Séquence nostalgie : Les temps changent aussi chez les travailleurs sociaux…

A une certaine époque, le simple fait de s’annoncer comme assistante sociale était une garantie de sérieux et de moralité. Les éducateurs de rue disposaient d’une carte professionnelle enjoignant les forces de l’ordre à se mettre à leur disposition s’ils en avaient besoin…  Chacun avait la maîtrise de son travail et de ses missions. Bref les temps ont changé énormément.  Quelques exemples.

Je ne fais pas partie de ceux qui regrettent un passé idéalisé, celui d’avant Internet, et même avant les smartphones et autres tablettes. Ce temps n’est pas si lointain même si nous avons le sentiment qu’il s’agit d’une éternité. Nous utilisions les machines à écrire à boules et il fallait le carbone et le papier pelure pour copier à plusieurs exemplaires un seul et unique rapport qui était envoyé au juge des enfants par la poste. Aujourd’hui, le tribunal nous sollicite pour que nos envois se fassent par mail, (sans se soucier d’ailleurs des questions de sécurité des messages).  Nous n’avions pas à prendre connaissance des dizaines de mails quotidiens tous aussi importants les uns que les autres… Mais le passage du facteur nous apportait notre lot de contacts à prendre et de rapports à rédiger.

Nous allions à domicile aussi souvent que nous recevions les personnes au bureau. Sans les connaître nous allions ainsi « à l’aventure » sans savoir ce qui nous attendait. Nous étions sûr(e)s de nous et fier(e)s sans aucun doute de notre mission puisqu’il s’agissait simplement d’aider des personnes dans le besoin.  Nous savions qu’elles avaient du mal à venir voir l’assistante sociale ou l’éducateur et en conséquence, nous prenions les moyens d’aller vers eux, chez eux même, pour leur proposer une écoute et un soutien. Nous y allions le cœur léger parce que que c’était dans l’ordre des choses. Mais aujourd’hui il nous faut une étude nationale pour découvrir ce que représente aujourd’hui  le non recours au droits. Évidemment, aujourd’hui, malgré la multiplication des outils, nous n’avons plus le temps d’aller vers celles et ceux qui ne demandent plus rien et qui pourtant ont de réels besoins.

Je me rappelle une époque où nous gérions les risques sans aussitôt proposer l’envoi d’une information préoccupante. C’est nous qui étions préoccupés par la situation et nous ne déléguions pas à d’autres  son analyse pour décider ce qu’il y avait à engager. Nous avions nos propres instances collectives de réflexion. Nous avions à faire avec des jeunes tout aussi agressifs qu’aujourd’hui avec ce que représente l’autorité, mais ils étaient sans doute moins nombreux. Nous avions alors le temps de passer quelques heures avec eux quand cela n’allait pas trop bien. Et même, nous passions les voir quand il n’y avait pas trop de problème, tout simplement pour savoir comment ils allaient et s’il n’y avait pas de risque de dérapage au sein de leur famille d’accueil.

Aujourd’hui les familles d’accueil ont, comme moi, pris quelques dizaines d’années dans la vue. Elle sont nombreuses à prendre leur retraite et la relève n’est pas là. Pensez donc, l’engagement que cela représente, avoir un ado à la maison tous les jours, ce n’est pas le votre et en plus il risque  de n’en faire qu’à sa tête. Comme pour les adoptions, si l’on veut un enfant, mieux vaut un nourrisson avec des parents absents… Je reste toujours admiratif de ces assistantes maternelles (on ne les appelaient pas alors assistantes familiales ou ASFAM) qui ont tant apporté à ces jeunes en déshérence. Certes il y a eu aussi des situations complètement anormales et injustes avec des placement incompréhensibles où le parent disqualifié était mis de coté (il y aurait aussi de quoi écrire sur ce sujet) mais ces quelques situations ne peuvent effacer tout ce qui s’est construit pour des centaines d’autres qui le justifiaient pleinement.

Je me rappelle une époque où il n’était pas rare de se faire un peu « bousculer ». Qui n’avait pas été menacé dans son travail ? voir plus. Pour ma part j’avais été enfermé par une femme qui perdant la tête  voulait absolument que son mari hospitalisé revienne à la maison. Je n’avais aucun pouvoir sur ce sujet mais, pour elle, je pouvais le faire. Je repense à cet homme fou de rage qui était venu avec son fusil après avoir tenté de se suicider devant sa fille de 12 ans que nous avions « récupéré » en urgence. Ou encore de ce jeune qui avait sorti son couteau pour me menacer et benoîtement était venu présenter ses excuses le lendemain expliquant qu’il « était bien chargé » et que vraiment, là, il avait « déconné ».

Aujourd’hui certains faits qui sont les mêmes que ceux que nous avons connus hier provoquent une intense émotion et fréquemment un droit de retrait auquel nous ne pensions même pas. C’était aussi l’époque ou les médias ne se jetaient pas sur les services sociaux si un drame survenait. Cela restait dans les pages régionales des quotidiens et n’intéressait pas encore la télévision. Nous ne savions pas très bien comment fonctionnaient nos élus et nous ne les avions pas au téléphone pour un oui ou pour un non simplement parce qu’un administré leur avait fait un courrier.

C’était sans doute moins bien, moins efficace, moins rationnel. Nous savions intervenir sans faire appel à un protocole ou une procédure qui, vous l’avez constaté est un immense progrès pour le travail. Il y avait sans doute des « ratés » mais l’échange d’information se faisait simplement dans l’intérêt de la personne  entre travailleurs sociaux de mêmes professions. Il ne fallait pas signer des chartes de partenariat pour travailler ensemble dans des institutions différentes.

Je me rappelle dans l’équipe où je travaillais une fois par semaine nous mangions tous ensemble, conseillère CAF, Psy de l’EMPP, collègue de la mission locale, celle du CCAS, toute l’équipe du centre médico-social (CMS) et agent de l’ANPE en charge du RMI. Le collègue de la CRAM venait quant à lui une fois par mois et nous nous arrangions pour débrouiller les situations délicates après le repas pris dans notre crêperie tout à coté du CMS (Nous faisions le bonheur de la commerçante avec notre grande tablée hors saison). Chacun repartait avec sa « liste de courses » de démarches à engager au sein de son administration pour régler telle ou telle situation administrative bloquée. Et ça fonctionnait. Aujourd’hui la messagerie a remplacé ce mode de communication. Tout est devenu plus rationnel. D’ailleurs nous pouvons avoir toutes les infos grâce à CAFPRO. Pourquoi perdre son temps avec ces futilités ?

C’était aussi l’époque où nous pensions que les pauvres pourraient ne pas rester pauvre toute leur vie. Que même si nous avions des familles enkystées depuis des générations, la nouvelle avait l’espoir de s’en sortir grâce à l’école et à la formation.

C’est vrai, les temps changent….

 photo : merci à Françoise Gueroult qui nous a transmis cette Annonce vue à l’abbaye de Daoulas à l’expo de 2015 « petits arrangements avec l’amour » 

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Une réponse

  1. Est ce que quelqu’un sait si la brune de Marseille a finalement trouvé l’amour? La réponse m’intéresse, car je trouve aussi que cela fait partie de l’espoir ^^

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