Quel intérêt de travailler en réseau quand on est travailleur social ? avantages et inconvénients…

Quand nous parlons aujourd’hui de réseaux, nous pensons aussitôt aux réseaux sociaux, ceux qui nous mettent en lien à travers des applications informatiques. Pourtant le travail en réseau est tout autre chose, notamment en travail social. Nous n’avons pas besoin d’ordinateurs ni d’Internet pour cela. J’ai rédigé ce texte dans le cadre de mon travail. Autant qu’il serve à celles et ceux qui ceux qui sont susceptibles de s’interroger sur les différents types de réseaux existants, leurs avantages et leurs inconvénients dans le cadre du travail social… C’est un texte un peu formaté mais il peut vous être utile…

Commençons par une  tentative de définition (1) : « Le réseau constitue, à un moment donné, sur un territoire donné, la réponse organisée d’un ensemble de professionnels et/ou de structures, à un ou des problèmes précis, prenant en compte les besoins des individus et les possibilités de la communauté». « Contrairement aux organisations de type classique, qui sont normalisées, le réseau est une structure complexe dont les limites ne sont pas définitivement tracées, dont les règles de fonctionnement ne sont pas codifiées et dont les ramifications sont hétérogènes ». (Pierre A. VIDAL-NAQUET )

Lorsqu’une personne rencontre un professionnel travaillant en réseau, celui-ci peut faire appel aux conseils et aux connaissances des autres membres qui le constitue. Cet échange permettra d’apporter une réponse globale au problème de la personne. Nous sommes alors inscrits dans une dynamique d’entraide.

Le travail en réseau s’appuie sur des travailleurs sociaux motivés qui reconnaissent la nécessité de travailler ensemble. Ce sont donc des praticiens qui portent en quelque sorte le réseau et le font vivre. Les institutions tout en s’engageant, ne peuvent à elles seules porter cette dynamique.

La notion de réseau est particulièrement adaptée à la problématique « précarité » lorsque aucune solution est en vue et que la personne aidée met à mal l’accompagnement.

Le travail en réseau  repose souvent en premier lieu sur des engagements individuels. Mais l’enjeu est de trouver un équilibre entre le seul engagement d’acteurs de terrains «motivés» et une commande administrative « par décret » sans réel lien avec le terrain. Les travailleurs sociaux doivent pouvoir garder une liberté de manœuvre dans le champ donné par leurs employeurs. Un réseau doit rester ouvert, il peut renouveler en permanence ses membres. Il doit aussi renouveler ses priorités, car ses membres peuvent  y entrer et sortir à tout moment ou presque.

Les réseaux sont en effet de nature polymorphe, un gage de qualité étant leur adéquation aux réalités du terrain. Le mieux est sans doute d’en donner quelques exemples.

Observons 4 différents types de réseaux et repérons quels en sont les avantages et les inconvénients.

1- Les réseaux de soutien entre professionnels
Ce type de réseau se traduit dans un 1er temps par des échanges informels sur des situations individuelles. Ces pratiques existent depuis longtemps entre dans Centres Médico ­Sociaux. Mais l’évolution des situations conduit de plus en plus de professionnels à exprimer le besoin de travailler ensemble dans 3 directions :
– Dans l’entraide professionnelle et bénévole
– Dans la mise en place de relais et de permanences permettant d’accompagner « en douceur » l’usager vers une structure spécialisée.
– Dans la prise en charge commune de situations avec partage des interventions.

De plus en plus, les professionnels médico-sociaux s’organisent en réunions régulières autour d’études de situations particulières, mais aussi d’échanges et de réflexions sur des sujets généraux. Ils contribuent ainsi à une meilleure connaissance des rôles de chacun et améliorent l’accompagnement du public.

Dans certains cas, cette collaboration est formalisée par une convention, dont le but premier est la pérennisation de l’action au delà des professionnels initiateurs du réseau constitué. Les attentes des différents professionnels sont souvent dans un premier temps une réponse technique au cas par cas. Au fil des rencontres, la meilleure connaissance mutuelle des rôles et postures professionnelles de chacun, fait évoluer l’idée d’une véritable collaboration pour une prise en charge globale de la personne.

Avantages de la démarche : une prise en compte globale, la cohérence des interventions vis à vis de l’usager, une souplesse et rapidité de mise en œuvre avec au final un service rendu à la population plus efficace. Ce type de réseau convient plutôt dans  les communes rurales, là où le partenariat et les structures spécialisées sont peu implantés

Inconvénients :  Le portage institutionnel est faible. Il y a une difficulté de pérennisation du réseau quand les professionnels à l’origine de ce travail quittent le secteur. les moyens financiers sont limités tout comme le  nombre de participants

2. Les réseaux qui se donnent comme support une structure associative
Ce type de réseau est né d’une volonté de professionnels « militants ». Ils créent une structure associative pour être reconnus. Ses points forts sont la participation d’acteurs de terrain en et hors temps de travail, l’existence de débats et d’actions communes dont des actions de formations. On peut souvent regretter le manque d’implication institutionnelle dans ce type de réseau.

Ce type de réseau «se construit en travaillant », il existe un langage commun des acteurs. Il remplit des fonctions de veille, d’observatoire social, et d’expertise mais aussi d’alerte et de vigie ; il permet une prise de parole collective et peut être perçu par les institutions comme un « groupe de pression ». Parmi ses actions réalisées on retient la formation, la mobilisation des ressources.

Avantages de la démarche : souplesse, pragmatisme, bonne connaissance des professionnels de terrain., visibilité pour la population. Structure polymorphe.

Inconvénients : faible portage institutionnel, s’appuie sur une volonté forte des promoteurs du réseau. Il y a beaucoup de travail à la charge de l’association qui anime le réseau. Difficulté liée à une forme d’indétermination : Il est sujet a des questionnements quant à sa réalité et à ses résultats. Il doit faire face à une institutionnalisation de son association

3. Les Réseaux portés et initiés par une ou plusieurs  institutions
Issu d’un plan d’actions formalisées, il se dote souvent d’une charte signée par un comité de pilotage. Ses objectifs sont définis dans un document recueillant l’engagement des représentants des différentes institutions concernées, ils disposent généralement de plus de moyens. Il est souvent piloté par une institution désignée comme coordinatrice. Les niveaux de participation et les apports sont différents selon chaque institution. Pour autant les effets induits des réseaux sont plus divers

Avantages de la démarche : le portage institutionnel permet des actions d’information et de sensibilisation de grande envergure. Les structures du réseau permettent une prise en compte cohérente des personnes quel que soit leur point d’accès. Les moyens sont identifiés et plus facilement mobilisables.

Inconvénients : Il y a un risque de faible mobilisation des acteurs de terrain. Cela peu être perçu comme un dispositif peu visible et noyé dans la masse des dispositifs existants. Un renouvellement permanent des acteurs peut freiner la dynamique engagée. Ceux ci ne sont pas toujours motivés

4. Les autres réseaux centrés sur des problématiques ou publics spécifiques
Il sont centrés sur une question spécifique ( Logement SDF, Alcoologie..) Ils peuvent être tout autant informels ou formalisés. Il est nécessaire qu’ils soient soutenus et reconnus par au moins une institution

Avantages : Ils font preuve d’une grande souplesse, favorisent l’apprentissage du « travailler ensemble ». Il peut servir de préalable à un élargissement des publics et problématique

Inconvénients : l’approche spécifique à un public ou à une problématique peut être assez limité (cadre d’intervention plus réduit ). Le réseau fonctionne par ses membres volontaires et peut rencontrer des difficultés à être pérenne en fonction des mouvements des  professionnels.

En conclusion :

Cette rapide présentation conduit à formuler quelques constats sur ce qu’ont en commun les réseaux professionnels de travailleurs sociaux :

Ces réseaux s’appuient sur des besoins perçus initialement par les acteurs de terrain. Ils disposent d’un écrit qui les définit et précise non seulement des objectifs mais aussi des valeurs et des engagements. Ces réseaux ont très souvent la volonté d’associer les usagers aux actions et visent à les rendre acteurs. Il se construit dans ces réseaux un langage commun et les acteurs s’enrichissent mutuellement. Il sont fragiles et perfectibles portant certains d’entre eux rendent de grands services aux plus exclus.

note 1 : définition Proposée par la Coordination Nationale des Réseaux (CNR) http://www.cnr.asso.fr

image : fotomelia

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