Travail social : quatre bonnes raisons de manifester le 29 novembre prochain

Plusieurs syndicats de salariés et collectifs de travailleurs sociaux ont annoncé une journée de manifestations du secteur social et médico-social. En effet, le mécontentement s’accroit au fil du temps pour de multiples raisons. Il y a d’abord l’augmentation du coût de la vie. Ce n’est pas sans conséquences et rappelle combien les salaires des professionnels sont bas et ne correspondent plus depuis longtemps au niveau de responsabilité des travailleurs sociaux. Comme pour les soignants, ils sont en première ligne face aux crises qui se multiplient et voient leurs conditions de travail se dégrader.

La crise sanitaire a révélé l’importance de leurs interventions auprès des personnes les plus fragiles. La crise économique les met tout autant au devant de la scène pour aider et accompagner les familles les plus impactées par la croissance des inégalités. Au-delà la gestion de budgets contraints, les travailleurs sociaux ont aussi pour mission d’aider les personnes et familles plus fragiles face aux conséquences de la dégradation de leurs niveaux de vie. Car le manque d’argent peut aussi se traduire par une nette augmentation des stress de chacun face aux dettes qui s’accumulent. Les impayés de loyer et d’énergie génèrent une réelle souffrance dans la population. C’est un sujet trop peu abordé alors que les travailleurs sociaux en sont témoins.

Des travailleurs sociaux tout autant précarisés.

Dans son numéro d’octobre, la revue Esprit donne la parole à des travailleurs sociaux considérés comme des vigies qui sont confrontées à un affaiblissement de l’ensemble des professions. Ils font face à des politiques publiques injustes, des pratiques administratives qui ne respectent pas le droit et de directives contradictoires avec leurs missions. Mais, rappelle la revue Esprit, les travailleurs sociaux « manifestent également leur attachement à la relation privilégiée avec les familles que le travail social autorise ainsi qu’à leur culture professionnelle, et proposent des moyens pour se mobiliser et améliorer la situation. »

Cela ne peut suffire quand on mesure la lente et régulière dégradation de leurs revenus qui va de pair avec la perte de reconnaissance de leurs compétences (donc de leur autonomie). Sur l’évolution des salaires, un tableau publié conjointement par les syndicats Sud et CGT se passe de commentaires. Il concerne la convention la plus favorable du secteur, la convention 66 :

evolution salaire CC66 au fil des ans

Les pertes de revenus au fil des ans est assez considérable. Mais il n’y a pas que les salaires qui sont en diminution constante. Le manque de moyens est réel. Les associations voient leurs budgets contraints, (c’est-à-dire diminués). Moins de personnel qualifié, moins de moyens pour l’accompagnement. Même le langage des professionnels est prisonnier du langage du management. On ne parle plus des situations sociales, mais plutôt de « files actives » et de portefeuilles qui, au passage, ne sont jamais ou très rarement en diminution. Les absences sont de moins en moins remplacées, à l’image de ce qui se passe dans le secteur hospitalier.

Cerise sur le gâteau, l’annonce de la revalorisation mensuelle d’une prime Ségur crée de nouvelles inégalités. Comme l’explique clairement le Président du Haut Conseil du Travail Social Mathieu Klein. Dans son courrier adressé à Elisabeth Borne, il explique que « La mise en œuvre du Ségur de la santé et son extension partielle au secteur social et médico-social constitue un exemple emblématique qui nourrit cette perte de confiance ». Il faut, écrit-il, ouvrir rapidement des négociations pour que l’on arrête de compter « les oubliés des oubliés du Ségur ».

Un appel à manifester le 29 novembre prochain

La déception et la colère sont bien présentes au sein des équipes qui ne voient pas de perspectives d’amélioration de leur situation. Des étudiants, des salariés du public et du privé, syndiqués, non syndiqués, issus de 27 départements, se sont réunis à Aubervilliers le week-end des 8 et 9 octobre dernier à l’initiative de la commission « travail social en lutte ».  Ils appellent leurs collègues à les rejoindre dans la mobilisation. « Que ce soit dans le social ou dans d’autres secteurs, le constat est le même : la colère monte. Les dernières mobilisations historiques leur permettent de confirmer que les salarié.es et étudiant(e)s de l’ensemble du secteur sont prêts à se rendre visible « en prenant la rue ».

Le collectif exige que, face à ce contexte dégradé, l’octroi immédiat du Ségur soit appliqué à l’ensemble des salarié(e)s du secteur, quels que soient les métiers ou fonctions, public comme privé. Il est aussi demandé l’augmentation des salaires d’au moins 300 € et indexé sur l’inflation. Une convention collective ne doit pas être négociée au rabais.

Il est aussi demandé un accueil décent en stage et un véritable statut de travailleur(euse) du secteur social en formation pour les étudiants. Comme depuis de nombreux mois il est aussi dénoncé   « la marchandisation du secteur qui tente de mettre les services sociaux en concurrence par le biais, entre autre, des appels à projet. Sans oublier la nécessité de disposer de moyens humains et financiers à hauteur des besoins pour l’ensemble de la population.

Enfin, il est rappelé combien le travail social peut être émancipateur. Le collectif refuse comme de nombreux autres travailleurs sociaux d’être un outil de contrôle social, à travers, c’est un exemple, « l’évolution de l’éducatif vers le répressif ».

4 bonnes raisons de manifester un peu partout en France le 29 novembre prochain

Ces raisons sont déclinées dans un appel intersyndical que vous pouvez télécharger ici

  1. Pour que cesse la discrimination des primes Ségur. De nombreux professionnels issus du champ technique et administratif ont été exclus alors qu’ils contribuent aux prises en charge et prises en compte des besoins de la population.
  2. Contre la paupérisation des travailleurs sociaux. Les pertes des revenus sont une réalité constatée qui s’étend sur plus de 20 ans. Aujourd’hui c’est devenu insupportable, notamment face à l’augmentation du coût de la vie. Les travailleurs sociaux ne parlent pas de perte du pouvoir d’achat, mais de perte du pouvoir de vivre, ce qui est tout à fait différent.
  3. La dégradation continue des conditions de travail. Le manque de moyens rend impossible désormais l’exercice de certaines missions. Par exemple les services d’aide sociale à l’enfance ne disposent plus de lieux d’accueil satisfaisants pour les enfants reconnus comme étant en danger.
  4. La dérive gestionnaire : C’est l’humain qui disparait au profit du coût que représente sa protection qui doit lui doit lui être apportée. L’ensemble des services publics d’aide, du soin, de l’enseignement sont tous mis à l’épreuve de la logique de marchandisation.

 

Il y a sans aucun doute d’autres raisons de se mobiliser. L’une d’entre elles concerne le refus de la croissance des inégalités sociales qui portent atteinte à la dignité des personnes et des familles les plus fragiles. Pour en savoir un peu plus sur le mouvement en cours, voici quelques liens

 

 

photo issue de la rencontre et de l’appel vidéo du collectif (capture d’écran)

 

 

 

 

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