Quelles pratiques collectives envers les femmes victimes de violences ?

L’aide et l’accompagnement individuels des personnes s’ils sont nécessaires, restent toutefois insuffisants. Les pratiques collectives des travailleurs sociaux envers ces femmes sont encore limitées et  du domaine volontariste et de l’engagement. Or leur demande  porte  non seulement sur le fait de recevoir de l’aide mais aussi d’être elles-mêmes actrices. Aussi l’intervention sociale d’intérêt collectif envers ces femmes victimes a pour objectif d’opérer un passage qui va de la sphère privée oppressante vers une sphère publique de reconnaissance et de droits.  C’est un outil de reconstruction qui permet de déresponsabiliser, de déculpabiliser et de restituer la problématique dans le fait social. (…/…)

La connaissance et prise en compte socialisée de la thématique des violences faites aux femmes se fait principalement par :

– Les actions collectives de resocialisation : le travail en groupe. En Europe et en France, bien que trop peu nombreuses encore, des actions collectives de resocialisation présentent un réel intérêt. Elles ont plusieurs finalités – la sortie d’un repli sur soi, le processus de « dévictimisation » et de dédramatisation. Ainsi les femmes sont invitées à participer à un groupe de parole, pour partager leur vécu, et se rendre compte qu’elles ne sont pas les seules à vivre cette situation. L’objectif concerne l’expérimentation des relations et des comportements permettant de reprendre contact avec ses capacités et compétences dans la perspective d’une reprise de pouvoir sur sa vie.

– Les actions thématiques collectives : une ouverture vers l’autonomie. Des groupes de parole sont menés sur des questions telles que le logement, l’organisation de la vie pratique et sociale, la relation aux enfants, l’expression de la créativité, la perspective de requalification ou d’activité professionnelle, les productions culturelles… L’objectif est de contribuer à la prise d’autonomie du sujet et de citoyenneté.

Cependant, si dans un premier temps il peut s’avérer nécessaire que des services animent des groupes de paroles réservés spécifiquement aux femmes victimes, il est essentiel que celles-ci puissent aussi s’inscrire dans des dynamiques de groupes ouverts à tous, qui leur permettent de rencontrer des personnes ne vivant pas la même problématique. Il s’agit d’éviter une nouvelle forme d’enfermement entre celles et ceux qui ont connu la même situation de violence. Il est recommandé d’éviter d’inscrire les femmes dans des ateliers à vocation uniquement techniques et réparatrices ; l’action collective nécessite de l’engagement, de la convivialité. Quelques exemples :

– La dédramatisation par l’action créative. Des actions de groupe sont conçues comme un outil pouvant permettre aux femmes de s’exprimer sur leur vécu de violences, autrement que par la parole. C’est notamment le cas d’ateliers artistiques permettant de ne pas avoir la sensation d’être constamment en « travail » psychologique sur soi, de s’exprimer autrement, avec d’autres…

– Une pédagogie d’émancipation. Des groupes de parole ont pour objectif d’aboutir à l’action collective et citoyenne, malgré les limites de la démarche participative dans un contexte de précarité, d’urgence et d’incertitude. Ils permettent de retrouver la convivialité et la mise en action de valeurs, telles que la solidarité, la coopération, les ressources individuelles.

Ainsi, le travailleur social permet, grâce à l’intervention collective, un positionnement de proximité en se démarquant de « la neutralité bienveillante » tout en sachant travailler « la bonne distance ». Certaines conditions sont toutefois nécessaires pour que cela puisse se réaliser et fonctionner. Il reste nécessaire de garantir la régularité et la pérennisation des rencontres, de favoriser l’accessibilité et la disponibilité des femmes, et… de disposer de professionnels bien formés.

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