Que sera le travail social en 2030 ?

Que sera le travail social en 2030 ?

La Direction Générale de la Cohésion sociale (DGCS) ouvre un nouveau chantier sur ce sujet dans la continuité de la  réforme en cours des diplômes du travail social. En effet, les professions et métiers même s’ils ne sont pas appelés à disparaître vont forcement évoluer dans les années qui viennent. Une fois le socle commun établi, Nexem nous apprend que la DGCS souhaite désormais prendre le temps de sonder les besoins des employeurs dans le cadre de 3 chantiers possibles : Le premier porte sur les métiers dits de niveaux IV (Technicien de l’intervention sociale et familiale et Moniteurs éducateurs). Le second pose la question des futurs métiers  niveau III qui n’existeront plus une fois que les métiers traditionnels du travail social seront reconnus au niveau II . Enfin la filière de formation au management, qui doit aussi être mise en cohérence (CAFERUIS, CAFDES, DEIS) sera elle aussi interrogée.

Le « choc » des évolutions professionnelles

Cela ne veut pas dire que nous sommes prêt à « encaisser » le choc des évolutions professionnelles à venir : Dans un rapport  élaboré par France Stratégie (1)   intitulé « Imaginer l’avenir du travail : Quatre types d’organisation du travail à l’horizon 2030 »  nous apporte quelques éléments d’analyse. France Stratégie rappelle les 5 domaines qui vont impacter le travail en général. Cela vaut aussi pour le travail social :

Oranisation des métiers france stratégie

 

Ce document annonce quasiment comme acquis les évolutions technologiques (web 3.0 avec l’intelligence artificielle et les robots). Vient ensuite le vieillissement de la population qui, à n’en pas douter, est d’ores et déjà une certitude. Vous noterez qu’en matière d’économie France Stratégie envisage sérieusement un accroissement des inégalités et une concurrence accrue dans un contexte d’instabilité, ce qui n’est pas là pour rassurer. Viennent les évolutions sociétales avec un meilleur niveau de formation des individus  et une plus grande autonomie de leur part (personnellement je n’en suis pas convaincu car nous allons avec la technologie vers une société de l’assistance )

On sait qu’on ne sait pas : 4 hypothèses

En fait, précise France Stratégie, « On ne peut pas prévoir avec précision comment les principaux facteurs déterminants à l’œuvre dans les domaines économiques, technologiques et sociétaux  vont modeler les organisations du travail en 2030. C’est pourquoi   4 scénarios sont envisagé pour les années à venir :

  1. Un premier scénario consiste à imaginer le modèle d’entreprise comme une « organisation apprenante »  : Le domaine de la santé et du médico-social fournit une bonne illustration d’un glissement possible des organisations simples vers ce modèle apprenant.  Les services à la personne y joueront un rôle déterminant : Le rapport Les métiers en 2022 (2) indique que ce sont les services liés à la santé, à l’action sociale, à l’éducation et aux personnes qui créeront le plus d’emplois d’ici dix ans. C’est logique :  À l’horizon 2030, les personnes âgées de plus de 65 ans représenteront près du quart de la population aussi bien en France qu’en Europe.
  2. Le deuxième scénario porte sur le développement des plateformes collaboratives virtuelles :  l’avènement de l’ère du big data est une tendance lourde qui, précise France Stratégie « faciliteront à moindre coût le travail collaboratif entre personnes situées aux quatre coins du monde ». Ce qui ne sera pas sans impact sur l’emploi salarié. Cela imposera une nouvelle organisation du travail qui « bousculera » les précédentes. Ces plateformes virtuelles risquent de modifier les systèmes de rémunération et  la notion de propriété du savoir.
  3. Le Troisième scénario nommé « le super-intérim » n’est pas rassurant :  « une montée des inégalités telle qu’elle est constatée dans plusieurs pays avancés est un risque à envisager pour les prochaines années. Renforcée par l’accélération du progrès technologique, elle donnerait naissance à une société à deux vitesses, avec une «techno-élite» bien intégrée et un «techno-prolétariat» dévolu aux tâches à faible valeur ajoutée ».  Ce modèle « exploserait » le système classique du contrat de travail en le transformant comme une relation « ubérisée » de demandeur à exécutant. Un peu comme les tacherons du XIXème siècle. Ce serait alors la disparition des entreprises classiques.
  4. Le quatrième et dernier modèle est appelé le – « taylorisme new age » : Les travailleurs peu formés interviendront pour des petites tâches sur des plates formes de production.  Ces nouveaux travailleurs ne sont plus que des « contributeurs » offrant quelques minutes ou quelques heures de travail pour réaliser des tâches au profit d’entreprises qui les externalisent par l’intermédiaire de plateformes « simples ». « ce type d’organisation pourrait concerner des jeunes, des chômeurs ou des retraités qui souhaitent gagner un complément de revenu et qui peuvent travailler n’importe quand, n’importe où, du moment qu’ils possèdent un ordinateur, voire un simple smartphone. Les employeurs sont appelés à se diversifier et ce « taylorisme virtuel » ou « taylorisme new-age » pourrait connaître une forte croissance d’ici 2030 »  précise France Stratégie

Ces 4 hypothèses peuvent aussi se réaliser simultanément en s’articulant les unes avec les autres. Elles ne sont pas incohérentes au regard des évolutions actuelles

Les travailleurs sociaux possèdent déjà les caractéristiques des métiers de demain

Au final, si l’on se réfère aux analyses de France Stratégie « Demain, le monde du travail exigera des individus une grande faculté d’adaptation et un haut niveau d’autonomie. Les clés du succès seront moins la maîtrise initiale de savoirs que la capacité à intégrer et à composer de nouveaux savoirs. Travailler en équipe, coordonner l’information d’où qu’elle vienne, transmettre les savoirs organisationnels et les compétences, voilà les facultés qui seront demandées ».

Il n’est pas prétentieux de dire que les travailleurs sociaux ont une grande capacité d’adaptation, et sont tout à fait capable d’agir de façon autonome sur des sujets complexes. Ils continuent d’apprendre tout au long de leur carrière professionnelle et savent dans leur très grande majorité travailler en équipe. (Ils sont formés pour cela). Ils savent enfin transmettre leurs savoirs et leurs compétences. E ce sens ils répondent à tous les critères structurants des métiers de demain.

Le tout est de savoir si à l’avenir toutes ces compétences leur seront reconnues (comme c’est le cas par exemple aux Etats Unis).

Notes

(1) France Stratégie ou plus précisément  le commissariat général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) -service rattaché au 1er ministre Edouard Philippe

(2) ) France Stratégie et Dares (2015), Les métiers en 2022, Rapport du groupe Prospective des métiers et qualifications, avril.

 

Photo : pexels 

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