Êtes-vous, vous aussi, victime du syndrome IKEA ?

Le concept « IKEA » a pénétré de façon inquiétante le domaine de l’action sociale et ses prestations. Un article du Monde Diplomatique avait traité cette question il y a plusieurs années sous l’angle de la consommation. De quoi s’agit-il ? Cela consiste tout simplement à vous faire faire le travail à la place du prestataire auquel vous faites appel. Un exemple ? IKEA tire les prix par le bas car ce sont les acheteurs qui montent les meubles. Aujourd’hui c’est la même démarche pour nos institutions. Elles font des économies en demandant à leurs  administrés de réaliser le travail de saisie et de trouver des conseils  qui par le passé était assuré par leurs propres agents.

Vous n’avez plus à vous déplacer si vous souhaitez bénéficier des prestations de la Caisse d’Allocations Familiales. Vous devez vous-même vérifier si vous pouvez bénéficier de telle ou telle prestation en remplissant les questionnaires adéquats. La prime d’activité  se traite à distance. Comme pour Ikea vous avez d’abord droit à un mode d’emploi . Une fois que vous avez tout compris, il vous est demandé de réaliser votre propre simulation. Ce n’est plus un professionnel de la CAF qui réalise l’estimation de votre droit à la prestation. C’est vous-même. Et tant pis si vous vous trompez. L’évaluation est construite à partir des éléments déjà fournis à la CAF. Si ceux ci ont changé (ce qui est fréquent), il est possible que le droit calculé soit bien différent. Certes, vous êtes guidé pour faire le travail mais le nombre de questions et le calcul ne pourra au final que rester obscur pour le simple allocataire que vous êtes. (quoique certaines collègues de la CAF m’ont avoué qu’elles mêmes aussi étaient un peu perdues dans ces calculs savants…)

Les assistantes sociales des Départements constatent que les systèmes ne pas toujours cohérents. Votre simulation vous répond que vous avez droit prime puis au moment de valider votre demande, il apparaît que finalement vous n’y avez pas droit. Cela m’a valu plusieurs réactions de personnes de mon entourage un peu égarées qui m’ont demandé si je savais pourquoi elles n’avaient pas droit à la prime pour l’emploi alors qu’elles percevaient selon leurs contrats, environ 800 euros de revenus mensuels. Bien en peine pour leur répondre, je n’ai pu que leur conseiller de prendre rendez vous à l’antenne CAF pour se faire expliquer ce qui pour moi reste encore assez mystérieux. Comme lorsque vous allez à Ikea, si vous ne suivez pas le chemin qui est fléché, vous allez vous perdre et tourner en rond avant de trouver la sortie.

A Pôle emploi tout a été prévu pour que vous ne vous perdiez pas non plus. En fait tout a été organisé pour que vous ne veniez plus à l’agence. L’accueil sur place est limité au matin (les après midis sont utilisés pour le traitement des dossiers et certains rendez-vous qui justifient le contact direct… Un directeur d’agence m’avait précisé avec une certaine pointe d’ironie,  » le demandeur d’emploi qui n’a pas Internet… » (silence et soupir) puis la sentence  « Il est mort ! » Bien… Je crains beaucoup de décès… Pôle emploi va très loin pour accompagner les personnes à distance : non seulement vous avez accès grâce à votre compte personnalisé aux offres mais vous pouvez aussi postuler en direct en envoyant votre CV que vous aurez pris soin de numériser vous même. (super simple n’est ce pas ? si vous ne savez pas, vous pouvez toujours aller à l’atelier pôle emploi de votre quartier). Non seulement vous pouvez actualiser votre situation, mais vous pouvez bénéficier des services de l’emploi store. Comme pour l’App store, vous choisissez vous même ce qui vous convient. J’ai pu tester l’outil particulièrement élaboré. Ainsi j’ai pu choisir un métier m’informer sur le marché du travail, construire mon projet professionnel, me réorienter,  et même grâce à un quizz c’est à dire un jeu de multiples questions réponses connaitre mon profil RIASEC (Suis-je Réaliste ? Investigateur ? Artiste? Social ? Entrepreneur ? ou encore Conventionnel ? – ce n’est pas un gag – Les psychos du travail n’en reviennent pas). C’est à se demander à quoi peu bien servir encore un conseiller pôle emploi… Vous l’avez compris comme pour Ikéa, c’est vous qui faites le job alors que les conseillers pôle emploi  se mobilisent sur autre chose et non des moindres : le contact avec les entreprises pour augmenter les offres d’emploi qu’ils ont en magasin… (là aussi il y a du travail… effectivement puisquel les offres d’emploi passent aussi désormais par d’autres réseaux sociaux).

C’est une évolution inéluctable m’a-t-on dit. Il n’y a rien à faire, c’est comme cela. Ikéa, Apple, Google, même combat que la CAF, Pôle emploi, ou encore l’assurance maladie, tout ce monde gère désormais nos données. A nous de les alimenter…

Je suggère que les service sociaux et actions éducatives s’y mettent aussi :

Cliquez 1 si vous avez un retard de loyer, 2 si votre enfant vous pose des problèmes, 3 s’il a moins de 6 ans, 4 si votre électricité est coupée, 5 …/…    110 si vous souhaitez rencontrer une assistante sociale, 111 si vous avez besoin des conseils d’un éducateur malgré tout ce qui a été mis en place pour vous, 112 pour les urgences médicales../… 115 si vous ne savez pas où dormir ce soir…

et pour terminer un petit entrainement pour votre motivation :

Photo via Visual Hunt

 

Article rédigé initialement en mai 2016

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