Didier Dubasque
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Réforme de l’assurance chômage : des économies budgétaires au détriment des plus vulnérables

Gabriel Attal, a confirmé hier le contenu de la nouvelle réforme de l’assurance chômage qui entrera en vigueur le 1ᵉʳ décembre prochain. Le gouvernement porte ainsi un nouveau coup de massue aux demandeurs d’emploi avec cette réforme. Sous couvert d’incitations au retour à l’emploi, l’exécutif durcit une nouvelle fois les conditions d’indemnisation, au détriment des plus précaires. Les mesures envisagées vont exclure de nombreux chômeurs du régime d’assurance, les contraignant à basculer vers le RSA, dernier filet de protection sociale.

Des économies budgétaires substantielles

L’objectif principal de cette réforme est de réaliser des économies budgétaires significatives. Le gouvernement espère économiser jusqu’à 3,6 milliards d’euros par an grâce à ces nouvelles mesures. Ces économies seront principalement réalisées en durcissant les conditions d’ouverture des droits et en réduisant la durée d’indemnisation.

Selon l’Unédic, augmenter la durée minimale d’activité à 8 mois et réduire la période de référence à 20 mois permettra de réaliser des économies importantes au prix d’une exclusion massive des demandeurs d’emploi du système. Ces chômeurs qui ne seront plus indemnisés vont rejoindre la cohorte des allocataires du RSA à qui signent des contrats d’engagement pour des démarches de retour à l’emploi. Certains demandeurs d’emploi vont voir leurs ressources considérablement diminuer.

Un nouveau durcissement des conditions d’accès

L’une des principales mesures de cette réforme est l’allongement de la durée de travail requise pour ouvrir des droits. Actuellement, il suffit d’avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers mois pour être éligible. À partir de décembre, il faudra avoir travaillé 8 mois sur les 20 derniers mois. Cette modification exclura de nombreux travailleurs précaires, notamment les jeunes de moins de 25 ans, les intérimaires et les salariés en CDD, qui alternent souvent entre périodes de travail et de chômage. Selon l’Unédic, cette mesure pourrait toucher jusqu’à 15 % des demandeurs d’emploi, les privant de toute indemnisation.

La réforme prévoit aussi une réduction de la durée d’indemnisation. Pour les chômeurs de moins de 57 ans, la durée maximale d’indemnisation sera réduite à 15 mois si le taux de chômage reste en dessous de 9 %. Si le taux de chômage tombe en dessous de 6,5 %, cette durée pourrait être encore réduite à 12 mois. Cette mesure viserait à inciter les chômeurs à retrouver un emploi plus rapidement, mais elle risque surtout de précariser davantage ceux qui peinent à retrouver un travail stable. 

L’âge à partir duquel on peut bénéficier d’une indemnisation plus longue va passer de 53 à 57 ans.  Sa durée sera plafonnée à 22,5 mois, contre 27 mois actuellement.

Une politique d’appauvrissement des publics vulnérables

L’économiste Michael Zemmour explique très clairement que cette réforme représente un « troisième tour de vis très dur ».  Elle s’inscrit après deux précédentes réformes qui avaient déjà réduit les allocations en moyenne de 20% et même plus pour certains publics. Il rappelle qu’actuellement, seulement  quatre personnes sur dix au chômage perçoivent une allocation-chômage, et ce chiffre risque de diminuer encore plus.

L’économiste souligne qu’à ce jour, il n’y a aucun retour concret sur les effets des précédentes réformes. Ce que l’on sait, c’est qu’elles ont surtout appauvri les personnes concernées en réduisant les indemnités et  le nombre de personnes. C’est ce que montrent les chiffres de Pôle emploi.

Les effets sur le chômage restent à évaluer. Ces réformes privent les demandeurs d’emploi de ressources qui compliquent leur retour à un emploi stable. Les études économiques montrent que chercher un emploi stable et correspondant à sa formation demande des moyens. Réduire les indemnités peut entraver ce processus. Cela peut jouer par exemple sur la perte de mobilité des demandeurs d’emploi.

L’économiste ne mâche pas ses mots : la principale motivation de cette réforme est de faire des économies, non pas pour l’Unedic, qui est en excédent, mais pour rembourser les déficits de l’État. Il décrit cette réforme comme une « ponction qui ne dit pas son nom » sur le budget de l’Unedic. Il critique également le fait que les précédentes réformes n’ont pas été évaluées, ce qui rend difficile d’en justifier une nouvelle. 

Le Gouvernement peut se targuer de ne pas réduire les impôts pour ceux qui ont des revenus. Dans le même temps, il prélève sur les indemnités des salariés les plus précaires des revenus de subsistance essentiels.

Michael Zemmour considère que  c’est un acharnement injustifié et incohérent. Il insiste sur le fait que l’assurance chômage se porte bien financièrement et n’est pas à l’origine du déficit public. Il met en garde contre les conséquences sociales de cette réforme, affirmant qu’elle risque d’accroître la précarité sans véritablement valoriser le travail. 

Réduire les droits à l’assurance chômage ne crée pas d’emplois, mais pousse les chômeurs à accepter des emplois dégradés.   Selon lui, la solution ne réside pas dans la restriction de l’accès aux allocations chômage, mais plutôt dans l’augmentation des salaires, surtout les plus bas. C’est la seule manière de créer un écart significatif entre travail et aides, tout en valorisant le travail.

Un impact sur les allocataires du RSA

L’exclusion de nombreux chômeurs du système d’assurance chômage aura mécaniquement un impact direct sur le nombre d’allocataires du RSA. En privant des centaines de milliers de personnes (et de familles) de leurs allocations chômage, le gouvernement les pousse vers le RSA. Cela va augmenter la charge financière des départements qui financent cette prestation. Or les exécutifs départementaux sont à la peine et recontrent pour certains de grosses difficultés pour boucler leur budget.

Concrètement, prenons l’exemple de Julie, une jeune de 25 ans qui enchaîne les CDD dans le secteur de la restauration. Avec les règles actuelles, elle peut prétendre à une indemnisation chômage après avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers mois. Avec la nouvelle réforme, elle devra travailler 8 mois sur les 20 derniers mois, ce qui sera difficile compte tenu de la nature précaire de ses emplois. Julie risque donc de se retrouver sans aucune indemnisation chômage et devra se tourner vers le RSA pour survivre.

Tout cela en pleine campagne électorale

Il faut dire les choses telles qu’elles sont. La réforme de l’assurance chômage annoncée par Gabriel Attal est une attaque directe contre les plus précaires. En durcissant les conditions d’accès et en réduisant la durée d’indemnisation, le gouvernement exclut de nombreux chômeurs du système, les poussant vers le RSA. Les économies budgétaires réalisées se feront au prix d’une précarisation accrue des demandeurs d’emploi, aggravant la pauvreté et l’insécurité sociale.

Cette réforme, loin d’encourager le retour à l’emploi, risque de créer une nouvelle classe de travailleurs pauvres. Ils entreront dans la catégorie exclus du système de protection sociale.

Il n’est pas certain que ce soit payant électoralement parlant. Peu importe apparemment pour le Gouvernement qui continue de subventionner les grandes entreprises au détriment des publics les plus fragiles. Jusqu’où cela ira-t-il ? La mise en place d’une politique d’appauvrissement des moins favorisés s’oppose de front aux principes de solidarité. Les travailleurs sociaux et les professionnels de l’insertion ne vont pas chômer. Ils ont de quoi être inquiets. 

Sources et références :

 


Photo : avatarcookie_studio sur Freepik

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Une réponse

  1. je pense que cette reforme va forcer les chômeurs vers des emplois précaires voir exploitations des salariées ces reformes von toucher de plein fouet les salaires qui seront obligatoirement revue a la baisse et sera au final très néfaste pour notre économie

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