Travailleurs sociaux et étudiants, respectons le principe de neutralité sur nos lieux de travail, lors des stages et dans nos centres de formation

Je participe avec des collègues aux réunions à Nantes de l’ANAS 44 (l’association des assistants de service social). Nous avons rédigé un communiqué après avoir débattu sur la place et la fonction des travailleurs sociaux dans une société laïque comme la France. Nous souhaitons collectivement partager nos convictions sur l’importance de respecter le principe de neutralité tant dans le travail que durant la formation. Professionnels et étudiants, nous pouvons nous retrouver autour de ce principe…

« Le principe de neutralité a été clairement défini dans le dernier avis du Conseil Supérieur du Travail social intitulé « La laïcité, un principe fondamental du travail social ». Cet avis indique notamment que « Le travailleur social adopte un positionnement impartial en travail social où toutes les relations engagent le professionnel comme la (les) personne(s) accompagnées, la neutralité est un positionnement volontairement impartial au nom de l’égalité de traitement ». De façon encore plus précise « Dans le domaine des opinions et croyances, le travailleur social a un comportement professionnel laïque, quelles que soient ses convictions personnelles. Il n’a pas à juger des pratiques religieuses ni à les critiquer au nom de l’athéisme ou de sa propre foi par exemple, en disant ce qui est interdit, licite, béni, impur… au regard d’une religion. Il n’apprécie qu’à l’aune de ce qui contribue à l’autonomie des personnes et à la cohésion sociale. […] «Le travailleur social lui-même doit être conscient que toute manifestation ou marque d’appartenance religieuse ou idéologique, dans l’exercice de sa fonction peut entrer en tension voire en contradiction avec les finalités de la mission qu’il remplit. »

Ces éléments consolident notre position. Après avoir échangé et débattu, en tentant de prendre en compte tous les avis, la section 44 de l’ANAS a estimé que ce principe de neutralité doit encore aujourd’hui être fortement réaffirmé tant dans le champ de l’exercice professionnel que dans celui de la formation et l’apprentissage. En effet, les centres de formation sont eux aussi concernés par cette question. Si le port de signes distinctifs religieux, quelle que soit la religion, est à proscrire dans le travail afin de ne pas chercher à influencer la personne ou le groupe que l’on a en face de soi, il est logique qu’il le soit également lors de la formation en direction des étudiants, ainsi qu’entre les étudiants eux- mêmes. Se préparant à l’exercice laïc de la profession, il est important qu’ils puissent se positionner dans leur quotidien d’étudiant dans les mêmes conditions.

Les centres de formation en travail social, quant à eux, exercent bien une mission de service public en préparant des étudiants à devenir travailleurs sociaux diplômés d’Etat. Contrairement à l’université, ils disposent d’une autonomie de gestion réglementaire pour exercer leurs missions. Ils peuvent inscrire, s’ils le souhaitent, ce principe dans leur projet d’établissement et surtout dans leur règlement intérieur. Ils peuvent demander aux nouveaux étudiants de signer un document d’acceptation de ce règlement. Cela leur donne ainsi la possibilité de l’appliquer.

Le port de signes religieux (sauf ceux qui dissimulent le visage) ou politiques reste une liberté du citoyen dans l’espace public ainsi que dans l’espace privé. Mais lorsque que l’on s’affiche travailleur social en activité ou en formation, les règles doivent être claires. Le code de l’action sociale précise que les étudiants assistants sociaux sont soumis au secret professionnel. Il est ainsi logique que ce qui s’applique pour les professionnels en activité, s’applique également pour celles et ceux qui se forment pour le devenir.

Dans certains pays, les femmes principalement, ne disposent plus de la liberté de s’habiller comme elles l’entendent ou le souhaitent. Elles sont obligées de porter un voile, même si cela est un simple foulard qui masque leur chevelure. Ne pas le porter peut avoir pour elles des conséquences dramatiques. Dans d’autres pays comme en France, le port de certaines tenues liées à des opinions religieuses fait l’objet de polémiques et divise la population. En France, le voile intégral est interdit dans la sphère publique. Seul, le voile qui laisse apparaître le visage est autorisé dans les lieux publics, l’université, mais interdit dans les écoles, les collèges et les lycées publics. Le voile, quel qu’il soit, peut de fait être porté dans la sphère privée.

L’exercice d’une profession relevant du travail social et l’engagement dans une formation préparatoire à cet exercice comportent des règles qu’il est nécessaire de respecter pour assurer cette mission de service public. Il est par conséquent essentiel que chacun se positionne de façon claire et laïque sur ce sujet.

Nous invitons les services et centres de formation à échanger sur ce sujet en souhaitant qu’ils rejoignent cette position qui consiste à inscrire dans leur règlement intérieur les principes de laïcité et de neutralité. Ceux-ci se traduisant par une interdiction du port de tout signe distinctif d’appartenance à une religion ou à un mouvement politique, ceci dans le respect des libertés individuelles et collectives dont ils sont porteurs.

Rappelons enfin pour conclure que ni le travailleur social, ni l’étudiant ne sont là pour alimenter des polémiques et envoyer des messages relevant de convictions personnelles au public reçu mais aussi à leurs collègues. Tout au contraire, ils cherchent par leurs attitudes à renforcer le lien social et les coopérations de toutes sortes. Prenons les moyens de le faire en assumant l’exercice de la neutralité telle qu’il est défini dans le principe de laïcité.

La section 44 de l’ANAS

 

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Une réponse

  1. Merci de nous enrichir encore M. DUBASQUE. Le principe de la neutralité appelle tous les professionnels du secteur un exercice quotidien (sur soi et dans ses pratiques) pour respecter les valeurs du Travail social et sauvegarder la relation avec le public usager de nos services.

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