Assistantes sociales : que reste-t-il de votre identité ? (Logique de fonction contre logique de profession)

Il est risqué de parler d’identité professionnelle des travailleurs sociaux, surtout quand il s’agit d’évoquer la profession d’assistante sociale, tant le sujet laisse flotter des soupçons de corporatisme. L’université nous ignore malgré quelques timides tentatives. Le citoyen lambda se méfie. Etre assistant social : Quoi de plus déplacé ? Faites l’essai : au cours d’une conversation entre amis de fraîche date, lorsque vous en êtes aux présentations, dites négligemment que vous êtes assistant(e) social(e).yH5BAEAAAAALAAAAAABAAEAAAIBRAA7Cela provoque un petit silence qui renvoie chacun à ses pensées : C’est bourré de sous-entendus. Il y a de quoi être frappé par l’image que renvoie cette profession. Entre assistants, les distinctions demeurent. Il sera toujours beaucoup plus noble et glorieux d’assister un député ou un sénateur. L’assistant parlementaire est valorisé dans sa fonction. Celle ou celui qui assiste les pauvres, les « exclus », l’assistant(e) social(e) restera suspecté, soit d’être dans l’incapacité d’agir efficacement, soit de ne pas savoir répondre correctement à la demande. Et je vous passe les commentaires, « c’est un métier difficile », « comment faites vous avec la misère »,  « vous retirez les enfants des familles ? » et « ceux qui en profitent ? » etc…

Dans les grandes institutions et collectivités territoriales, nos employeurs nous recrutent aussi parce que la loi les y oblige.  L’emploi de salarié(e)s « faisant fonction de » se développe.  Nous devons faire avec une pensée dominante  qui cherche à promouvoir une logique de compétence dans la fonction plutôt qu’une logique de compétence dans la qualification. Or identité professionnelle et qualification sont intimement liées. C’est cette qualification qui forge notre identité, une identité de profession.

La formation initiale et continue forge notre identité professionnelle et sans elle toutes les dérives sont possibles. Rappelons-nous ces 3 années de formation qui nous ont tous bousculé dans nos certitudes. Les apports permanents du terrain, avec des collègues expérimentées qui, visiblement, aiment leur travail et tentent de faire partager leurs valeurs et leurs connaissances. Psycho, socio, économie, philosophie, mais aussi éthique, nous avons la chance incroyable d’être nourris par toutes ces disciplines qui traitent de l’homme, de son rapport à lui, aux autres, et à la société. Nous pouvons acquérir mais aussi parfois contester des méthodologies sans cesse renouvelées et confrontées à la réalité.

Aujourd’hui, comme des milliers de mes collègues, je me sens utile et à ma place dans un partage d’une éthique et d’une déontologie qui n’a jamais autant été d’actualité. Nous avons à partager ces choix avec nos collègues issus d’autres métiers et qui oeuvrent eux aussi pour une plus grande justice sociale. Nous n’avons d’ailleurs pas le monopole de ces valeurs même si elles sont fortement inscrites dans nos identités professionnelles. Mais nous avons aussi encore beaucoup à faire pour convaincre et les faire partager. Car, qui parlera de la lumière de ces milliers d’actes quotidiens exercés par les professionnels ? Des actes de rien, de partage, d’écoute de la souffrance mais aussi d’aide à la reconstruction, d’élaboration de projets. Qui parlera du plaisir partagé d’accompagner l’autre individuellement ou collectivement vers sa propre parole et sa liberté ?

Nos professions ont les défauts de leurs qualités. Nous ne voyons qu’une facette de la société, celle qui exclut et qui rend parfois les personnes pauvres si intolérantes, agressives ou délinquantes. Tout n’est pas rose et l’usure nous guette. Le découragement aussi, à force de n’agir que sur les effets et non sur les causes. Et pourtant, ce qui fait aussi notre profession, c’est cette impérieuse nécessité de poser la question du sens même si parfois cela agace ou dérange.

Que l’on soit de formation éducateur, assistantes sociale, conseillère en économie sociale et familiale, nous avons tous besoin de notre identité professionnelle. La rejeter, c’est se nier soi-même. Et si nous avons besoin de cette identité professionnelle c’est aussi parce qu’elle permet à celles et ceux pour qui nous agissons de se situer. Savoir où l’on est, ce que l’on fait, pourquoi on le fait, poser sans cesse la question du sens et agir en conséquence. . Voilà qui ne peut qu’aider l’autre à construire sa propres identité et prendre place dans la société.

note :  J’avais écrit ce texte il y a plusieurs années, vous pouvez trouver le texte initial sur OASIS

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