Travail social et communautés : "Il y a de la richesse dans tout cela"…

Nous savons que le terme travail social communautaire est passé de mode en France où l’on ne parle plus que de développement social comme si « le reste » n’existait plus. Pourtant ce terme de « communauté » résiste bien dans d’autres pays tels le Canada francophone (le Québec) et la Suisse, la Belgique pour ne citer que ces pays. Si nous pensons logique communautaire en France la première  idée qui vient à l’esprit est celle d’un travail avec des populations qui ne s’intègrent pas ou trop peu. Vous penserez d’abord aux communautés dites ethniques ou religieuses tels l’Islam. Or ce n’est pas que cela, c’est même tout autre chose… Tentons d’y voir un peu plus clair.

De quelles communautés parle-t-on ? de quelles pratiques professionnelles s’agit-il ? Si nous prenons le terme de communauté au sens large  il existe :
– Les communautés d’intérêt ou de statuts (par exemple professionnels : les cheminots, les policiers, les travailleurs sociaux. (Ils sont leurs propres codes, culture, norme et valeurs) locataires de groupes HLM ou copropriétaires,ou encore par exemple les communautés éducatives…
– Les communautés institutionnelles – communautés de communes, d’agglomération.
– Les communautés religieuses qui ont leurs propres rites, mode de rassemblement
– Les communautés de territoire – habitant d’un quartier, d’un bourg, d’une commune. Ses membres ne sont intégrés que s’ils sont présents depuis longtemps, connus de longue date.  Par exemple des CCAS acceptent d’aider les personnes de la communes mais pas celles qui y résident depuis trop peu de temps et qui sont considérées comme de passage. « ils ne font pas partie de la commune » précisent certains. Ces communautés de territoires peuvent aussi être perçus de façon autant positive que négative qu’elles soient régionalistes ou encore autonomistes ( Corses,Basque, Bretons, Catalans…) ils ont une langue propre, une histoire et une culture qui n’a pas toujours été reconnu par la communauté nationale , une autre communauté une autre communauté se distingue de ce ceux que l’on nomme les « étrangers» puisque l’on parle bien des française de l’étranger qui ont leur propres députés où qu’ils soient à travers le monde.
– Les communautés dites ethniques ou culturelles pose des problèmes à la « communauté nationale » : les roms, les gens du voyage qu’ils soient ou non sédentarisés d’ailleurs : même s’ils vivent en France depuis de nombreuses années continuent d’être traités de façon différente des « nationaux» même lorsqu’ils ont les mêmes droits…

Et les communautés virtuelles ? Elles sont la traduction de regroupements de personnes qui développent leur propres langages, normes et objectifs. Il y a les hackers blancs, le groupes des anonymous, la communauté wikipédia ou encore wikileaks pour ne citer qu’eux. Le principe du développement communautaire sur internet est aussi la base d’un nouveau business. Il s’agit désormais de créer des sites dits communautaires pour renforcer une marque et fidéliser une clientèle (1). Ce sont les personnes «addicts» à un produit, qui se reconnaissent avec leurs propres codes. Ils  sont une aubaine pour les fabricants de produits de toutes sortes… Seul devant son écran, l’internaute peut avoir le sentiment d’agir de façon collective avec ses pairs. Ainsi peut-on constater le développement important du nombre de pétitions en ligne. Les communautés virtuelles se multiplient. Certaines sont suivies de rassemblements «physiques». D’autres communautés, parfois stigmatisées, utilisent l’Internet pour préparer des rassemblements. Selon Serge Proulx, (2) les «communautés virtuelles» sont surtout des communautés d’intérêt.

Pour conclure tentons de classer tout cela. Il est sans doute plus simple de chacune considérer chaque communauté faisant partie d’un domaine spécifique :

 

  1. La communauté géographique : elle est issue de la combinaison de deux facteurs: un ensemble de personnes qui partagent un territoire et l’organisation sociale qui les caractérise. Outre la réalité territoriale, la communauté géographique comporte quatre dimensions qui sont interreliée avec
    * la dimension démographique, définie par les caractéristiques de la population occupant un territoire donné,
    * la dimension psycho-sociologique, qui traduit les affinités interpersonnelles et le sentiment d’appartenance qu’on éprouve à l’égard de la communauté
    * la dimension culturelle, qui fait référence aux modes de vie qu’on partage ainsi qu’aux valeurs et
    croyances qui sont propres à cet ensemble de personnes,
    * la dimension institutionnelle, soit le réseau d’organismes publics ou privés par lesquels la population participe à la vie sociale et trouve réponse à ses besoins de base.
  2. La communauté d’identité : elle désigne un regroupement de personnes pour qui le partage de certaines caractéristiques sociales et/ou culturelles qui les distingue et les singularise dans la société. Cette reconnaissance par la société peut devenir l’objet premier et central d’un mouvement de revendication.
  3. La communauté d’intérêts : elle désigne des groupes de personnes ayant des conditions socio-économiques communes, parce qu’elles partagent des problèmes financiers ou matériels, des conditions de travail ou de vie. La communauté d’intérêts peut aussi se constituer sur le plan des droits, des idées et des valeurs, a travers une problématique sociale pour laquelle on défend une cause. Elle correspond alors à la notion traditionnelle de groupe de pression..
On le voit les communautés sont multiples, diverses. Il y a de la richesse dans tout cela. Nous pouvons-même appartenir simultanément sans aucun problème à plusieurs communautés. Finalement il serait possible de considérer qu’une communauté est comme une personne. Intégrée ou pas dans la société; reconnues ou rejetée, disposant de ressources propres ou étant dépendante des autres, ayant conscience ou pas de sa réalité… C’est avec tout cela que le travailleur social conscient de sa pratique collective agit au quotidien.
notes
(1) Le terme de « communauté virtuelle » désigne des personnes réunies via internet par des valeurs ou un intérêt communs (par exemple une passion, un loisir ou un métier). L’objectif de la communauté est de créer de la valeur à partir des échanges entre membres, par exemple en partageant des astuces, des conseils ou tout simplement en débattant d’un sujet. http://www.communautes-virtuelles.fr/
(2) Serge Proulx (Professeur, École des médias – Université du Québec à Montréal) in « Les communautés virtuelles construisent-elles du lien social ? », communication, Colloque international «L’organisation média. Dispositifs médiatiques, sémiotiques et de médiations de l’organisation », Université Jean-Moulin, Lyon, 19-20 novembre 2004

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