violences conjugales: quand les enfants les reproduisent / contre la levée du secret médical / 92 : des travailleurs sociaux manifestent pour leurs métiers

Violences conjugales : quand les enfants reproduisent les comportements

Claire Metz, Maitre de conférences, HDR Psychologie clinique, et Anne Thévenot Professeure de Psychologie et de psychopathologie cliniques, toutes deux de l’université de Strasbourg, signent un article intéressant sur le mimétisme de certains enfants vis à vis du parent maltraitant. Elles émettent l’hypothèse, appuyée par leurs recherches récentes, que, sans accompagnement dédié, l’enfant peut s’identifier à l’agresseur et que la violence conjugale peut se reproduire de génération en génération.

Déjà en 2001, le rapport Henrion précisait que «Lors des scènes de violences, les enfants adoptent différentes attitudes : la fuite, l’observation silencieuse ou l’intervention. Comme pour leur mère, la violence conjugale a de nombreux impacts sur leur santé. » Mais l’ hypothèse principale développée par les deux chercheuses est que l’exposition aux violences conjugales peut entraîner chez l’enfant une identification à l’agresseur, notion étudiée par la psychanalyste Anna Freud et son confrère Sandor Ferenczi contenant un risque conséquent de transmission transgénérationnelle.

Elles présentent à cet occasion la test de « la patte noire » qu’elles ont effecué auprès d’enfants témoins de violences conjugales…. Je vous invite à en découvrir les résultats et leurs conclusions sur le site The Conversation)

Levée du secret médical pour les femmes victimes de violences conjugales : « Une fausse bonne mesure », selon un médecin

« C’est absolument incroyable, ce débat. On déplace la responsabilité des féminicides, des violences faites aux femmes sur les médecins », dénonce dans un article le Pr Gilles Lazimi, militant associatif membre de SOS Femmes 93 et du Collectif féministe contre le viol.

Comme l’explique Yves Faucoup sur son compte Facebook, « Face à de graves problèmes de société, il y a toujours des professeurs Diafoirus qui cherchent à occuper l’espace public avec leurs remèdes qui sont pires que le mal. » Ce médecin de l’article de France Info y répond justement Yves Faucoup poursuit :

« Une femme battue est une majeure et dénoncer, à son insu, la maltraitance qu’elle subit c’est l’infantiliser. C’est aussi le moyen d’instaurer de la méfiance envers le médecin ou les travailleurs sociaux. Ces derniers sont confrontés au même dilemme avec des bonnes âmes qui leur demandent parfois de signaler systématiquement à la justice les cas de femmes victimes de violences conjugales ».

« Il y a évidemment tout un travail à mener pour les inciter, les aider à porter plainte et les accompagner dans leurs démarches. Dans de rares cas, il peut y avoir signalement mais toutes velléités de légiférer sur une obligation à signaler est contre-productive. Pas sûr que le monde médiatique actuel, démagogique et simpliste, soit capable de comprendre ça » conclut notre collègue et je pense qu’il a bien raison . (lire l’article de France Info)

Hauts-de-Seine : les travailleurs sociaux ne veulent pas voir disparaître leurs métiers

Le journal Le parisien fait état d’une manifestation de travailleurs sociaux qui dans ce département s’opposent à la mutualisation de leurs missions. Ils revendiquent l’approche humaine et non celle basée sur une forme d’interopérabilité des agents : «Est-ce à une puéricultrice de prendre en charge la situation d’une personne âgée, ou à un médecin de PMI (protection maternelle infantile) de faire une demande d’aide financière pour régler une facture d’électricité ? », raillent une éducatrice et une employée des services sociaux départementaux.

«Le but étant que tout le monde travaille avec tous les services, chacun va prendre en charge toutes les populations», déplore Valentine, jusqu’à présent éducatrice à l’ASE (aide sociale à l’enfance) pour un public de 0 à 21 ans. Il lui sera aussi demandé d’intervenir avec un public adulte qui n’a rien à voir avec la protection de l’enfance… » comme par exemple les personnes allocataires du RSA,

«Des dizaines de cadres quittent le département» précise le Parisien. «A Bagneux, il y avait 23 assistantes sociales, elles ne sont plus que 6. Elles partent à Paris, dans l’Essonne ou le Val-de-Marne, qui recrute en masse, assure Christine, qui travaille sur le secteur.» «Des dizaines de cadres et personnels quittent le département, découragés».

Il aurait été intéressant d’avoir dans cet article le point de vue de la direction sur sa vision des articulations entre services généralistes et services spécialisés. Si le travail en pôle fait fi des compétences spécifiques et la nécessité d’une articulation entre professionnels « généralistes » et « spécialisés », cela risque de conduire à une belle pagaille. Je n’ose y croire… (lire l’article du Parisien)

et aussi

Le contrôle parental, une protection en trompe-l’œil ?

Emmanuelle Lucas du journal La Croix a intérrogé des spécialistes de la protection de l’enfance sur les risques de l’internet notamment au sujet de leur accès à la pornographie. Comme je l’indiquais récemment, si la volonté de protéger les mineurs  est présente chez nos élus, (ce qu’il faut saluer),  elle se confronte à une réalité technologique  incontournable : «c’est désormais sur leur téléphone mobile que les enfants consultent Internet. Or, les contrôles parentaux y sont beaucoup moins efficaces», explique Gordon Choisel de l’association ennocence. Ceux-ci ne marchent pas quand les appareils sont connectés en wi-fi ou en VPN, un système chiffré très en vogue chez les plus jeunes.

En outre, « les contrôles parentaux ne bloquent pas les publicités et ne les bloqueront jamais », abonde Nicolas Arpagian auteur d’un « que sais-je » sur la cybersécurité. Or c’est parfois par ce biais que les enfants sont exposés, de façon involontaire, à la pornographie. « Le cas classique est celui de l’enfant qui regarde un dessin animé sur un site de streaming, et qui, en cours de visionnage, voit s’ouvrir des fenêtres de publicité pour des sites porno. Il ne comprend pas forcément ce que c’est, mais cela contribue à ce qu’il s’habitue à ce type d’images,… (lire l’article d la Croix)

 

Photo : unsplash.com

La sélection des articles a été réalisée avec l’aide de Michelle Verrier Flandre

 

 

 

 

 

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Une réponse

  1. Lever le secret professionnel face aux situations de violences conjugales est une très mauvaise idée. C’est transformer les médecins et les travailleurs sociaux, qui y sont soumis, en informateurs de police et les priver de cette posture particulière de confident à qui la victime se confie tout en se sentant respectée dans son rythme de prise de conscience. Quand une femme subissant les mauvais traitements de la part de son conjoint retourne vers son tortionnaire, après s’en être ouvert à un professionnel, il faut qu’elle puisse revenir à nouveau vers lui et trouver une écoute bienveillante. Si entre temps, l’intervenant a signalé la situation, elle ne s’adressera plus à luis, car elle se sentira trahie. On aura alors doublement raté la cible visée : non seulement la confiance sera rompue avec la victime, mais celle-ci pourra toujours nier, lorsque son témoignage sera sollicitée par la police. L’accompagnement long et patient permet, quant à lui, de cheminer avec la personne et de l’aider à mûrir sa décision.

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