Qu’est ce que l’exclusion sociale ?

Qu’est ce que l’exclusion sociale ? La question mérite d’être posée lorsque l’on sait combien l’idéologie qui avait préfigurée le vote de la loi sur le RSA a nié cette réalité en présupposant que seul l’accès à l’emploi était l’objectif à atteindre comme si le travail, qui certes est facteur d’intégration, allait à lui seul  permettre de répondre aux grands défis que posent l’exclusion. Les travailleurs sociaux ont constaté depuis longtemps que si l’accès à l’emploi permet mieux de s’intégrer socialement, cela n’est souvent pas suffisant. L’exclusion sociale est bien plus large que l’exclusion professionnelle. Cela mérite quelques explications..

Pour aller un peu plus loin sur cette question, reprenons le rapport sur la grande exclusion sociale qui avait été rédigé il y a plus de 20 ans par mon ami Christian Chasseriaud. J’ai pu « numériser » cet écrit et vous propose d’en retenir certains aspects car il est à mon avis toujours autant d’actualité…

Alors que dit ce rapport sur l’exclusion sociale

« L’exclusion peut se définir comme un phénomène social qui met à l’écart un individu ou un groupe d’individus qui présentent des différences ou des manques jugés invalidants. L’exclusion sociale met un individu « hors jeu », le disqualifie du jeu des rapports sociaux ».

L’exclusion professionnelle n’est pas nécessairement une exclusion sociale. L’exclusion professionnelle pénalise la personne par rapport à l’emploi uniquement. Elle contribue à réduire la vie sociale de celui qui ne travaille pas. Toutefois, certains personnes exclues du monde du travail peuvent être socialement très bien insérées socialement même si le regard de la société sur les personnes qui ne travaillent pas reste très jugeant. En fait, il faut alors que la raison du non emploi soit « acceptable » par l’environnement social.

L’exclusion sociale quant à elle met à l’écart l’individu dans sa totalité. Beaucoup  de travailleurs sociaux savent bien que pour bon nombre de personnes exclues, le fait de trouver ou de retrouver du travail, n’est pas le signe d’une sortie de l’exclusion sociale. Des tentatives d’orientation professionnelle se heurtent bien souvent à cette réalité de l’exclusion. Enfin le phénomène des travailleurs pauvres nous montre que l’on peut être intégré professionnellement tout en étant exclu économiquement.

L’ exclusion concerne également « l’identité sociale » du sujet c’est-à-dire la manière dont une personne est reconnue et la manière dont elle appartient à un environnement. Elle est alors maintenue dans une forme de non-existence et une perte de reconnaissance.

La question n’est donc pas de savoir qui de l’individu ou  de la société est la cause de l’origine de cet état. Elle est de repérer l’articulation entre cause individuelle et cause sociale. L’exclusion sociale peut avoir pour origine un facteur d’ordre individuel qui peut lui-même être la conséquence de dysfonctionnements sociaux. Or nous avons un peu trop tendance à ne regarder que la surface des faits.

L’exclusion de l’emploi pour des raisons d’inadaptation de l’individu aux exigences de la production pour les plus fragiles est certes un élément déterminant d’un mouvement qui provoque l’exclusion mais il y en a d’autres. Les ruptures affectives (divorce, séparation…) peuvent tout autant créer les mêmes effets.

Les causes sociales, les causes individuelles de la grande exclusion

La fragilité sociale renvoie aussi à des structures de personnalité insuffisamment établies ou assises. Cela ne veut pas dire que ce sont les personnes qui sont responsables de leur exclusion. Tout au contraire, ces personnes sont des victimes d’une relégation liée à des comportements dont elles n’ont souvent pas conscience. Des événements sociaux qui surgissent, deviennent déstabilisateurs et les fragilités individuelles sont à ce moment-là réactivées dans l’existence quotidienne de l’individu. A partir de là, l’exclusion devient sociale car elle modifie profondément l’ensemble des relations sociales de la vie de tous les jours. Les mises à l’écart se succèdent les unes aux autres, l’individu s’enfonce dans la déviance sociale (1) qui est une des conséquences directes de l’exclusion, la déviance se traduisant par des comportements de marginalité.

La conjoncture sociale et économique actuelle augmente et diversifie ce phénomène d’exclusion sociale. L’emploi des non-qualifiés se rétrécissant sur le marché du travail, c’est souvent autant d’individus qui perdent durablement pied, qui se fragilisent de manière importante et inquiétante. Leur ancien équilibre de vie s’est brutalement cassé; le déséquilibre social domine, entraînant d’importantes perturbations et modifications des identités. Le problème se transforme vite en problème psychologique puisque l’inutilité de l’individu et sa non-reconnaissance deviennent les attributs sociaux les plus visibles et ses caractéristiques dominantes.

Une disqualification sociale en est également un des résultats. Elle induit elle-même des processus de déshumanisation dont certains peuvent être très graves : perte des repères du temps et de l’espace, perte de la notion de propriété personnelle, perte des processus de santé fondamentaux, installation dans une grande errance sociale et psychologique, mise en place de comportements suicidaires ou agressifs, installation dans la petite délinquance ou la maladie mentale… »

« Ainsi se constitue toute une population ancrée durablement dans l’exclusion. Cette population, jeune ou adulte, ne ressemble pas à celle qui vit l’exclusion professionnelle mais qui reste insérée socialement. Les difficultés que vivent les publics de l’exclusion sociale durable revêtent une profondeur et une intensité très importantes. Pour eux, l’insertion ne se pose pas de la même manière que pour ceux dont l’exclusion est d’abord d’ordre professionnel mais n’est pas sociale, dans le sens d’inscrite profondément dans les rapports sociaux (mises à l’écart, rejets sociaux…) »

Évaluer aujourd’hui l’ampleur de cette grande exclusion sociale est tout à fait important et prioritaire. Cela avait été fait il y a plus de 20 ans. Nous avons aujourd’hui l’ONPES ( Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale) qui traite de cette question. Il sera important pur chacun de mesurer ce que cet organisme d’Etat écrit dans ses rapports annuels tels celui intitulé « penser l’assistance »

Ce rapport précise que « la crise ne fait pas que stimuler la générosité envers les plus démunis. Elle avive aussi la critique adressée aux politiques sociales selon laquelle l’assistance favoriserait des comportements opportunistes de la part des allocataires. L’Observatoire a dès lors voulu comprendre comment renaît ce type d’accusation. Elle peut, si l’on n’y prend garde, contribuer à aggraver l’exclusion sociale. .

(1) Déviance sociale : écart qui se creuse entre les normes sociales nécessaires à l’intégration et le comportement de l’individu. La déviance sociale n’est donc pas obligatoirement synonyme de comportement délinquant. Elle peut y conduire.

Licence photo PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification Certains droits réservés par Laurent Lavì Lazzeresky

 

Note : cet article déjà publié en mars 2017  a été programmée pour étre rediffusé car je suis absent, sans connexion internet jusqu’au 10 mai. Je ne pourrai mettre en ligne vos éventuels commentaires qu’à mon retour. Merci de votre compréhension.

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2 réponses

  1. Je voudrais savoir la différence entre l’exclusion sociale et la marginalisation. Aider c’est urgent. Merci

    1. Bonjour Cathy,

      L’exclusion sociale et la marginalisation sont souvent présentés comme des synonymes, mais je pense qu’il y a une différence notable entre ces 2 expressions. Pour faire court :
      – Exclure ou s’exclure met la personne « en dehors » du système social
      – Marginaliser ou se marginaliser consiste à créer un espace ou une distance vis à vis d’un système mais on reste dans le système.
      La marginalisation s’inscrit en rapport à une norme mais en crée une autre et peut même la revendiquer. Le mouvement hippies des années 70 était une marginalité revendiquée face à un système social dominant. Cette marginalité assumée a fait bouger les lignes de la norme. L’exclusion est plus une mise au ban de la société. Le sujet est alors maintenu dans une forme de non-existence et une absence de reconnaissance de sa situation. Le marginal « dérange » et interroge. L’exclusion est une forme de rejet sans discussion possible. Ces quelques éléments sont à creuser évidemment. On peut à mon sens être marginal sans être exclu. L’inverse s’il existe est beaucoup plus rare Mais ce n’est que mon avis.
      Cordialement dd

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