Un million deux cent mille travailleurs sociaux en France, mais qui sont-ils ?

Nous serions 1.200.000 travailleurs sociaux en France. Un chiffre qui est un peu en trompe l’œil qui mérite quelques explications. Mais qu’est-ce qu’un travailleur social ? Curieusement le dictionnaire critique d’action sociale n’en donne aucune définition. Les différentes professions du travail social ne sont pas elles non plus définies dans cet ouvrage de référence.  Il  est toutefois précisé que le « travail social est entendu comme un ensemble d’activités sociales conduites par des personnes qualifiées dans le cadre de missions autorisées …/… ». Les travailleurs sociaux sont donc des professionnels qualifiés. Ils ont obtenu des diplômes reconnus par l’État ou des certifications et s’investissent dans des missions bien définies. Si nous nous en tenons à cette approche, nous ne prenons pas en compte les bénévoles (même s’ils sont diplômés) ..

En se référant aux dernières études de la DRESS, Il faut dans un premier temps préciser que 40% des professionnel(le)s travaillent auprès de particuliers employeurs, comme assistantes maternelles, gardes d’enfants à domicile ou aides à domicile. Elles sont en effet considérées comme des travailleurs sociaux. Si l’on déduit ces professionnelles, on dénombre alors 727.400 autres professionnels. De ces 727.00, la moitié sont des aides à domicile qui interviennent principalement auprès des personnes âgées. La galaxie des travailleurs sociaux est à l’image de celle des métiers du bâtiment : pour construire une maison, il faut un architecte, un maitre d’œuvre, un maçon, un plâtrier, un électricien,un couvreur, charpentier etc. bref une galaxie de professions spécialisées dans des domaines précis. 

En matière de travail social c’est un peu cette image qu’il faut retenir, il existe 14 métiers diplômés chacun centré sur des publics ou des besoins spécifiques. Une seule profession est véritablement généraliste, c’est à dire en capacité de s’adresser à tout public sur toute problématique : l’assistant(e) de service social. C’est l’histoire qui veut cela car à l’origine c’est à dire à au début du XXème siècle,  il n’y avait que des assistantes sociales diplômées d’Etat (1932). C’était la seule profession du travail social. Elles étaient forcément soumises à toutes les tâches et fonctions même si elles travaillaient avec des auxiliaires. Les éducateurs sont apparus dans les années 1960. Ils ont massivement investi le champ de l’éducation (Il sont aujourd’hui 3 fois plus nombreux que les assistantes sociales) enfin il manque aux conseillères en éducation sociale et familiale (qui sont elles aussi considérées comme des professionnelles généralistes) le champ de la protection de l’enfance. Une fois une formation complémentaire dans ce domaine engagé, elles peuvent être elles aussi considérées comme des travailleurs sociaux généralistes.

13 diplômes d’État structurent professionnellement les travailleurs sociaux selon des niveaux d’études différents classés par niveaux (V, IV, III, II et I) Il est utile de les rappeler ici :

  1. Le diplôme d’État d’accompagnement éducatif et social (DEAES) : Il accompagne au quotidien des personnes âgées ou handicapées dans les gestes de la vie quotidienne (coucher, lever, toilette, habillage, repas, déplacements, etc.). Il a également un rôle d’encouragement et de soutien à la communication ; le professionnel intervient en général au domicile des personnes qui ne peuvent assumer seules les tâches de la vie quotidienne (personnes âgées, familles, personnes handicapées, malades) ;
  2. Le diplôme d’État d’assistant familial (AF) : L’AF accueille de façon permanente à son domicile et dans sa famille des mineurs ou des jeunes majeurs de 18 à 21 ans. L’accueil peut être organisé au titre de la protection de l’enfance ou d’une prise en charge médico-sociale ou thérapeutique ;
  3. Le diplôme d’État de technicien de l’intervention sociale et familiale (TISF) :  La TISF intervient, sur le lieu de vie, auprès de personnes qui ont besoin d’aide dans des circonstances particulières (décès d’un parent, hospitalisation, naissance, longue maladie, handicap, etc.). Il épaule la famille en assumant le quotidien (entretien du logement, préparation des repas, aide aux devoirs) et soutient les parents dans l’éducation de leurs enfants ;
  4. Le diplôme d’État de moniteur éducateur (ME) : Le ME participe, en liaison avec les autres professionnels de l’éducation spécialisée, à l’action éducative et à l’organisation de la vie quotidienne des enfants, adolescents ou adultes en difficulté ou handicapés accueillis dans les institutions médico-sociales ;
  5. Le diplôme d’État de médiateur familial (MF) : Le MF accompagne les personnes en situation de rupture ou de séparation afin de favoriser la reconstruction du lien familial et d’aider à la recherche de solutions répondant aux besoins de chacun des membres de la famille ;

Nous retrouvons ensuite les 3 professions emblématiques du travail social (de niveau III appelées a être reconnues de niveau II en 2018)

  1. Le diplôme d’État d’assistant de service social (33.500 ASS) communément appelées « assistantes sociales » : L’ASS intervient auprès de personnes confrontées à des difficultés familiales, professionnelles, financières, scolaires ou médicales. Elle apporte une aide et un soutien, aussi bien psychologique, social que matériel, pour les inciter à trouver ou à retrouver une autonomie et faciliter l’insertion sociale et professionnelle
  2. Le diplôme d’État d’éducateur spécialisé (97.900 ES) :  L’ES concourt à l’éducation d’enfants et d’adolescents ou au soutien d’adultes présentant des déficiences physiques ou psychiques, des troubles du comportement ou qui ont des difficultés d’insertion. Il aide les personnes en difficulté à restaurer ou à préserver l’autonomie, à développer les capacités de socialisation, d’intégration ou d’insertion. Il favorise également les actions de prévention ;
  3. Le diplôme d’État de conseillère en économie sociale familiale (9.900 CESF) : La CESF aide les individus, les familles et groupes à résoudre leurs problèmes de vie quotidienne par l’information, le conseil technique, l’organisation de formations ;

et les professions de l’éducation spécialisée auprès d’un public spécifique :

  1. Le diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants (18.200 EJE) :  L’EJE assure des fonctions d’accueil et d’éducation d’enfants âgés de 0 à 7 ans en relation avec leurs parents. Il les accompagne dans l’apprentissage de l’autonomie, de la vie sociale ;
  2. Le diplôme d’État d’éducateur technique spécialisé (22.300 ETS) : L’ETS est à la fois éducateur et spécialiste d’une technique professionnelle qu’il transmet aux personnes dont il a la charge. Il est ainsi spécialiste de l’adaptation ou de la réadaptation professionnelle des jeunes ou des adultes ;
Il  y a aussi les certifications permettant d’assurer des fonctions d’encadrement et de direction. Ces 25.900 professionnels sont aussi considérés comme des travailleurs sociaux.
  1.  Le certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale :  Les responsables d’une unité de travail assurent l’encadrement d’une équipe et des actions directement engagées auprès des usagers. Ils pilotent l’action dans le cadre des projets de service. Intermédiaires entre la direction et les équipes, ils sont en position d’interface dans les organisations ;
  2. Le certificat d’aptitude aux fonctions de directeur d’établissement ou de service d’intervention sociale : Les directeurs d’établissement ou de service d’intervention sociale doivent assurer aux usagers une prise en charge individualisée de qualité, faciliter l’expression, la satisfaction des besoins, l’accès aux droits et l’exercice effectif de la citoyenneté
  3. Le diplôme d’État d’ingénierie sociale :  Les titulaires du diplôme sont en capacité de conduire l’analyse de questions sociales complexes prenant en compte le cadre des politiques sociales, les contextes organisationnels et territoriaux, les problématiques sociales, familiales et individuelles. De plus, ils peuvent concevoir, mettre en œuvre, valoriser des études et des recherches fondées sur des approches pluridisciplinaires et participatives et, enfin, mobiliser, enrichir, exploiter les outils d’observation et de veille sociale.

Vous pouvez retrouver tous ces éléments et plus encore dans le résumé de l’étude de la DRESS consultable ici.

Enfin pour tout dire et entre nous, c’est quand même un peu le bazar ces diplômes : il y a les professions généralistes, les professions spécialisées, celles centrées sur une méthodologie ou une approche spécifique, celles relevant d’un seul champ ou d’un seul public. Aux employeurs de faire leur marché dans le respect des réglementations en vigueur..  Cerise sur le gâteau dans le dénombrement des travailleurs sociaux la DRESS a retenu dans ses statistiques 5.500 travailleurs sociaux qui ne peuvent  être classés dans aucunes des catégories définies. Et comme ils ne doivent pas tous travailler en Corse ni avec des fonds européens, il faut bien qu’ils soient quelque part… Par exemple dans les métiers de la politique de la ville ou de l’insertion socio-professionnelle peu représentés ici. Nous n’avons pas non plus abordé la situation de tous ces professionnels « faisant fonction » intervenant sans avoir de diplôme d’État. Enfin et nous en resterons là, vous noterez à travers cette étude que les animateurs sociaux culturels ne sont pas considérés comme des travailleurs sociaux. Diplômés, ils exercent portant des fonctions dans les quartiers qui s’apparentent souvent à de l’aide aux jeunes et aux familles à travers le prisme de l’éducation populaire. Ça aussi c’est du travail social. Il est utile et important de ne pas les oublier…

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3 réponses

  1. Nous avons écrit ce livre pour aider nos collègues du travail social à faire face à la violence. Un livre qui permet de comprendre pour mieux agir. Nous cherchons des collègues sensibilisés et concernés par ce sujethttp://gesivi.fr/Articles/Livre-gesivi-intervenants-sociaux

  2. Hello Didier,
    Quelques réserves sur ton texte :
    -Il n’y a plus 14 diplômes mais 13 depuis la fusion entre le DEAMP et le DEAVS qui sont maintenant (depuis le29 janvier 2016) remplacés par le DEAES.
    -La reconnaissance niveau II que tu signales pour 2018 ne sera effective que pour les étudiants débutant leur formation en septembre 2018 (et dont le centre de formation appliquera la réforme à venir) soit effective pour eux, et eux seuls, à partir de 2021 au mieux, ce qui fait une certaine nuance tu en conviendras.
    Ensuite, laisse moi contester ton affirmation selon laquelle seule les assistantes sociales sont véritablement généralistes. Si l’on additionne les administrations, on constate qu’elles y interviennent à hauteur de 76%, ce qui laisse peu de place aux autres champs du travail social !
    -Enfin, concernant les certifications relevant de l’intervention sociale, marcel Jaeger en comptabilise 147 ! Comment distingue t on celles qui relèvent du travail social des autres ? Sur le niveau de qualification ? sur le camp dans lequel ces professionnels interviennent ?

    Concrètement, cela donne un champ du travail social très très flou et en rien éclairé par notre récente définition. Cela peut paraitre comme anecdotique, mais, pour moi ce flou est particulièrement préjudiciable à l’administration de ce secteur. Par exemple, nous sommes tous deux membres du Haut Conseil du Travail Social, mais, malgré notre récente définition, tu as pu constater qu’il existe au sein des membres des représentations extrêmement dissemblables du travail social. Comment alors être membre d’un Haut Conseil de …. quelque chose d’aussi flou et si peu partagé ?

  3. Bonjour, la question de la définition du travail social et des interventions sociales détermine complètement les recensements, en effet. Plus cette définition est floue, c’est-à-dire n’en est pas une, et plus les chiffres peuvent être doublés ou divisés par deux ou n’importe quoi. C’est bien le cas actuellement. D’aoutat plus que les manuels et catalogues usuels ne définissent pas le travail social ni les interventions sociales – ils recensent les buts officiels supposés, suffisamment lyriques et creux pour réconcilier tout le monde sans que personne ne sache de quoi il s’agit. Je me permets de renvoyer à mon ouvrage Pourquoi le travail social ? définition, figures, clinique (Dunod) qui fait une contribution en ce sens. Définition discutable, sans doute, quoique bien articulée à la clinique concrète des interventions. A suivre ?

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