Didier Dubasque
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Un nombre record de travailleurs sociaux démissionnent… en Grande Bretagne.

Un nombre sans précédent de travailleurs sociaux démissionne en Angleterre. Ils ne parviennent plus à gérer des charges de travail accrues dues à l’austérité, le manque de moyens et à la crise du coût de la vie. C’est ce que nous apprend un article du journal The Guardian.

Cette crise majeure dans le domaine du travail social concerne surtout la protection de l’enfance. Elle apparait à travers les statistiques de 2022 publiées par le ministère de l’Éducation. Ces chiffres indiquent une baisse du nombre de professionnels pour la première fois depuis le début de la collecte nationale de données en 2017, malgré une demande en constante augmentation.

En 2022, 5.400 travailleurs sociaux ont quitté leur profession. Cela représente une hausse de 9% par rapport à l’année précédente. C’est le chiffre le plus élevé depuis 2017. De plus, le nombre de postes vacants a atteint un record avec 7.900 postes non pourvus, soit une augmentation de 21% par rapport à 2021.

Ruth Allen, directrice générale de l’Association britannique des travailleurs sociaux (BASW), indique que les chiffres « ne sont pas une surprise ».  « Les conditions de travail « se sont détériorées d’année en année » …/… « Vous avez beaucoup plus d’inégalités, beaucoup plus de personnes vivant dans la pauvreté et la pauvreté relative, voire la misère » …/…  « La relation entre la pauvreté et la demande de services est incontournable et ce gouvernement n’en parlera pas », dit-elle.

« Tout le système est détraqué »

Elle ajoute que les professionnel(le)s ne veulent pas nécessairement quitter le travail social. « Ils veulent quitter le terrain car les attentes et les responsabilités légales et statutaires ne sont pas à la hauteur des ressources dont ils disposent ». Les travailleurs sociaux se trouvent beaucoup trop souvent dans une impasse complète. Ils doivent laisser entrer moins de personnes dans les dispositifs malgré les besoins. En outre, il n’y a pas de services de prévention disponibles, donc tout le système est détraqué.

Les premiers chiffres d’une étude de la BASW montrent que les professionnels du travail social considèrent la diminution des ressources et le départ massif des collègues comme leurs principaux problèmes. Et leurs craintes augmentent. En 2022, 68 % des professionnels interrogés ont cité leurs revenus comme une difficulté majeure, contre 59 % en 2021, tandis que 54 % ont cité le recrutement et le maintien dans les postes, contre 28 %.

Il a été calculé qu’en Angleterre, les travailleurs sociaux travaillaient en moyenne 11 heures supplémentaires non rémunérées par semaine, tout en « mettant la main à la poche » pour soutenir les familles. Ceci malgré des recherches montrant qu’ils ont connu la pire croissance des salaires du secteur public. Cette dégradation se traduit par un nombre en augmentation de professionnels déclarant utiliser les banques alimentaires et demander de l’aide pour leurs propres factures et leurs dettes.

Une enquête Unison auprès de 3.000 travailleurs sociaux révèle que près des trois quarts (72 %) estiment que leur charge de travail s’était intensifiée pendant la pandémie. Elle a contribué à augmenter leur stress et à baisser leur moral. Du coup, 53 % des personnes interrogées envisageaient de démissionner.

Un réel manque de moyens

Le gouvernement britannique a publié un plan de refonte du système de protection sociale en février 2022. Mais celui-ci a été critiqué pour n’avoir engagé que 200 millions de livres sterling contre les 2 milliards de livres recommandées .

L’association professionnelle estime qu’il devait y avoir un « plan clair et financé » pour améliorer les salaires et les conditions de travail afin de garder les travailleurs sociaux expérimentés dans les services. Il faudrait aussi des bourses d’études plus importantes pour attirer de nouvelles recrues. La BASW veut également mettre fin à la dépendance coûteuse des autorités locales vis-à-vis des agences à but lucratif fournissant des travailleurs temporaires qui interviennent en intérim. leurs dépenses sont en augmentation de 13 % par rapport à 2021.

Ray Jones, professeur émérite de travail social à l’Université de Kingston, indique de son côté que le remplacement de travailleurs expérimentés par du personnel d’agence pose un problème. Ces professionnels nouvellement qualifiés ou temporaires ne costruisent pas de relations de confiance durables avec les familles vulnérables, ce qui entraîne de « moins bons résultats ».

Les travailleurs sociaux qui restent sont sous pression

D’autres risques sont apparus après une série de scandales. Un contrôle du service de protection de l’enfance de Bradford survenu après la mort d’une enfant, Star Hobson, a révélé des niveaux record de postes vacants et d’arrêts maladie parmi les travailleurs sociaux. Les services de protection ne parviennent plus à assurer leurs missions.

Cela les conduit à agir qu’au moment des crises plutôt que de pouvoir proposer une intervention précoce. Les travailleurs sociaux sont alors contraints de prendre des mesures dramatiques, par exemple en retiran les enfants de leurs familles par le biais des tribunaux  explique Ray Jones. Cela conduit les travailleurs sociaux se sentir en danger, ajoute-t-il, car si quelque chose ne va pas, ils sont vilipendés par les médias.

Ray Jones n’attend pas d’améliorations malgré ce sombre tableau. « Les promesses annoncées et l’intention politiques ne suffisent pas. Le risque est de voir à l’avenir davantage de familles en difficulté et avec une disparition de l’aide dont elles ont besoin. »

Un porte-parole du ministère de l’Éducation a déclaré que le gouvernement « mettait en œuvre des plans ambitieux pour recruter jusqu’à 500 nouveaux « apprentis travailleurs sociaux de l’enfance et de la famille » par an. Il annonce davantage de soutien et de développement professionnel pour les cinq premières années de carrière d’un travailleur social.

Le gouvernement britannique souhaite aussi réduire le recours aux travailleurs sociaux intérimaires. Il a pour cela décidé de plafonner le montant qu’une autorité locale peut engager pour recruter ce type de personnel.  Il déclare aussi  introduire un niveau minimum d’expérience requis dans les embauches.

Cela ne vous rappelle rien ? La situation en France est-elle en train de prendre la même direction que celle de l’Angleterre ? Les mêmes causes n’auraient-elles pas les mêmes effets ? Voici autant de questions à laquelle il serait important de pouvoir répondre en marge de la production d’un livre blanc.

 

Note : cet article pour une grande part une traduction de l’article de Salle Rachel intitulé « Social workers in England quitting in record numbers » publié par The Gardian le 23 février 2023.Bien qu’ayant été publié en début d’année, il me parait rester d’actualité et intéressant à découvrir pour comprendre ce qui se joue aussi dans notre pays.

 

Photo : Freepik Group of people volunteering at a foodbank. L’austérité, la pandémie et la crise du coût de la vie détériorent les conditions de travail des travailleurs sociaux

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