Les travailleurs sociaux ont besoin de soutien pour gérer l’impact émotionnel de leur travail

Comme pour l’ensemble des professions de relation d’aide et de soins à la personne, notre « mental » a besoin d’être pris en considération et protégé. Trop de professionnels ne tiennent  pas compte de cette dimension ce qui peut provoquer des risques de burn-out.  Un article diffusé par le réseau international social care network revient sur ce sujet. En voici certains éléments…

« Il n’existe  pas de législation qui reconnaît la nécessité du soutien émotionnel et de nombreuses  institutions sociales ne considèrent pas suffisamment cet impact particulier du travail dans la relation d’aide ». Or les travailleurs sociaux ont véritablement besoin d’une écoute bienveillante et de conseils avisés permettant une « mise à distance ».

A bien y regarder, la relation d’aide est chargée d’émotions diverses. Les travailleurs sociaux les réceptionnent mais finalement en parlent très peu. Or ce n’est pas sans impacts. Beaucoup travaillent seuls et se mobilisent auprès des personnes les plus vulnérables de notre société. « Nous voyons, entendons et intervenons dans des situations qui peuvent être pénibles. Nous assistons aux réalités de la maltraitance, de la pauvreté et de la dépendance. Le traitement de l’impact émotionnel de notre travail demande du temps et des efforts ».

Il ne s’agit pas de dépeindre un travail qui ne serait que sombre et désespérant. Oui ben sûr, il y a de bons moments à partager, du rire, de la reconnaissance, des temps chaleureux partagés mais quand les personnes viennent initialement nous voir ou que nous allons vers elles, c’est bien parce qu’elles font face à des problèmes stressants, parfois même angoissants. Les personnes peuvent nous transmettre leur stress et leurs angoisses que nous gérons tant bien que mal. Nos employeurs, ne prennent pas suffisamment en considération cette réalité. Ils estiment souvent, soit que cela fait partie du job, soit que cela ne les concerne pas.

Je suis certain que la quasi totalité des travailleurs sociaux investis dans leur travail sont déjà rentrés chez eux un soir ou un autre avec une préoccupation, un mal être ou même de forts sentiments angoissants suite à une rencontre qui s’est mal passée ou face à un risque qu’ils ont perçu. Se déroule alors dans notre tête un scénario catastrophe qui peut nous mener à développer des sentiments de culpabilité, d’incompétence ou tout simplement de stress non expliqué. Cela peut se reporter sur nos proches qui voient ce qui se passent et qui peuvent nous aider à en prendre conscience. Mais ce n’est pas toujours le cas. Quand on rentre chez soi et qu’il n’y a personne à qui parler de sa journée, nous enfouissons ce qui nous préoccupe au fond de nous et ce n’est pas bon du tout.

Parler le soir des situations à nos amis, partenaires et famille pourrait être une réponse adaptée, mais il est souvent injuste de les charger de nos préoccupations. Il ne faut pas oublier non plus que nous sommes soumis(e)s au secret professionnel  lorsque nous parlons de situations individuelles. Même si nous ne donnons pas des noms, il peut y avoir des situations reconnaissables. Nous pourrions aussi  suivre des séance  de débriefing ou de supervision en dehors du travail si nous sommes affectés et avons besoin d’aide, mais est-il vraiment logique et raisonnable de dépenser son salaire pour un besoin créé par les conditions inhérentes à notre travail ? Cela même  en dehors des heures de travail ? Pas vraiment bien sûr. Il y a aussi le partage avec des collègues  mais nos collègues sont comme nous. Elles ont déjà à gérer leur propre charge émotionnelle, de plus il faut en avoir le temps. Le risque de partager entre collègues nécessite une grande confiance et l’assurance que cela ne parte pas ailleurs. Vos émotions sont « transférables ». Ce que vous avez transmis à l’un(e) peut « voyager » et être retransmis à d’autres. Nous avons à notre travail des collègues qui sont d’excellents vecteurs de diffusions des émotions qu’ils reçoivent  de leurs collègues. Cela peut vite devenir compliqué au sein des équipes qui ont fort à faire pour déjà prendre soin des uns et des autres.

Alors que fait-on ?

Il n’a jamais été question au cours des nombreuses journées de formation auxquelles j’ai pu participer, de savoir où et comment trouver le soutien approprié face a ce stress émotionnel qui nous marque parfois plus qu’on le pense. Ce manque peut parfois  être comblé par un encadrement métier bienveillant, à l’écoute et sensibilisé à ce sujet.

Pour ma part ce type d’encadrement fut assez exceptionnel. C’était il y a de nombreuses années avec une encadrante qui d’ailleurs avait quitté avant l’heure l’institution. Pourtant c’est bien d’elle dont je me rappelle le plus. Elle avait su m’écouter, me rassurer, stimuler ma curiosité. Bref, Eliane P. (ceux qui me connaissent la reconnaitront peut-être) avait l’art et la manière de nous encourager à aller plus loin, à repousser nos limites sans nous mettre en risque. Je pouvais à l’époque lui faire part des émotions ressenties lors de certains entretiens avec des personnes agressives ou effondrées.  

J’ai aussi pu bénéficier il y a longtemps aussi d’une supervision extérieure à mon service. J’allais une à 2 fois par mois raconter à ma superviseuse mon quotidien professionnel, mes aussi mes doutes et mes interrogations face à telle ou telle attitude des personnes que je rencontrais mais aussi des collègues et de l’encadrement. Je travaillais à l’époque dans un service de placements éducatifs où les relations entre pairs étaient dures et sans concessions. Sans cette supervision je n’aurais sans doute pas pu tenir ni m’affirmer.

Les échanges  avec des collègues indiquent que beaucoup de travailleurs sociaux  pensent qu’ils sont obligés de traiter les impacts émotionnels du travail comme une question personnelle, comme si le fait de ressentir des émotions n’était pas professionnel. Or une part d’humanité fait partie de notre travail. Nous ne sommes pas des machines. C’est sans doute aussi pourquoi les travailleurs sociaux sont fragilisés actuellement. Les modes de gestion actuels n’intègrent plus cette dimension.

Notre santé mentale a besoin d’être protégée autant que notre santé physique, et cela est étroitement lié à nos droits de salariés. Tous les métiers d’aide et d’assistance sont concernés. Le travail émotionnel devrait en toute logique être considéré comme faisant partie de notre travail. Parlez à vos collègues de la façon dont ils pourraient être soutenus plus efficacement. Parlez-en à votre supérieur et demandez-lui  l’ouverture d’un espace de parole de supervision pour aborder ce sujet. Parlez-en aussi à votre syndicat et encouragez-le à entamer des négociations avec la direction pour lui fournir un soutien approprié en cas de carence.

Ces choses là sont trop importantes pour que nous continuions à faire comme ci cela n’existait pas.

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4 réponses

  1. Bonjour, actuellement en 2ème année de formation assistante de service social, j’aimerais pouvoir lire l’article auquel vous faites référence pour mon mémoire. Pourriez-vous me donner les références ?

    Merci beaucoup

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