Une leçon de vie

« Pouvons-nous aborder ce qui va se passer, quand vous aurez disparu ? » L’éducateur s’entend poser cette question à cette maman hospitalisée, en fin de vie, qu’il accompagne depuis un an.

La violence de cette question s’impose rétroactivement : comment peut-on se montrer aussi brutal et insensible, voire cynique ? En se rendant au chevet de ce parent, il avait l’angoisse au ventre : comment se comporter face à une patiente lucide sur les jours qui lui restent à vivre et qui sait que son interlocuteur le sait ?

La malade l’accueillit avec gaieté et humour, n’hésitant pas à plaisanter sur son état, provoquant échanges constructifs et fous rires. Celui qui était entré en ne sachant comment réagir face à la mort qui rode, ressortait le moral regonflé à bloc, avec le sourire et le sentiment totalement décalé d’une inversion des rôles. C’est celui qui devait rassurer et consoler qui avait été apaisé et réconforté par une mourante lui facilitant la parole !

À chaque visite, la même scène se reproduisit créant une situation de quasi-dépendance. Il avait besoin d’aller la rencontrer pour s’enrichir de cette dynamique rayonnante qu’elle lui transmettait. Il était attiré comme un aimant par cette invraisemblable pulsion de vie.

Il s’abreuvait à une incroyable source de vitalité. Il ne savait plus si c’était pour elle ou pour lui qu’il lui rendait visite. Quelques semaines après, cette maman ferma définitivement les yeux.  Le travail continua avec l’orphelin qu’elle laissait derrière elle.

On ne peut pratiquer notre profession dans tout son ampleur et sa plénitude, si on n’a pas compris l’essentiel : face au don de notre aide, il y a un formidable contre-don à travers tout ce que nous apporte l’autre, dans sa profonde humanité, dans l’ouverture de son intimité et dans l’énergie qu’il déploie pour survivre.

La confiance que la personne nous accorde, la rencontre qu’elle autorise et l’échange qu’elle nourrit nous grandissent, nous enrichissent et nous propulsent hors de nos limites.

Jacques Trémintin

 

Cet article fait partie de la série « un été avec Jacques Trémintin » que je vous propose en juillet et en aout avec l’aimable autorisation de son auteur que je remercie (Article paru dans le numéro 1240 de Lien Social du 29 novembre 2018. A retrouver sur www.tremintin.com )

photo :  23 freepik

 

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