Didier Dubasque
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Qu’est ce que le positionnement professionnel ? pourquoi est-il si utile ?

Nous avons en travail social une fâcheuse habitude qui consiste à vouloir être précis sur les termes que nous utilisons. Certains pensent que nous avons tendance à un peu trop « jargonner » c’est-à-dire à utiliser des mots qui nous sont propres. Comme si le mécanicien ou le boulanger pour ne citer qu’eux n’avaient pas besoin d’un vocabulaire spécifique pour maîtriser leur « art » qui consiste à réparer correctement une voiture ou à cuire et à vendre du bon pain.

Les mots ont du sens.

En travail social, notre pain quotidien ne se résume pas aux actes que nous posons, mais aussi aux réflexions qui les accompagnent. Il existe bien un « art » du travail social dès lors que l’on a en face de soi des personnes à aider et à accompagner. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous faisons a un impact sur la vie d’une personne et que celle-ci mérite toujours – quoiqu’il advienne – le respect. Donc si j’agis auprès ou avec elle, j’ai l’impérieuse nécessité en tant que travailleur social d’être en capacité d’expliquer pourquoi et dans quel but je pose tel ou tel acte.  C’est un positionnement professionnel qui est redoutablement efficace : savoir expliquer ce que nous faisons et pourquoi nous  agissons de telle ou telle façon.

En effet, agir mécaniquement en travail social n’a pas de sens et c’est là où le bât blesse à l’heure où il nous est demandé d’agir sans nous poser de questions.  Se poser des questions est pourtant la meilleure manière de mieux répondre à nos missions.

Avez-vous un positionnement professionnel ?

J’ai récemment été interpellé par une collègue sur ce que l’on appelle le positionnement professionnel. Mais d’abord, qu’est-ce que ce positionnement a de particulier ? Dire que nous n’en avons pas en est déjà un.  Notre façon de faire serait parfois  en tension avec les ordres qui nous sont transmis.

« Qu’importe la forme, seul compte le résultat ! », c’est en quelque sorte le nouvel adage en cours. Or c’est justement le contraire qui prévaut en travail social. Le résultat est certes important, mais il n’est pas l’essentiel. Il est la conséquence d’un processus de changement qui lui est essentiel. Il ne peut être obtenu qu’en respectant une manière d’agir, en l’occurrence ici en associant la personne et non pas  agissant à sa place.

Les procédures et les protocoles laissent supposer que les personnes ont les mêmes priorités, comprennent tout de la même manière et qu’il n’y a qu’un chemin pour aboutir au bon résultat.  Mais, problème, nous travaillons avec des humains, ces êtres qui sont comme nous, avec leurs intérêts, leurs contradictions, leur (bonnes ou mauvaises) raisons.  Abandonner la procédure, faire un pas de côté et se positionner différemment est parfois (souvent ?) beaucoup plus efficace.

Les personnes nous obligent (et c’est heureux) à avoir des attitudes professionnelles cohérentes et adaptées. c’est-à-dire à nous positionner dans des situations avec lesquelles de multiples acteurs (dont nos employeurs) mettent en jeu, eux aussi, avec leurs propres intérêts.

Cristina De Robertis nous a expliqué ce qu’est  le positionnement professionnel

« Le terme positionnement vient de position : ensemble de circonstances dans lesquelles on se trouve ». il est dynamique et évolue. Le terme de posture est lui relatif à la position à un moment donné. Il est statique à l’image de la posture du penseur, la sculpture de Rodin. Le positionnement s’inscrit dans un mouvement permanent à l’image du joueur de tennis qui doit sans cesse se positionner en fonction du jeu de son adversaire.

Le positionnement professionnel est « la manière dont le travailleur social se situe en tension à l’intérieur des pôles constitutifs de son intervention ». En effet, nous sommes confrontés à 4 axes différents dont nous devons tenir compte :

  • le cadre législatif de nos missions, mais aussi le respect du droit.
  • les demandes de notre employeur et les missions qu’ils nous ont confiées
  • les personnes concernées qui ont, rappelons-le, toujours leur mot à dire
  • nos valeurs et notre déontologie qui cimentent notre éthique professionnelle

Un positionnement professionnel est donc une façon d’agir en prenant compte ces quatre dimensions qui parfois peuvent entrer en contradiction.

Pour autant

  • Le positionnement n’est pas la posture (qui elle est statique et relève de la morale de chacun). Il est évolutif et conduit à s’adapter en fonction non seulement de la personne mais aussi des conditions d’exercice de la profession et de l’environnement immédiat.
  • Un positionnement en côte à côte est plus efficace qu’en face face. Je défends beaucoup la nécessité de faire évoluer le positionnement professionnel des assistants sociaux, mais aussi des autres travailleurs sociaux. Il y a  un intérêt pour tous  de passer du face-à-face pour aller vers le côte à côte (tout en sachant garder une distance ou plutôt une proximité adaptée)
  • Le positionnement passe aussi par des pratiques déjà existantes dans la profession. Notamment, il conduit à rester en cohérence avec notre éthique professionnelle et notre déontologie. Ainsi, nous avons comme positionnement de toujours associer la personne aux décisions qui la concerne, à nous appuyer sur ses compétences et son savoir d’expérience. Les textes législatifs permettent cela. Mais parfois nos encadrements n’en ont que faire. Il nous est demandé de transmettre des informations sans avoir le temps de demander l’accord de la personne alors que l’information lui appartient et que c’est elle qui devrait être interrogée.

 

Nous cherchons à être loyal vis-à-vis de la personne, c’est-à-dire d’être en capacité de l’informer sur les actes que nous posons en lui demandant son accord. Ne pas agir « dans son dos ». Il s’agit aussi de systématiquement l’informer même si cela n’est pas facile.   Ces positionnements professionnels là sont spécifiques à la profession d’assistant(e) social(e) mais pas que. Il y a aussi de nombreux travailleurs sociaux qui demandent à ce que leur positionnement qui consiste à faire systématiquement en accord avec la personne soit respecté. Or ce n’est pas toujours le cas.

Mais il y a aussi des collègues qui préfèrent s’installer dans une logique de sachant face à celui ou celle qui ne sait pas. C’est la posture du dominant ou du sauveur. Or, nous ne sommes pas des directeurs de conscience. Savons-nous vraiment ce qui est bon pour l’autre dans tel ou tel contexte ? Nous conseillons, nous invitons et proposons, mais laissons toujours la personne décider en dernier recours. C’est un positionnement professionnel particulier qui est souvent mal compris.

Un positionnement professionnel inadapté ne peut que mettre le travailleur social en difficulté : Ainsi des collègues qui expliquent que l’ordinateur fait écran entre elles et la personne devraient se poser la question : pourquoi ne suis-je pas à côté plutôt qu’en face d’elle lorsque j’utilise l’ordinateur ? Ceci afin qu’elle puisse bien voir ce que je tape et indique dans le logiciel. Aucun employeur à ma connaissance n’empêche que l’écran soit tourné vers la personne ni qu’on l’utilise uniquement en fin d’entretien.

Ces quelques exemples cherchent à vous mettre en appétit pour mieux comprendre combien le positionnement professionnel peut être important pour celui ou celle rencontre un travailleur social. Selon votre façon de faire de dire et d’agir, se construira une véritable relation d’aide qui ira bien au-delà le « bon remplissage » d’un imprimé.

sources :

photo : pexels

 

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Une réponse

  1. Un texte qui en dit long sur l’accompagnement social et sur la façon dont le travailleur social devrait mettre en oeuvre sa pratique.
    Faire sens dans ses actes, si infimes soient-ils, dans le quotidien génére de la réflexion, un regard, un sentiment d’être en phase et au cœur de son travail.

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