CNAEMO : « Travail social et numérique, évolution ou révolution… » à Toulouse à partir d’aujourd’hui

Les assises du Carrefour National de l’Action Éducative en Milieu Ouvert (CNAEMO) débutent aujourd’hui à Toulouse et durent 3 jours. Elles traitent d’un sujet d’actualité : le numérique dans les pratiques professionnelles des éducateurs qui interviennent auprès des familles à leur domicile. Le travail social et le numérique est un sujet d’actualité.

Ce congrès aura été un véritable défi. Initialement prévu en mars dernier il avait dû être reporté à cause de la crise sanitaire et du confinement de la population. Aujourd’hui il se déroule encore dans des conditions très particulières. Un protocole strict a été mis en place pour accueillir les congressistes. Habituellement, ils sont plus de 700 à y participer. C’est moins que la jauge des 1000 personnes annoncée pour les évènements publics, c’est pourquoi il peut avoir lieu.

« Les protocoles sanitaires édités sont opérationnels : distanciation mise en place dans tous les espaces du centre, port du masque obligatoire (5 masques fournis avec le sac congressiste), gel hydroalcoolique avant d’entrer et dans tous les espaces, circulations organisées pour les déplacements dans le Centre des Congrès mais aussi lors des repas , dispatching des congressistes dans 2 salles dédiées à l’événement (au lieu d’une) afin de garantir la distanciation nécessaire… Et annulation de la soirée festive qui aurait été délicate à gérer au regard des impératifs sanitaires

Le président du CNAEMO Salvatore Stella explique le choix de ce sujet : « Cette thématique ne peut échapper aux questions d’iniquités et d’inégalités de traitement ici et ailleurs, à l’heure des métamorphoses, d’une révolution et d’une fracture numériques très prégnantes qui fragiliseraient encore plus fortement les plus démunis ». Il pose la question ; « Comment maintenir un idéal d’universalité et de démocratisation de l’accès au savoir et à l’éducation qui doivent continuer de s’exercer pleinement ?  »

Numérique et inégalités

Aujourd’hui la fracture numérique et économique se superposent dans tous les pays d’Europe. La France est d’ailleurs plutôt mal placée sur ce sujet. Son index DESI (1) est très moyen voire médiocre au regard des autres pays : nous occupons la 15ème place sur 29 bien loin derrière les pays du nord de l’Europe mais aussi des pays comme l’Espagne, le Royaume Uni, l’Allemagne et même la Lituanie. Certes un tableau international n’apporte pas suffisamment de précisions et mélange des critères disparates, mais il est révélateur d’une situation problématique.

Autre difficulté, les services publics qui s’inscrivent dans le « Tout numérique » contribuent, à leur corps défendant, à l’exclusion d’un part notable de la population. Selon une étude de l’Insee, l’« illectronisme » touche 16,5% de la population française. Voire 20 % – soit 13 millions de personnes – qui risquent d’être des exclus si l’on ne tient pas suffisamment compte de leur situation. L’Insee précise que si une personne sur six n’utilise pas Internet, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base.

Bref vous l’avez compris, les inégalités face au numérique sont réelles et contribuent à amplifier les problèmes sociaux. le confinement a renforcé en France la dépendance aux démarches en ligne, et a retardé  le déploiement de la couverture (très) haut débit du territoire.

« L’homme pressé » vecteur de la société numérique

J’aime bien le texte d’introduction qui présente les assises nationales du CNAEMO : « L’homme pressé » est-il écrit « a développé un arsenal d’outils qui lui permet, si ce n’est de gérer pleinement son temps, tout du moins d’avoir l’illusion de maitriser ce temps. Les médias, ces liens divers entre tous,cultivent le désir du « tout-tout de suite », de l’immédiateté et font naître une nouvelle approche du temps, des relations humaines et des exigences entre individus ». J’ai envie alors de vous dire « hâtons nous lentement » et réfléchissons avant.

« Si les outils constituent un extraordinaire progrès en ce qu’ils relient les hommes mêmes dans les territoires les plus éloignés » – Pourrait-on s’en passer aujourd’hui ? – « ils sont à l’inverse comme une double peine, les personnes vivant dans la précarité, voire dans la pauvreté ».

Les travailleurs sociaux aident à retrouver l’autonomie perdue

Cette réalité numérique impose aux travailleurs sociaux la nécessité de se positionner sur ce sujet. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre des technologies dans leurs usages mais plutôt d’être auprès des personnes qui en sont victimes.

Il s’agit de leur proposer des moyens leur permettant de retrouver une autonomie perdue, sans pour autant se transformer en expert des technologies. Cette autonomie n’est pas non plus si évidente pour les jeunes (la génération Z). Ils développent des comportements nouveaux des attitudes adaptées et inadaptées à la fois. Ils ne sont pas à l’abri des maltraitances et trafic en tout genre.

L’action éducative confrontée aux usages du numérique a de beaux jours devant elle. Beaux, je n’en suis pas certain, mais elle a en tout cas un rôle essentiel à jouer sur ce sujet.  C’est là l’objet de ces trois jours : réfléchir sur ce qui se passe, ce que devient le monde, mieux cerner les enjeux pour pouvoir ensuite mettre du sens dans nos actions.

Je vais intervenir à Toulouse  le 1er octobre en début d’après midi à 14h20. Je dois parler des enjeux des outils numériques dans l’accompagnement social et éducatif. Quels sont les risques, quelles sont les opportunités pour nos pratique professionnelles ? Constatons que les usage des outils numériques s’imposent dans les pratiques du travail social, sans qu’une réflexion individuelle ou collective n’ait forcément été engagée.

Je présenterai entre autres  à cette occasion les travaux du Haut Conseil du Travail Social (HCTS) sur la thématique « Numérique et Travail Social » que j’ai animé pendant 18 mois. Ils permettent d’envisager des pistes de travail pour améliorer la qualité de l’accompagnement des personnes et notamment des jeunes. J’ai aussi préparé une partie sur les risques auxquels ils sont confrontés.

En attendant vous pouvez lire aussi

Sans oublier

 

photo : extrait de l’affiche du CNAEMO présentant ces journées

 

 

 

 

(1) Cet index DESI (Digital Economy and Society Index)  note les États en fonction de plusieurs facteurs, comme l’intégration des technologies digitales dans la vie quotidienne, les compétences numériques des habitants d’un pays ou encore la maturité numérique de ses services publics

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