Vingt ans après…

Appel téléphonique de la gendarmerie : « Vous avez été l’éducateur d’Elodie, en 1999. Elle vient de déposer plainte pour l’agression sexuelle par un membre de sa famille. Acceptez-vous de venir déposer ? ».

Plongée vertigineuse dans le passé. L’enfant avait six ans. Le juge des enfants avait décidé d’un placement en famille d’accueil. Elle était retournée dans sa propre famille, quelques mois plus tard, loin d’un agresseur dans le déni. Mais, pénalement, le parquet avait classé l’affaire sans suite, comme souvent, quand c’est la parole de l’enfant contre celle de l’adulte, sans preuves supplémentaires.

Elle avait grandi et était devenue adulte. Et puis, tout était revenu à sa mémoire. Elle y repensait chaque jour. Bien sûr, que l’éducateur est allé témoigner, tentant de réunir ses souvenirs. Les dossiers étaient archivés depuis longtemps tant au service, qu’au tribunal. La réouverture de l’enquête n’était pas garantie, en l’absence de tout nouvel élément.

Sauf à ce que l’agresseur libère sa conscience et finisse par avouer, seule subsisterait alors la souffrance de cette femme. C’est la limite du traitement judiciaire des violences sexuelles subies dans l’enfance. On s’est donné bonne conscience, en prolongeant de vingt ans le délai de prescription à compter de la majorité. L’intention est généreuse. Mais, elle risque d’être un leurre. La victime pourra certes porter plainte.

Mais, que réussir à prouver tant d’années après ?

Un sentiment d’injustice lui pend au nez. Notre pays fait passer le judiciaire avant la thérapie, quand la seconde n’est pas conditionnée par la première. La Belgique a adopté l’option inverse : favoriser d’abord la prise en charge sociale, éducative et psychologique de la situation et ne judiciariser que si celle-ci échoue. Le coupable n’est certes pas toujours puni. Mais, la reconnaissance du traumatisme n’est pas subordonnée à une hypothétique condamnation. Ce qui doit toujours primer, c’est le soutien à apporter à la victime.

 

Cet article fait partie de la série « un été avec Jacques Trémintin » que je vous propose en juillet et en aout avec l’aimable autorisation de son auteur que je remercie (Article paru dans le numéro 1265 de Lien Social du 21 janvier 2020. A retrouver sur www.tremintin.com )

 

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