Syndrome de Diogène : Pourriez-vous m’aider à vous aider ?

Je vous avoue avoir été un peu surpris par les réponses du psychiatre Jean-Claude Monfort visant à nous éclairer sur le syndrome de Diogène et sur ses différentes manifestations. L’article d’Olivier Bonnin pour le Guide Familial est intéressant mais quelques points méritent toutefois que l’on s’y arrête. Rappelons d’abord que les travailleurs sociaux ne sont pas là pour diagnostiquer si une personne est atteinte ou non du syndrome de Diogène dès lors qu’elle entasse dans son logement tout ce qui passe  entre ses mains, mais plutôt pour comprendre comment celle-ci vit cette situation et jusqu’où le risque d’insalubrité peut la mettre en danger ainsi que ses proches.

Le diagnostic médical revient au médecin et là certaines  réponses du Docteur Montfort me laissent dubitatif dans le sens ou une chose et son contraire sont présentées.

« Un premier symptôme possible est ce besoin d’entasser des objets – mais certains «Diogène», à l’inverse, en sont totalement détachés et ne possèdent rien » indique le psychiatre. Mais entassent-ils quand même ? certainement, sinon je ne vois pas bien où est le problème.  Mais, si je comprends bien le désir de possession n’est pas un critère de diagnostic.

Le deuxième critère est tout autant inscrit dans un chose et son contraire : [la personne peut faire preuve d’] « une forte négligence de son corps et de son hygiène – tandis que plusieurs, au contraire, peuvent être très attachés à leur propreté corporelle ». Donc là aussi si je comprends bien on ne peut diagnostiquer une personne souffrant de ce symptôme à partir de ces éléments puisqu’elle peut être soigneuse de de son hygiène corporelle ou tout autant la négliger..

« Un troisième comportement possible est une grande misanthropie – d’autres s’avérant, à l’opposé, fort sociables ».  Peut-être est-ce comme dans la vie  avec tous les patients aidés quel que soit le symptôme finalement ? Nous sommes dans des échelles qui vont de la sociabilité extrême à son absence totale. Que peut-on faire de cela sinon de s’adapter en permanence à l’autre ?

Il se trouve que j’ai accompagné à plusieurs reprises  des personnes que je n’oserais plus qualifier comme relevant du syndrome de Diogène mais qui avaient pour particularité de tout entasser chez elles. Certaines vidant et triant à même le sol leurs déchets et les classant d’autres remplissant consciencieusement toutes les pièces de leur logement les unes après les autres au point qu’il ne restait plus à a fin qu’un passage étroit risquant de s’écrouler..

La communication avec les personnes inscrites dans ces pratiques n’a jamais été facile. Il m’a toujours fallu passer par une phase d’apprivoisement, d’écoute importante et d’intérêt pour elle et sa situation. Ce sont des personnes « intéressante », extrêmement sensibles et à qui il est inutile de « raconter des histoires ». (vous seriez alors très vite démasqué). Mais vous êtes aussi, en tant que professionnel(le), face à une forte pression sociale lorsque le désordre est révélé. Il faudrait agir vite et « faire tout nettoyer rapidement » sans penser un instant à la violence et l’impact que cela représente pour celui qui a créé ce chaos dans son intérieur.

Il faut aussi pouvoir « résister » d’un côté à la pression des autorités, des familles et des proches pour avoir le temps d’échanger avec la personne concernée sur ce regard du système social et familial mais aussi sur le réel risque lié au manque d’hygiène et leurs conséquences sur la personne et son entourage.

Le problème est qu’il n’existe pas de traitement ni de remède miracle permettant que la personne modifie son comportement. Car comme le dit si bien le Docteur Monfort en parlant des personnes atteintes de ce syndrome : « Dans la moitié des cas, elles ont une maladie, une démence, une schizophrénie, ou encore une paranoïa délirante »…/… « Mais une fois sur deux, les «Diogène» sont en excellente santé, sans aucune maladie ».  Bref, un état et son contraire ou presque. Cela nécessite donc pour le travailleur social de savoir adapter son comportement au cas par cas. Et surtout de savoir faire appel à une aide extérieure lui permettant de se mettre à distance de la situation. 

La conclusion de l’article d’Olivier Bonnin vaut tout autant pour les personnes atteintes du syndrome de Diogène que pour celles qui n’y sont pas mais qui ont des comportements qui « dérangent » leur environnement social et institutionnel : Il s’agit pour le professionnel de  demander de l’aide à la personne elle-même.  « pouvez-vous m’aider à vous aider ? » en quelque sorte. Il me semble que cette façon de faire est déjà souvent utilisée par les travailleurs sociaux quand ils sont démunis et sans  réponses. Je crois même savoir que cette approche est  abordée dans la formation initiale des assistant(e)s de service social. Nous sommes en effet convaincus que les meilleures solutions sont celles qu’apportent les personnes elles-mêmes dès lors que celles-ci sont réalisables et qu’elles ont en main toutes les données relatives à leur problème. 

Je me permets de vous renvoyer à un autre article que j’avais rédigé il y a plusieurs années sur le syndrome de Diogène et qui, à mon sens, reste d’actualité..

Quelques liens utiles sur ce sujet

Syndrome de Diogène — Wikipédia

Fiche d’information sur le syndrome de Diogène — CMRR

Le syndrome de Diogène, une approche transnosographique

 – Réflexions autour d’un cas clinique de syndrome de Diogène et ses liens avec la psychose

sans oublier les conférences du Docteur Jean Claude Montfort

enfin les services du premier ministre avaient publié un guide intitulé « agir face aux situations d’incurie dans le logement – accompagner les personnes en difficulté »

C’est un guide datant d’octobre 2013 très complet et bien documenté qui ne pourra que vous rendre service si vous êtes confronté à ce type de situation.

 

 

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2 réponses

  1. Je lis l’article et je m’aperçois que vous n’avez pas bien compris à mon avis le SD (syndrome de Diogène).
    C’est un diagnostic médico-social, ça ne revient pas qu’au médecin, mais au travailleur social dans un premier temps.. Si vous refusez de considérer que la personne que vous avez en face est atteinte du SD, vous n’avez aucun rôle en tant qu’intervenant social.
    Ne pas penser qu’il s’agit de SD, c’est penser que la personne a une incurie de son logement ou de sa personne, par « paresse », ou autre, qu’elle pourrait faire un effort et se prendre en main…

    « Un premier symptôme possible est ce besoin d’entasser des objets » -> bien lire ce qui est écrit, ,un premier symptôme POSSIBLE. Ce qui ne veut pas dire que c’est le premier trait de caractère de la personne atteinte de SD, mais que c’est un indice qui peut facilement attirer l’attention, et vous mettre sur la voie pour diagnostiquer un SD. Toutes les personnes SD n’entassent pas des objets.

    Il y a les SD actifs (entasseurs) et les SD passifs (non rongeurs, qui se laissent envahir).

    C’est le rapport au corps qui est faussé. La personne vit un repli autistique, qui fait que l’état du logement est secondaire, elle a des troubles dans son rapport au corps. Le logement, le corps, l’extérieur quoi. Repli sur soi.

    « Il se trouve que j’ai accompagné à plusieurs reprises des personnes que je n’oserais plus qualifier comme relevant du syndrome de Diogène mais qui avaient pour particularité de tout entasser chez elles. » -> C’est complètement idiot, pourquoi ne pas « oser »?? Si elles sont dans le déni, et vous aussi, on ira pas bien loin. Il faut oser dire « Diogène », et ça se soigne.

    Le problème est qu’il n’existe pas de traitement ni de remède miracle permettant que la personne modifie son comportement. -> faux! Il existe un traitement qui peut être différent car chaque patient atteint de SD est différent. Les thérapies comportementales (réapprendre à ranger et à nettoyer) donnent d’excellents résultats, avec suivant les cas un accompagnement psy de fond.

    Bref, un état et son contraire ou presque. -> C’est normal c’est un SYNDROME. C’est le cas de tous les syndromes. Car le syndrome décrit un ensemble de signes cliniques qu’on a regroupé, pas une maladie en tant que telle! Donc à partir de là, il est normal que ce syndrome puisse être causé par différentes pathologie (démence, traumatismes affectifs, etc…), et qu’une personne démente soit démente, tandis qu’une personne qui aura d’importantes névroses ne soit pas démente…

    « savoir faire appel à une aide extérieure lui permettant de se mettre à distance de la situation ». ->??? Pas compris.

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