cesse invités à réaliser des achats complémentaires au produit initial. Une nouvelle table demande de nouvelles chaises, une nouvelle voiture s’accompagne de son lot d’accessoires etc. etc. Internet est d’ailleurs à ce sujet expert pour vous inviter à acheter des produits complémentaires à votre premier achat.

L’acte d’achat répond aussi à des désirs profonds et produit dans notre cerveau de la dopamine. C’ est un neurotransmetteur, un composé chimique libéré par les neurones. Créée dans diverses parties du cerveau, elle est essentielle pour toutes sortes de fonctions cérébrales, y compris la pensée, le déplacement, le sommeil, l’humeur, l’attention, la motivation, la recherche et surtout la récompense. La dopamine n’apporte pas le plaisir mais la recherche du plaisir ce qui n’est pas la même chose.

Les limites sont atteintes

Le bilan que nous commençons tout juste à tirer d’un demi-siècle de consommation de masse n’est pas réjouissant. On nous promettait de l’épanouissement personnel et collectif ; nous avons  eu l’endettement, les crédits, mais aussi les délocalisations, les destructions d’emplois. Le futur nous annonçait une  consommation infinie : nous sommes aujourd’hui face aux pesticides, aux pollutions diverses, aux perturbateurs endocriniens. Pire même les espèces végétales et animales disparaissent, Le réchauffement climatique nous annonce d’énormes difficultés sociales et environnementales. Il est plus que temps d’arréter de consommer comme nous le faisions par le passé. La consommation telle qu’elle nous est imposée n’est plus un plaisir, mais une contrainte, une obligation, voire une aberration qui vise à maintenir et à développer le système économique en place.

Comment se détacher des biens de consommation qui nous envahissent et n’apportent que des satisfactions factices ?

Vivre la sobriété ne veut pas dire faire voeux de pauvreté.  Il faut d’abord accepter de différer notre achat et ne plus répondre à cette pulsion intérieure d’immédiateté qui apparaît lorsque nous souhaitons posséder un objet.  Il s’agit de se donner le temps de la réflexion. C’est plus facile à écrire qu’à mettre en œuvre, Notamment pour les personnes qui connaissent une intolérance à la frustration et ne peuvent souvent rien différer en agissant en permanence sur l’instant présent. C’est le cas de certaines personnes accompagnées par les travailleurs sociaux, notamment les jeunes addicts aux marques et aux produits qui leur donnent le sentiment d’être comme tout le monde. Il est pourtant toujours utile de se poser des questions : ai-je vraiment besoin de ce produit ? quel usage va-t-il avoir, m’est-il si indispensable et que va-t-il m’apporter ? Enfin ce nouveau produit va-t-il en remplacer un autre qui fonctionne toujours ? Répondre a ces questions vous sera utile et vous permettra de bien réaliser la pertinence de votre achat futur.

Il faut ensuite combattre l’effet  Diderot précédemment décrit. pour cela, il faut limiter tout ce qui stimule votre envie de consommer notamment les déclencheurs de publicités sur votre smartphone ou votre ordinateur. Ces publicités ciblés en fonction de vos achats précédent activent l’effet Diderot en vous proposant des produits en cohérence avec vos achats précédents ou vos centres d’interêt. C’est le toujours plus. Une application peut à ce sujet vous être utile : adguard

D’autres conseils peuvent être prodigués : Achetez et donnez. Chaque fois que vous effectuez un nouvel achat, offrez quelque chose à quelqu’un qui en a vraiment besoin. Vous achetez  une nouvelle télé ? Donnez  l’ancienne plutôt que de la déplacer dans une autre pièce. L’idée est d’empêcher la croissance du nombre d’objets dans votre domicile 

Essayez de passer un mois sans acheter quelque chose de nouveau, si ce n’est l’alimention et l’essence pour vous déplacer. Ne vous permettez pas d’acheter de nouveaux articles pendant 30 jours. Au lieu d’acheter une nouvelle tondeuse à gazon, partagez en une avec votre voisin. Procurez-vous votre nouvelle chemise à la friperie plutôt qu’au grand magasin. Plus nous nous limitons, plus nous devenons ingénieux et faisons de reelles économies.

A ce sujet beaucoup de personnes allocataires des minimas sociaux ont développé une ingéniosité et une capacité à se fournir en biens de consommation à prix très réduits sans forcément rogner sur la qualité. Le Bon Coin, les magasins d’occasion permettent de consommer sans introduire de nouveaux produits dans le circuit. Bref il existe de nombreuses possibilités pour limiter la production d’objets nouveaux et le recycleries peuvent apporter aussi leurs lots de satisfaction anti gaspillage. Ce n’est pas bon pour l’économie dirons certains. Et alors ? faut-il continuer de se gaver pour faire marcher le commerce ?

Je m’arrète là sur ce sujet. Il y a encore beaucoup à faire pour limiter nos consommations et les rendre plus raisonnables. Au final, cela concerne tout le monde quels que soient nos revenus. Il me semble qu’un mouvement de fond se développe silencieusement  à la grande frayeur des hypermarchés qui s’inquiètent pour leur chiffre d’affaire et leurs bénéfices. Le changement de paradigme viendra des citoyens qui face à l’urgence climatique, développeront de nouvelles façons de consommer et se limiteront volontairement.

3 ouvrages pour vous convaincre

Mais pourquoi j’ai acheté tout ça !?

J’arrête de surconsommer ! – 21 jours pour sauver la planète et mon compte en banque !

Comment j’ai arrêté de CONsommer

 

photo : Gratisography

 

 

 

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2 réponses

  1. bonjour, je conseille fortement de lire René Girard qui théoriser le concept de mimétisme sur le quel est basé notre belle société du progrès! passionnant instructif, voir fondamental pour comprendre le mécanisme de la surconsommation à laquelle je ne me suis soustrait qu’en quittant la région parienne par ailleurs!!

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