Que sera le travail social en 2050 ?

Trente années nous séparent de cette date que je ne connaitrai sans doute pas. Mais si je regarde 30 ans en arrière, les années 90 et même avant il reste possible de tenter de mesurer ce qui a pu changer. Nous pouvons aussi repérer certains invariants. Nous avons été et sommes encore les témoins vivants de cette accélération croissante des innovations technologiques qui, au final, font du vent sur la surface des vagues. Mais Il y a aussi des mouvements profonds. Que faisait un travailleur social dans la deuxième moitié du XXème siècle, que fait-il encore aujourd’hui et que fera-t-il probablement demain ? Je vous propose là une vision prospective certes peu optimiste, mais c’est un peu dans l’air du temps.

2020 nous avait alerté sur l’urgence climatique, la montée du populisme et la digitalisation de la société. Ces questions n’en sont plus en 2050. Nous n’avons pas su ni voulu réagir à temps ni tenir compte de des alertes incessantes des scientifiques pour modifier nos comportements. Pire même le déni est total, nombreux sont ceux qui ont vu dans le réchauffement planétaire une simple décision divine du ou des dieux qu’ils ont choisi. Les mouvements de population, les « déplacés climatiques » ont créé un certain chaos. Les États sont devenus plus autoritaires pour ne pas dire plus. Les outils de surveillance ont envahi l’espace public et grâce aux puces biométriques implantées « dans notre intérêt », il est possible de savoir à tout moment où nous sommes. La reconnaissance faciale est là aussi pour repérer les fauteurs de troubles et les étrangers qui ne sont pas clairement identifiés car le président l’a dit « Il faut à tout prix freiner cette immigration qui nourrit toutes les peurs ».

Certains travailleurs sociaux sont d’ailleurs affectés à cette tâche. Il leur est demandé d’évaluer celui ou celle qui pourra rester dans le pays en fonction de ses compétences présentes ou à venir. Déjà, il y en a qui désobéissent et agissent dans l’ombre et la discrétion. Comme leurs ainés, en temps troubles, ils ne peuvent se résoudre à agir dans cette logique qui trie et catégorise la population. Leur résistance est d’autant plus remarquable que leurs faits et gestes sont désormais inscrits dans des logiciels de données qui modélisent leurs réponses. En effet pourquoi ne pas confier ces évaluations à des algorithmes sophistiqués qui évaluent les besoins ? Ils existaient depuis les années 2020 et sont désormais incontournables. Ils apportent des réponses fiables à 95 %.

Mais il y a ces 5% qui demeurent. C’est un sacré problème : l’humain reste encore imprévisible dans ses choix et ses comportements. Certes, ils ne sont plus nombreux dans ce cas mais ceux là prennent un malin plaisir à contredire les prévisions. Celui qui aurait dû tomber malade se porte à merveille. Cet autre dont l’espérance de vie était scientifiquement établie continue de défier les statistiques. Notre population a beaucoup vieilli et la crise de la natalité a creusé la différence.

1984 v/s 2050

Notre système de protection sociale ne tient plus. Il y a trop de vieux au regard de ceux qui travaillent. Le sujet était tabou en 2020 mais il s’est révélé central quelques années plus tard. Or ces « vieux » surtout les plus fortunés ne veulent en aucun cas être assistés par des robots. Il leur faut des intervenants sociaux capables non seulement de s’occuper de leur quotidien mais aussi les stimuler intellectuellement. Il faut un bon niveau pour cela. C’est pourquoi on a gardé quelques travailleurs sociaux pour intervenir sur les situations individuelles. C’est un luxe direz-vous. Oui bien sûr, mais l’argent règne en maitre. Tout à un prix et rien n’est désormais « gratuit ».

Le service public est devenu le service au public. Bien évidemment il est devenu payant. Mais le besoin de se confier existe encore. Le métier d’écoutant est d’ailleurs bien rémunéré car il doit garantir impérativement que rien ne sera divulgué, ce qui est depuis longtemps impossible autrement. Certes il y a désormais les robots d’écoute, de veille et d’assistance qui visent à prévenir et protéger mais ceux là sont utilisés pour ceux qui n’ont pas les moyens de cette présence humaine. Ils sont d’ailleurs gérés par des équipes pluridisciplinaires de travailleurs sociaux chargées de veiller au respect de certains droits et devoirs.

Finalement rien n’a vraiment changé depuis ces 30 années. Les techniciens technicisent, les dirigeants décident et quelques autres dont les travailleurs sociaux qui sont encore là tentent de rappeler que l’humain et la relation restent des valeurs cardinales. Certains, pauvres fous, brandissent même un antique code de déontologie et d’éthique de leurs anciennes professions pour rappeler que l’on ne peut réduire celui qui est aidé et protégé à un objet que l’on déplace à sa guise. Et s’ils avaient raison ?

 

Note 1. Le lecteur aura sans doute intérêt à prendre connaissance du rapport  élaboré par France Stratégie intitulé « Imaginer l’avenir du travail : Quatre types d’organisation du travail à l’horizon 2030 » qui défini 4 scénarios possibles pour l’avenir. Salima Benhamo mai 2017

Note 2. J’ai également proposé ce texte  à Lien Social qui en a publié une version dans son numéro N° 1282  du 27 octobre 2020, rubrique Paroles de métiers.  Vous pouvez aussi découvrir sur ce même sujet le oint de vue de Laurent Ott

 

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2 réponses

  1. Bien pessimiste ce matin cher Didier
    Mais la situation porte une vision sombre de l’avenir
    Bonne journée à toi

  2. Merci pour cette petite promenade pas très gaie, mais plutôt réaliste,. Je m’attache comme vous, à la conclusion et l’espoir éthique!

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